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Frantz Schubert : Symphonie n°5 D485, une symphonie inspirée du génie Mozartien

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Schubert-xlargeIl ne fait pas ou plus de doute que la symphonie n°5 en si bémol majeur (D485) fut inspirée de la superbe symphonie n°40 en sol mineur (K550) de Mozart. Il suffit d’écouter les deux œuvres à suivre pour comprendre, malgré la différence de tonalité, toute l’influence du génie Mozartien sur le travail de composition du jeune Schubert alors âgé de 19 ans (octobre 1816).

La particularité de cette symphonie est qu’elle est « volontairement une œuvre intime se rapprochant de la musique de chambre » [1]. Effectif orchestral réduit (sans trompettes, ni timbales, ni même clarinette) et une tonalité en si bémol majeur ; tonalité employée dit-on pour « donner une réplique optimiste et légère de la K550 dans sa tonalité de relatif majeur » [1].

Cette symphonie est aussi la dernière d’une série de 5 composées en 3 ans par Schubert. Il faudra attendre 1822 et 1825 pour le voir composer respectivement, l’Inachevée et La Grande.

Quelle a été l’influence de la musique de Mozart sur Schubert ?

C’est au Stadtconvict [2] qu’a « lieu sa vraie naissance et la formation presque intégrale de sa personnalité » et qu’il entendra et travaillera cette symphonie de Mozart son aîné. « Quant à Mozart [3], il connaissait à coup sûr une partie de sa musique de chambre, ainsi que les quatre dernières grandes symphonies, dont il semble avoir aimé celle en mi bémol autant que celle en sol mineur »…« Spaun [3] nous affirme en outre que la symphonie en sol mineur de Mozart et la Seconde de Beethoven, en ré majeur, séduisaient tout particulièrement Schubert et que, peu de temps encore avant sa mort, il évoquait l’émotion profonde et poignante produite par ces deux œuvres sur son âme d’adolescent ».

Rappelons, sans volonté de trop noircir le tableau, que l’adolescent est aussi encore au Stadtconvict lorsqu’il perd sa mère. Années de collège ou il doit travailler dur dans une petite chambre aux allures de cellule et, par dessus tout, le ventre vide. Il a heureusement le réconfort de ses amis et la poésie pour nourrir son imagination fertile et précoce. Il se réfugie donc totalement dans ce qu’il aime — la musique, la poésie et les réunions entre amis. L’impact de la symphonie K550 sur ce jeune esprit créatif ou plutôt la receptivité du jeune Schubert face à la puissante et magnifique symphonie de Mozart ne peut qu’être sublimée. Il la reçoit entièrement et en garde un souvenir profond et impérissable.

Il écrit dans son journal [2] : « Ce jour restera pour moi toute ma vie un jour clair, brillant, splendide. Combien doucement résonnent encore pour moi, dans le lointain du souvenir, les sons enchantés de la musique de Mozart ! Comme le jeu magistral de Schlesinger les faisait pénétrer dans notre cœur, incroyablement puissants, puis si tendres. Ces belles impressions que le temps ni les circonstances n’effacent, restent dans notre âme et agissent utilement sur notre existence. Dans les ténèbres de notre vie, elles font apparaître un lumineux, clair et bel avenir en lequel nous espérons avec confiance. Mozart, immortel Mozart, combien, ô combien de bienfaisantes impressions d’une vie lumineuse et meilleure que celle-ci apporte à nos âmes ! »

Lorsque Schubert compose la symphonie en si bémol majeur en 1816 il est dans une période créative très féconde, plus de 180 œuvres sont écrites cette année-là, presque autant qu’en 1815 (~210 œuvres) qui restera l’année la plus fertile. Tout se passe alors comme si Schubert arrivait à une « situation charnière » [1] ou il lui faudrait assimiler complètement le génie de Mozart avant de pouvoir laisser s’exprimer réellement sa propre créativité. Il semble aussi que bien qu’idolâtrant déjà Beethoven il ne veuille pas s’inspirer encore totalement (bien qu’il le fasse subtilement dans la symphonie n°4 et dans certains Lieder) d’un nouveau génie qui le surprend encore plus par ses « bizarreries ». Beethoven est son contemporain direct et ses œuvres n’ont donc pas alors le même poids culturel que celles d’Amadeus.

A 19 ans Schubert écrit une symphonie dans le plus pur style de son illustre aîné en y ajoutant sa propre vision créatrice. Elle préfigure déjà de la naissance des deux chefs d’œuvre que seront l’Inachevée et La Grande par ce qu’elle est dirons nous un examen de passage réussi ou un lien sublime entre la grande époque classique et l’avénement d’un certain « Romantisme musical ».

Références bibliographiques

[1] B. Massin «  » Fayard, les indispensables de la musique, 1993 (nouvelle édition) [2] E. Buenzod «  » L’Age d’Homme, 1988 (réédition) [3] A. Einstein « Schubert portrait d’un musicien » Gallimard, 1997 (réédition)

Références discographiques

F. Schubert, symphonie N°5 en si bémol majeur (D485)
,  :
Deutsche Grammophon – DGG 447433

W. A. MOZART, Symphonie N°40
Orchestre philharmonique de Berlin,  :
Deutsche Grammophon, The originals (1995) – 236169

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