Concert « Figures Légères » (2)

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Samedi 1 juin 2002, salle Olivier Messiaen de Radio France (Paris). Concert Figures Légères. Alfredo Casella : A la manière de … pour piano. Maurice Ravel : A la manière de … pour piano. Piano : Michaël Levinas. Georges Van Parys : Tristœil et Brunehouille, drame en recueil de parodies. Ensemble Sorties d’Artistes. Direction : Marc Schaefer.

Ensemble Sorties d’Artistes

Second concert gratuit du week-end Radio France consacré aux «Figures Légères» de la musique. Deux parties à l’atmosphère diamétralement opposée mais avec en point commun le goût du pastiche. Première partie intime avec seul au piano pour la suite-hommage des «A la manière de ….» de Casella et de Ravel. Deuxième partie délirante avec une imitation très drôle et fine due à Georges Van Parys des opéras de Rossini, Wagner, Debussy, Offenbach et Gershwin.

Les nombreux «A la manière de…, pour piano» de sont autant d’hommages à des compositeurs qui lui devaient lui tenir chers : Wagner, Fauré, Brahms, Debussy, Strauss, Franck, D’Indy et Ravel. Ces pastiches ne sont pas des caricatures humoristiques, mais plutôt des portraits touchants imitant de manière troublante le style de chaque compositeur en faisant ressortir certains de leurs traits marquants : les sixtes de Brahms, la fluidité de Fauré, les modulations de Franck, le chromatisme de Wagner, la gamme par ton de Debussy, un pseudo chant cévenol pour d’Indy; l’héroïsme de Strauss… Les deux pièces similaires de Ravel, plus connues, sont écrites dans le même esprit. Interprétation tout en sobriété de pour un programme qui souffrait peut-être d’un manque de virtuosité, mais qui gagnait en émotion.

L’opérette «Tristœil et Brunehouille» (1950) de Georges Van Parys raconte l’histoire d’un opéra oublié dont chacun des cinq actes a été écrit successivement par cinq compositeurs différents : Rossini, Wagner, Debussy, Offenbach et Gershwin, chacun traitant l’histoire à sa façon. C’est la voix célèbre de Frédéric Lodéon qui assurait par son rôle de récitant/historien la transition entre chaque acte. Le premier coup de maître de cette opérette concerne le livret qui imite à la perfection le style des livrets de chaque compositeur en en ressortant tous les tics les plus caractéristiques, livret qui plus est était très très drôle. La musique tient la même gageure. Le style musical de chaque compositeur est parfaitement rendu, en écoute en aveugle on si tromperait presque. Mais Van Parys en accentue tous les traits avec beaucoup de finesse et d’humour. Si le premier acte de Rossini est, à l’image de ses tournedos, une jolie mise en bouche, le second acte de Wagner est un premier moment fort. Le récitant nous prévient que la musique puissante du maître allemand risque parfois de couvrir les voix. Les chanteurs se livrent ici à un numéro de mime hilarant, fait de grands gestes outranciers et guerriers, s’essoufflant désespérément pour essayer de se faire entendre, avec au centre un court moment de répit et de douceur où les deux amoureux, devenus silencieux, gazouillent dans des mimiques dignes des plus mauvais films muets. Le troisième acte de Debussy est tout aussi délirant. Le symbolisme de Maeterlinck est astucieusement détourné à l’absurde et au ridicule. Le quatrième acte d’Offenbach se déroule dans un cachot, après cinq années d’enfermement pour les héros qui se voient condamnés à avoir la tête coupée. Mais heureusement qu’Offenbach est là pour mettre un peu d’entrain dans cet histoire qui autrement aurait sombré dans le tragique du Dialogue des Carmélites. On commence par un air de la belote très drôle et fin (belote qui est, comme chacun le sait, l’occupation préférée des prisonniers), pour terminer par un air de la tête coupée totalement absurde. Dans le dernier acte, dû à Gershwin, nos protagonistes se retrouvent au paradis sous la peau de noirs chantant des Negro Spirituals et un alléluia final électrique.

Cette opérette est à découvrir absolument, c’est l’une des meilleures et des plus drôles parodies qui existent. Un vrai moment de bonheur, largement rendu par les interprètes, tous excellents par leur enthousiasme et leur joie de jouer et de chanter. Public peu nombreux, faute peut-être au beau temps externe pour ce samedi après-midi ensoleillé, mais totalement hilare et séduit. Pour ce concert, il s’agissait de la création mondiale de l’orchestration par Marc Schaefer lui-même de la partie pour piano, orchestration convaincante qui devrait assurer une plus large popularité à cet ouvrage. En conclusion, si vous avez l’occasion de voir «Tristœil et Brunehouille», oubliez une quelconque appréhension pour ce titre un peu étrange et allez-y de plein cœur, ça vaut le coup d’œil.

On peut remercier Radio France de toutes ces découvertes non totalement gratuites, alliant émotion et humour.

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