Giuseppe Verdi, Attila Des Huns sans gloire

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Opéra-Bastille. 24-IX-01. Giuseppe Verdi, Attila Samuel Ramey, Carlo Guelfi, Maria Guleghia, Franco Farinza, Mihajlo Arsenski, Igor Matioukhine. Orchestre et Chœurs de l’Opéra National de Paris. Direction : Pinchas Steinberg. Mise en scène : Josée Dayan et Jeanne Moreau. Décors : Philippe Miesch. Costumes : Patrice Cauchetier. Lumières : Philippe Albaric

AttilaInscrire en tête d’affiche deux noms prisés du grand public appartenant au monde du cinéma et de la télévision, Jeanne Moreau et Josée Dayan, est un moyen sûr pour créer l’événement et focaliser l’attention des grands médias sur un opéra de jeunesse de Verdi, qui, en cette année du centenaire de la mort du compositeur, en aura vu d’autres, comme cet Aïda donné au Grand Stade de France au même moment qu’Attila à l’Opéra-Bastille, devant 75 000 spectateurs. Cela restera une idée que l’on espère sans lendemain, tant elle n’est pas viable. Certes, Attila, neuvième des opéras de Verdi, n’est pas l’un des plus célèbres de son auteur, et il fallait bien remplir la salle de l’Opéra-Bastille… La dernière production de cet ouvrage vue à Paris remonte à 1983, au Théâtre du Châtelet. L’ouvrage lui-même n’est pas du plus grand Verdi, loin s’en faut, même si le rôle-titre se voit attribuer quelques bons morceaux de bravoure. Les lumières n’étaient pas même flatteuses, mais là, difficile de se prononcer, puisque le soir où nous y étions, les caméras de télévision captant la représentation. Car comment eut-il été possible d’échapper à une captation, avec pareil staff artistique, pensez donc, deux divas des médias, l’une réalisatrice de téléfilms grand public dont la star est M. Gérard Depardieu, l’autre comédienne, égérie de Jean-Pierre Truffaut, réputée sensible et fine, Jeanne Moreau, mais qui se sont fourvoyées dans un univers qui, de toute évidence, leur est totalement étranger, le chant et l’opéra. Nous sommes loin de la réussite de à l’Opéra de Strasbourg en 1999 dans Dialogues des Carmélites de Poulenc.

Pour des dames de cinéma, habituées à jouer ou diriger des acteurs devant une caméra, l’on ne peut que s’étonner du statisme suranné des chanteurs, qui posent et chantent comme au temps jadis, se déplaçant à pas pesants, regardant leurs partenaires en chiens de faïence, plantés tels des choux face au chef. Seul se sort aisément de ce traquenard, pénétré qu’il est de tous les personnages qu’il incarne à la scène. En roi des Huns, il se montre géant aux pieds d’argile, la voix est splendide, la silhouette élancée surmontée d’un buste constamment dépoitraillé plutôt « sexy », du moins à en croire nos compagnes. Ramey est le seul à s’imposer en tant que comédien chanteur. Le reste de la distribution lui donne une réplique tout à fait digne de lui, hélas du seul point de vue chant. s’avère une touchante, dans son intonation, et solide Odabella, et un Ezio vocalement sûr. Reste la direction de Pinchas Steinberg, routinière et sans nuances, soulignant à l’excès les facilités rythmiques et l’apathie harmonique de l’écriture caractéristique du premier Verdi. La télévision s’est naturellement empressée de capter cette production, qui s’annonçait comme l’événement de la rentrée lyrique parisienne, alors qu’il est tant de chefs-d’œuvre et de productions plus dignes d’être immortalisées et qui n’ont pas encore été jugés aptes à intéresser un public assez large pour être « amortissables ». Mais cet Attila le sera-t-il davantage ?…

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