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La vièle médiévale selon Baptiste Romain et son Miroir de Musique

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Anonymes : Ar ne kuthe ich sorghe non ; Bele Ysabelot / Je me cuidoie / Entre Copin et Bourjois ; La uitime estampie Real ; In seculum viellatoris ; Belicha ; Non credo, donna, che la dolçe fiamma ; Ghaetta ; O bella rosa ; Tenor La belle se siet au pied de la tour ; Esperance mi fait vivre en doulour ; J’aime la biauté ; Soyés loyal a vo povoir. Perdigon (11..-12…) : Los mals d’amors ai eu ben toz apres ; Tut l’an mi ten amors de tal faisson. Johannes Ciconia (1370-1412) : O rosa bella. Guillaume Dufay (1397-1474) : La belle se siet au pié de la tour. Ensemble Le Miroir de Musique, direction : Baptiste Romain. 1 CD Ricercar. Enregistré en ma 2017 à l’église Notre-Dame de Centeilles. Notice trilingue. Durée : 68:89

 

Les Clefs du mois

DisqueLa vièle à archet médiévale sous toutes ses facettes. Voilà comment résumer en quelques mots cette proposition de à la tête de l’ensemble , et depuis l’an dernier professeur pour instruments à cordes frottées au Moyen Âge et à la Renaissance de la Schola Cantorum de Bâle.

D’abord ses facettes historiques. C’est en fin spécialiste que propose dans le livret d’accompagnement une histoire propre à la vièle à archet, de son introduction en Occident au Xe siècle grâce aux échanges avec le monde arabe (le rebab) même si ses origines sont asiatiques, à sa grande popularité dans la première moitié du XVe siècle alors qu’émerge un nouveau répertoire. Les différentes plages de ce disque illustrent ainsi cette présentation claire et solide de l’évolution riche de cet instrument, l’auditeur pouvant choisir de ne pas suivre l’ordre de la programmation de cet enregistrement pour ainsi accompagner musicalement cette lecture historique.

Ensuite ses facettes sonores liées à sa lutherie. Parce que quand on parle de « vièle à archet », ce n’est pas d’un, mais d’une foule de modèles que l’on parle. Les différentes formes et les différentes fonctions de ces instruments apportent une belle diversité à ce disque, les musiciens exploitant plusieurs modèles de vièles à bourdon munies d’un chevalet presque plat monté sur une table en peau de chèvre (Tut l’an mi ten amors de tal faisson), de petites vièles taillées dans un bloc d’érable (Los mals d’amors ai eu ben toz apres) ou encore de vièles avec chevalets courbés pour les pièces instrumentales les plus élaborées et les plus virtuoses du Moyen Âge que sont les istanpitte du manuscrit de Londres (Ghaetta, Belicha).

Enfin ses facettes stylistiques liées à l’utilisation de la vièle dans une multitude de répertoires : des chansons, des danses, des pièces instrumentales savantes, de la musique religieuse monodique et polyphonique. Différentes intentions et atmosphères se succèdent donc avec cohérence dans un style italien et franco-flamand marquant la transition stylistique des années 1400 et 1410, dans l’écriture savante de l’Ars Antiqua comme dans celle de l’Ars subtilior.

Mais c’est par un savant mariage entre la vièle à archet et d’autres instruments que donne toute sa superbe à l’instrument à cordes frottées : une étonnante sonorité de crowde gallois pour débuter l’écoute (Ars ne kuthe ich sorghe non), une harpe romane et une rubebe à trois cordes ensuite (Bele Isabelot / Je me cuidoie / Entre Copin et Bourjois), de singulières percussions dont le brillant solo de La uitime estampie Real, et même une cornemuse pour Tenor La Belle Se Siet au Pied de La Tour alors que l’emploi du luth paraît bien plus conventionnel (O rosa bella, J’aime la biauté, Soyés loyal a vo povoir). Les voix de contre-ténor de , de soprano de Grace Newcombe et Béatrice Dunoyer et de mezzo de Sabine Lutzenberger sont judicieusement réparties pour renouveler l’écoute et garder l’attention de l’auditeur.

Multiples facettes, multiples écoutes, multiples lectures ; ce disque répond à coup sûr à la gourmandise des mélomanes curieux.

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