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150e anniversaire de l’orgue du Val-de-Grâce

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Paris. Eglise du Val-de-Grâce. 31.V.2003. Œuvres de Jean-François Tapray, Pierre Cholley, Jean-Sébastien Bach, Joaquín Rodrigo, Lukas Foss, Daniel-Lesur, Henri Dallier, Max Pinchard, Joseph Haydn. Isabelle Lenoir (flûte), Gildas Branellec (contre-ténor), Hervé Désarbre (orgue), Julien Bret (orgue). Ensemble orchestral Stringendo, Ensemble vocal Stona Trilla ; Direction : Jean Thorel.

Ce concert avait pour objet la double célébration du 850e anniversaire de Saint Bernard de Clairvaux et du 150e anniversaire de l’orgue du Val-de-Grâce, initialement construit par pour l’église Sainte-Geneviève, autrement dit le Panthéon.

Concevoir un programme cohérent pour cette double commémoration tenait de la gageure. Ce concert plantureux bric-à-brac auquel la sobriété cistercienne faisait cruellement défaut ne rendait pas hommage à grand chose sinon peut-être, par référence au fameux Inventaire, à la mémoire du regretté Jacques Prévert : deux organistes, quatre solistes, neuf compositeurs, dix œuvres des styles et des ambitions les plus divers, depuis la sublime componction de la Cantate BWV 54 jusqu’à l’humour prétentieux et potache du Choral BWV 1792 de Pierre Cholley (né en 1962), lamentable tentative de choral orné sur La Marseillaise qui dut se tailler un franc succès, le soir de joyeuse ébriété où il fut vraisemblablement improvisé, quatre cents ans d’histoire de la musique.

Taisons-nous pudiquement sur les ornements incertains et les traits guère propres de M. Désarbre dans le Concerto de Jean-François Tapray (1737-1819), musique alerte et charmante, typique du classicisme français. Celle-ci a été exécutée, à l’orgue comme à l’orchestre, dans un style très « Berlin-Est, années 1960 ». Taisons-nous aussi sur le peu que l’on a entendu des chevrotements étiques du contre-ténor ; sur les ténors du chœur et les altos de l’orchestre qui, même selon les standards les plus indulgents de ces pupitres, ne brillaient guère par la justesse ; et sur les jeux d’anches de l’orgue du Val-de-Grâce, qui ne brillent pas non plus par la distinction de leur harmonie.

A propos d’harmonie, je serai plus sévère pour les assommantes séries de quartes ou quintes pseudo-médiévales que nous inflige Max Pinchard (né en 1928) dans ses Laudes et pour les dissonances fades, d’une délicatesse ostentatoire et sirupeuse, de son Magnificat – en français – dont les paroles sont bricolées de façon à faire intervenir un refrain : procédé digne de ce répertoire que Huysmans qualifiait de « bastringue de sacristie ». La communication du label Mandala, qui a récemment édité le Concerto pour orgue du même Pinchard par les mêmes interprètes, le félicite de « se situer bien loin des tics contemporains »… L’on ne sait trop ce que signifie cette expression, mais il est sûr que Max Pinchard n’a point cherché à se tenir éloigné des tics post-ravéliens qui lui auraient peut-être permis, autour de 1940, de décrocher péniblement un Second Prix de Rome.

Mais l’essentiel de ce programme a été la découverte que représentaient ses pièces centrales, l’Aria antigua de , exquise sucrerie néo-baroque un rien écœurante, la Stèle à la mémoire d’une jeune fille de Daniel-Lesur, pièce sombre qui évoque le monde d’Honegger ou de , et surtout l’envoûtant Hommage à Toru de Lukas Foss, où l’usage du glissando et la subtilité des jeux de textures semblent conférer à la flûte traversière soliste le rôle de la flûte traditionnelle shakuhachi telle que l’utilise Toru Takemitsu (probable dédicataire) dans November Steps. Dans ces trois pièces exigeantes, la flûtiste Isabelle Lenoir a su développer une superbe sonorité et une aisance de chambriste qui portaient à elles seules l’ensemble de l’orchestre.

Car c’est bien ce dernier, avec son chef Jean Thorel, que célébrait le programme : bien plus en tout cas que Cavaillé-Coll ou Saint Bernard… Thorel a obtenu l’Orphée d’Or de l’Académie du disque lyrique « ex æquo avec Pierre Boulez ». Ce dernier doit être flatté. Sans doute aurait-il quelques leçons à donner à Thorel pour lui faire atteindre cette « époustouflante netteté dans les attaques » et à cette « sensualité à couper le souffle » que célèbre un confrère dans une louange aimablement fournie à l’auditeur avec le programme du concert, méthode Coué oblige. On n’en a pas moins remarqué une belle matière sonore et un authentique lyrisme dans le répertoire où chef et orchestre se sentent d’évidence le plus à l’aise, c’est-à-dire une musique contemporaine aux résonances post-romantiques.

Pour conclure, félicitons pour son élégante interprétation d’une pièce d’Henri Dallier (1849-1934), organiste de la Madeleine entre 1905 et 1934, et dont le style ne déparait pas aux côtés de celui de Daniel-Lesur. Un programme structuré autour de telles œuvres, et interprété de bout en bout avec ce même niveau de qualité, eût épargné à ce concert ses relents d’amateurisme.

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Paris. Eglise du Val-de-Grâce. 31.V.2003. Œuvres de Jean-François Tapray, Pierre Cholley, Jean-Sébastien Bach, Joaquín Rodrigo, Lukas Foss, Daniel-Lesur, Henri Dallier, Max Pinchard, Joseph Haydn. Isabelle Lenoir (flûte), Gildas Branellec (contre-ténor), Hervé Désarbre (orgue), Julien Bret (orgue). Ensemble orchestral Stringendo, Ensemble vocal Stona Trilla ; Direction : Jean Thorel.

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