Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Ve Festival Ars Musica, rendez-vous majeur de la création musicale contemporaine

Plus de détails

Kyburz, Barrett, Maresz, Mochizuki, Suzanne Giraud

C’est une édition un peu particulière qu’a proposée Ars Musica de Bruxelles du 7 au 24 mars. En effet, après cinq ans à la tête de ce festival qui est devenu ces dernières années l’un des rendez-vous majeurs de la création musicale contemporaine, a choisi de tirer sa révérence sur un feu d’artifice de créations et de concerts manifestes, tel un bilan projection sur l’avenir en programmant notamment l’opéra What Next de Carter en guise de concert de clôture. Madlener a en effet décidé de voler vers d’autres cieux, devenant le responsable de la programmation du Festival Musica de Strasbourg, où il rejoint . « Ces cinq dernières années ont été magnifiques, se félicite Madlener. J’ai pu en effet renouveler le cheptel de compositeurs, imposant entre autres Kyburz, Barrett, Maresz, Mochizuki, mais aussi la forme du concert, les ateliers de création. Mais les difficultés se sont accumulées, engendrant un budget artistique limité à 229 000 euros. » C’est en effet ce manque endémique de moyens financiers qui a fini par avoir raison de la volonté de ce jeune et entreprenant directeur artistique, qui a su néanmoins programmer plus de 60 compositeurs, car trop de niveaux de pouvoirs plombent les initiatives culturelles en Belgique ce qui, regrette Madlener, contraint à dépenser les trois quarts de son énergie en discussions et négociations sans cesse recommencées. Tant et si bien que, avant de renoncer à ses fonctions, et afin d’ouvrir un festival considéré à tort comme francophone, le Wallon Madlener a choisi de confier sa succession à un Flamand, Tino Haenen. Né à Cologne en 1956, directeur pendant 7 ans du Singel d’Anvers, germaniste de formation, Haenen s’est intéressé assez tard à la musique classique. Mais, dans la ligne de son prédécesseur, il a la volonté de continuer à ouvrir Ars Musica avec une politique volontariste de décentralisation. « Je veux aussi l’ouverture au jazz et à la musique improvisée, j’aime Carter, Rihm, Sciarrino que Frank a beaucoup faits, mais je veux aussi explorer d’autres voix, et j’entends que le festival acquiert aussi un aspect laboratoire. »

C’est avec une œuvre majeure d’, inspirée de la peinture du XVIIe siècle que s’est ouverte le dernier Ars Musica de Madlener. Commande du Festival d’Automne à Paris, qui l’a créé en novembre dernier, le cycle Hivers se présente comme les quatre saisons de Dufourt qui reste comme fasciné par les frimas. Mais l’univers du musicien philosophe lyonnais s’épanouit dans une atmosphère constamment pétrifiée, avec ces « couleurs sombres, ces climats pesants, parfois oppressants » qui caractérisent sa création. Hivers illustrent quatre tableaux, L’Hiver ou le Déluge de Poussin, Le Philosophe de Rembrandt, première des quatre pages du cycle qui remonte à 1992, les trois autres étant données en 2001, Les Chasseurs dans la neige de Bruegel et La Gondole sur la lagune de Guardi. Symphoniste accompli, ménageant effets et tensions, Dufourt a le souffle long et sait magnifiquement étirer le temps qui s’écoule sans que l’auditeur en ait vraiment conscience. Les deux premiers volets regroupent autant de mouvements lents, et les 80 premières minutes qui s’enchaînent peuvent paraître légèrement redondantes en raison d’un matériau relativement similaire. Le troisième volet se présente tel un scherzo de symphonie, le dernier se déroule dans une douce lumière blafarde débouchant sur un climat tendrement apaisé. L’ de Francfort, formidable de connivence et de virtuosité, dirigé avec poésie et rigueur par , a plus encore qu’au Châtelet su à séduire par la beauté sonore exacerbée par l’acoustique exceptionnelle des Halles de Schaerbeek. En seconde partie de soirée, a dirigé un grand classique de la seconde moitié du XXe siècle, Déserts de Varèse, dans une version âpre et expressive à souhait, malheureusement perturbée par le film vidéo de déjà vu à Paris l’automne dernier lors d’un concert de l’, film qui, bien que répondant aux vœux du compositeur, gêne l’écoute de ce chef-d’œuvre qui suscita ce qui reste à ce jour l’ultime création à scandale de l’histoire de la musique.

(Bruxelles, 7 mars 2002)

Plus de détails

Kyburz, Barrett, Maresz, Mochizuki, Suzanne Giraud

Mots-clefs de cet article

Resmusica-bannière-01

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.