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Karita Mattila ne gagne pas qu’à Pique.

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Karita Mattila. Tchaïkovsky : la Dame de Pique. Puccini : Manon Lescaut. Wagner : Lohengrin, la Walkyrie. Verdi : Simon Boccanegra. Janacek : Jenufa. Strauss : Elektra. Lehàr : la Veuve joyeuse. London Philharmonic Orchestra, direction : Yutaka Sado. 1 CD Erato, 2001, durée : 55’42.

 

karita-mattila-sadoPrès de vingt années après ses débuts, s’impose, à l’âge de tous les possibles, comme l’une des plus versatiles et puissantes sopranos actuelles ; quand d’autres de sa génération, aussi douées que peu sages, ont trop voulu jouer les Icare, pour ne pas s’y brûler. Son goût revendiqué pour un opéra soudé au théâtre n’a pu qu’aiguiser ses capacités de persévérance. A la meilleure des écoles, celle de Mozart, elle a pris le temps de s’investir, et de s’imprégner.

Heureux Parisiens qui, à la fin des années 90, ont pu profiter de l’envol de son grand soprano lyrique dans maintes productions ! Quatre des héroïnes abordées ont été chantées – et jouées – dans notre Opéra National : Lisa, Elsa, Sieglinde (gala Domingo, Garnier) et Hanna, exquise conclusion de ce CD.

On attend au disque ce qui a enthousiasmé sur scène avec crainte. L’écoute la dissipe aussitôt. Sieglinde a mûri, dans la vigueur de son emportement comme dans la sincérité de son étreinte. Elsa, qui dit tout de son rêve extatique par le seul jeu du timbre (un des plus beaux qui soient) et de la gradation imperceptible, susurre à l’acte II la plus ténue, la plus aérienne, la plus entêtante des visions – Agathe et Rezia mêlées.

Sa Lisa, qui par deux fois a mis Bastille à genoux, a conservé souffle, tenue de ligne et anxiété prémonitoire. Par ces deux rôles, Mattila ne peut mieux introduire Jenufa – prévue aussi pour Paris – ; encore la folie, magnifiée par une poignante prière. Une Chrysotémis à l’opposé, bien sûr, toute rationnelle mais non insipide, souveraine dans son monologue si tendu, vient rappeler qu’en art la beauté n’est pas toujours suicidaire. On découvre avec joie la Manon Lescaut, où les « trine morbide » sont litote, exhalaison plus que soupir.

Devenue moins rare au récital, l’Amelia du « Simon » de Verdi est sans doute plus convenue. Comme l’est la direction de , mais non point mauvaise : un honnête écrin, plutôt qu’une couronne. De toute façon, n’en a plus besoin.

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Karita Mattila. Tchaïkovsky : la Dame de Pique. Puccini : Manon Lescaut. Wagner : Lohengrin, la Walkyrie. Verdi : Simon Boccanegra. Janacek : Jenufa. Strauss : Elektra. Lehàr : la Veuve joyeuse. London Philharmonic Orchestra, direction : Yutaka Sado. 1 CD Erato, 2001, durée : 55’42.

 
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