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Percussions et musique vocale de Iannis Xenakis, précédées du film de Chris Marker le Cri de la Chouette.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 30-V-2002. le Cri de la Chouette (film de Chris Marker), Psappha, Nuits, Kassandra, Pu wijnuej we fyp, Spyros Sakkas (baryton), Roland Auzet (percussions), Ensemble Musicatreize (direction : Roland Hayrabédian), Maîtrise de Radio-France (direction : Toni Ramon)

Suite et fin du cycle au Châtelet. L’après-midi avait été consacré à la musique de chambre avec un concert joué à guichet fermé. La soirée s’ouvrait avec le huitième des 13 épisodes de l’Héritage de la Chouette de Chris Marker, série consacrée à l’héritage de la civilisation grecque dans plusieurs domaines, en l’occurrence la musique. Et qui de mieux placé que Xenakis pouvait en parler, au travers de ses propres recherches.

Psappha (1975) est avec Zyklus de Stockhausen un des piliers du répertoire pour percussions solo. Créée par Sylvio Gualda cette œuvre ne fait appel qu’à des instruments à hauteur indéterminée, en utilisant une technique d’écriture aléatoire mais « contrôlée ». L’interprète a le choix absolu des timbres formant son ensemble instrumental. Rythmes, dynamiques et hauteurs relatives sont écrits en revanche avec précision. Cette pièce extrêmement virtuose se transforme de visu en une chorégraphie, le percussionniste devant très rapidement alterner ses instruments et modes de jeux. « plonge » littéralement dans la partition et en est totalement habité, nous évitant ainsi de la faire ressembler à une simple étude de timbre et d’intensité.

Nuits (1968) est une autre pièce de Xenakis a avoir accédé au rang de « classique du XXeme siècle ». Prévu pour les 12 voix solistes issus du chœur de l’ORTF dirigé alors par (les créateurs entre autres des Cinq Rechants de Messiaen et du Cantique des Cantiques de Daniel-Lesur). Nuits ne fait pas appel à un texte défini. Le compositeur emploi des phonèmes de langues antiques, détachés de leurs contextes. Cette œuvre dense, ramassée, basée sur le cri, fut écrite peu après le coup d’état des Colonels en Grèce, et est dédiée aux détenus et prisonniers politiques de tous pays –Xenakis lui-même ayant été dans cette situation. Tout l’attirail contemporain pour les voix est utilisé : micro-intervalles, glissandos, clusters, sifflements, toux, respiration, bêlements, … Chaque voix est retranchée dans les extrêmes de ses possibilités. et ne semblaient pas concernés par le message de désespoir contenu dans ces quelques minutes de sauvagerie musicale. L’interprétation était techniquement parfaite mais au finale bien peu de choses y transparaissaient. Moment de méforme ou de manque d’inspiration sans doute car Nuits est un pilier du répertoire de cet ensemble vocal dont les enregistrements reçoivent toujours une pluie de louanges lors de leurs parutions.

Kassandra (1987) est le complément et la suite logique d’Oresteïa, musique de scène pour le drame d’Eschyle composé 21 ans plus tôt. Le style de Xenakis est ici plus simple d’apparence, épuré, comme visant à l’essentiel. L’écriture vocale a été conçue pour le créateur de l’œuvre, , qui possède de grandes facilités en voix de fausset. Il en résulte un dialogue entre Cassandre (fausset) et le Coryphée (baryton) tout à fait surprenant, basé sur la scansion des textes classiques alliée aux structures rythmiques et modales des musiques de la Méditerranée. L’emploi par le chanteur d’un psaltérion et l’accompagnement d’un ensemble de percussions finissent par rendre une atmosphère lourde et incantatoire à cette pièce impressionnante.

Pu wijnej we fyp (1992) a été conçu pour la Maîtrise de Radio-France quand celle ci était dirigée par celui qui lui a fait perdre ses « lettres de noblesse », Denis Dupays. 10 ans plus tard la métamorphose est surprenante. , directeur musical depuis 1998 de cet ensemble a su réellement redynamiser ses troupes et est en passe de remettre ce chœur d’enfants et d’adolescentes à la place qu’il n’aurait jamais du quitter, celle d’acteur majeur de la vie musicale française. Cette œuvre est elle aussi d’une densité polyphonique exceptionnelle, et d’exécution redoutable. Le texte est un jeu phonétique d’Arthur Rimbaud, accentué par sa mise en musique qui refuse toute forme préétablie, la transformant ainsi en une étude de timbres. L’interprétation sûre du chef et de ses jeunes choristes, qui semblent naviguer avec aisance dans cette musique, ont fait terminer cet hommage à Xenakis en apothéose.

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Paris. Théâtre du Châtelet. 30-V-2002. le Cri de la Chouette (film de Chris Marker), Psappha, Nuits, Kassandra, Pu wijnuej we fyp, Spyros Sakkas (baryton), Roland Auzet (percussions), Ensemble Musicatreize (direction : Roland Hayrabédian), Maîtrise de Radio-France (direction : Toni Ramon)

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