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Un retour d’exil pas vraiment indispensable.

À emporter, CD, Opéra

Gaetano Donizetti : Gli Esiliati in Siberia (Les Exilés de Sibérie). Brigitte Hahn ~ Luca Canonici ~ Christine Neithardt-Barbaux ~ Alessandra Palomba ~ Alfonso Antoniozzi ~ Nikola Mijailovic ~ Valery Ivanov ~ Jérôme Varnier ~ Yann Beuron. Chœur de la Radio Lettone ~ Orchestre National de Montpellier Languedoc-Roussillon, direction : Enrique Diemecke. Premier Enregistrement Mondial, effectué par Radio-France au Festival de Montpellier le 12/07/99. 1 CD Editions Actes Sud n° 3 298490 341087.

 

Paraphrasons un peu Chabrier ; il y a, dans le monde de l’opéra belcantiste du XIX° siècle, trois sortes de musiques. La bonne, la mauvaise… et celle de . Les (nombreux) chefs d’œuvre de celui-ci ne doivent pas masquer une facilité de plume – aux deux sens du terme – absolument décourageante. Le meilleur n’en a pas toujours résulté, tant s’en faut. A la décharge du musicien, reconnaissons que certains contrats, dont celui signé à Naples avec l’insatiable Domenico Barbaja, n’ont guère contribué à la prise de recul indispensable à une inspiration de haut niveau. Dans les rets dudit Barbaja se trouvent les présents Exilés de Sibérie, donnés in loco en 1827, sous le titre Otto mesi in due ore (Huit mois en deux heures, d’après Pixérécourt.)

Deux ans plus tard, la légendaire soprano Carolina Ungher se faisait accommoder, à Rome, le rôle principal (encore une Elisabetta) par la substitution de la scène finale… d’Alina, Regina di Golconda. Modeste aperçu d’une genèse complexe, en fait jamais terminée, autrement que dans la démence qui fut fatale à Donizetti. Comme à l’accoutumée, les Editions Actes Sud proposent une livraison d’une splendeur éditoriale bien accordée aux soins que le Festival de Montpellier porte à la défense des œuvres rares – ou inédites (c’est le cas de celle-ci).

Il en a été retenu un aménagement mixte des très nombreuses variantes imprimées existantes. L’excellent orchestre local, cornaqué assez correctement par , s’implique ainsi avec conviction dans une entreprise risquée. En effet, les rapiéçages multiples de l’opéra débouchent sur une pépinière de mélodies convenues (ou connues – l’Elixir d’Amour), aux caballette peu raffinées… D’agréables trouvailles (une ouverture stimulante, un très beau duo soprano-basse, un trio de valeur et l’air du Grand Maréchal ; par exemple) peinent à gommer l’impression globale de décousu, et les lourdeurs de bien des ensembles. Sans parler des traits d’opéra-comique (car Paris en connut, sous ce label, sa version française) qui ridiculisent le pathétique dévolu à l’intrigue.

Le propos serait malgré tout défendable – nonobstant cet autre handicap : un canevas rocambolesque voire absurde, vériste avant la lettre et lui aussi très remanié -, avec une équipe vocale solide, sûre d’elle et soudée. C’est ici que le bât blesse le plus : l’ensemble est très décevant. L’héroïne Elisabetta trouve en Brigitte Hahn bien mieux qu’un faire-valoir. Se tirant avec les honneurs d’une partie éprouvante, elle chagrine un peu, tout de même, par l’émission pénible de quelques notes aiguës forte, et un chant de grâce (spianato) d’une sidérante monotonie.

Luca Canonici (Potoski, son papa) attirerait presque la sympathie ; tant ce garçon met d’implication dans un autre rôle difficile, à défaut d’être passionnant. Malheureusement, il ne lui reste à proprement parler plus de voix digne de ce nom – et ses aigus mettent durement l’oreille à l’épreuve ! A l’exception de Nikola Mijailovic (Grand Maréchal), personnage fugace mais musicalement bien servi, les (trois) autres « clefs de fa » rivalisent de nasalité molle et tâcheronne. Notre Christine Barbaux en Fedora (!) expédie les affaires courantes, avec un haut-médium désormais en pré-retraite. Maigre bilan.

Conseillons donc à l’amateur de raretés donizettiennes (qui recèlent des joyaux), les merveilles consignées par Montserrat Caballé (Parisina d’Este, Caterina Cornaro, Maria Stuarda…) toutes disponibles dans la discographie « parallèle » ; la réédition toute fraîche chez Westminster de la trilogie des reines avec Beverly Sills, au sein de laquelle un Roberto Devereux à se pâmer ; ou encore, certaines réussites de la marque Opera Rara, dont une Rosmonda d’Inghilterra, comptant dans ses rangs… Renée Fleming.

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