Chostakovitch conformiste

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse. Concert du 10 avril 2003. Carl Maria von Weber : Obéron, ouverture. Johannes Brahms : Concerto pour violon op. 77. Dimitri Chostakovitch : Symphonie n° 6 op. 54. Joshua Bell, violon. Orchestre National du Capitole. Direction : Yuri Temirkanov.

dirige l’ONCT

Successeur plus ou moins contesté du mythique et despotique Evgueny Mravinsky à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Saint-Pétersbourg, apparaît, au travers d’enregistrements parfois décevants, comme un chef estimable mais inégal, particulièrement dans le répertoire illustré par son célèbre prédécesseur. Il était donc extrêmement tentant, alors que ce chef ne s’était pas produit depuis longtemps à la tête d’un orchestre français, de jauger le bien-fondé de ce sentiment, d’autant que la 6ème symphonie de a été créée à Leningrad en novembre 1939 par Mravinsky.

Dès les premières mesures, on a pu percevoir à quel point les conceptions orchestrales des deux chefs sont radicalement opposées. Autant Mravinsky dessinait ses interprétations à la pointe sèche, privilégiant la netteté du trait sur la rondeur du son, jusqu’à la plus cinglante violence expressive, autant Temirkanov dirige « large », sa pâte orchestrale sonne épaisse, ses phrasés appuyés et ses tempi globalement modérés. Ce parti pris s’avère étonnant dans le cas d’un concert avec l’, souvent plus à l’aise dans la transparence que dans les effets de masse, où il peut parfois manquer de relief et d’ampleur dans les basses, phénomène amplifié par la sécheresse de l’acoustique de la Halle aux Grains. Les musiciens ont cependant fort bien su relever le défi, disciplinés et attentifs aux intentions du chef, même s’ils n’ont pu éviter des décalages dans le périlleux Presto de la symphonie de Chostakovitch, où cuivres et percussions ont fait parfois sailli. Mais, malgré les efforts de l’orchestre, la conception, ou l’absence de conception, de Temirkanov dans cette œuvre a laissé perplexe. Très gentiment joué, avec des interventions lumineuses des bois, le largo initial n’a laissé percer aucun drame, aucune noirceur, seulement une jolie musique jouée avec fluidité. Et les pastiches acerbes des deux mouvements vifs, pris au premier degré, ont sombré dans la musique de foire, fanfare tonitruante et grasse. Comment donc imaginer qu’un interprète russe puisse donner de cette page ironique et poignante une interprétation si neutre, si totalement dénuée d’arrière-plan politique ou humain ?…

Donné en première partie, le Concerto pour violon de Brahms pâtissait davantage encore de cette conception. Très lente et compassée, avec un premier mouvement particulièrement mou, la direction de Temirkanov a englué un virtuose et narcissique, ralentissant tous ses diminuendi jusque dans des pianissimi qu’il a détimbrés, mais qui, parfois, a tenté une petite accélération sitôt rattrapée par la battue imperturbable du chef.

Bref, même si la compétence de Youri Termikanov ne saurait être remise en question et si l’investissement des musiciens était patent, il s’est dégagé de ce concert une impression de lassitude et d’académisme guindé. Chostakovitch, par un chef russe sombrant dans le conformisme petit-bourgeois, quel comble !

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