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Giuseppe Valentini – Ensemble 415

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Giuseppe Valentini (1681-1753) Concerti grossi e a quattro violini, opus VII. Ensemble 415, Chiara Banchini (direction). 1 CD Zig Zag Territoires n° 3 760009 290228, 2002, 75’19 ; Distribution Harmonia Mundi Présentation raffinée (habituelle à la marque), notice complète, prise de son magnifique

 

Giuseppe Valentini - Ensemble 415

Le jeune label français Zig Zag Territoires, qui n’en est pas à son premier coup de maître, s’aventure à son tour sur des terres fort défrichées depuis quelques années : le « baroque » italien. Ici instrumental, il fait allégeance à des noms aussi grands que ceux de Corelli, Geminiani, Tartini et Locatelli, tous auteurs de Concerti grossi.

Qu’est-ce au juste que le Concerto grosso ? A proprement parler la mise en relief particulier de quelques instruments dont les joutes sont accompagnées par l’ensemble instrumental dont la basse continue. Le genre a exercé une telle influence, que Haendel lui-même, sous le terme de Grand concertos, en a légué une illustre poignée à l’Angleterre. Et même, les Concertos brandebourgeois de Jean-Sébastien Bach, pierre de touche de la « musique symphonique » européenne en gésine, sont-ils autre chose que des Concerti grossi ?… Le genre se fait plus ardu encore, lorsque les instruments mis en évidence appartiennent à la même famille, voire sont identiques. C’est le cas avec ce recueil de , compositeur romain d’origine florentine, à peu près contemporain de Vivaldi, mais dont la réputation est loin d’être planétaire… On apprend dans la documentation disponible via les livres et Internet – et aussi dans la belle notice de David Plantier – que ce musicien très en cour, parvint jusqu’à faire de l’ombre, dans la Ville éternelle, à Corelli lui-même. Satie italien avant la lettre, Valentini, nous apprend-on, cultivait le goût de l’étrange et des titres bizarres. Est-ce la raison de la suprématie des tons mineurs en cet opus VII ? Dans l’Allemagne suivant la Guerre de Trente Ans, il se serait appelé Erlebach ; et dans l’Union Soviétique des années soixante, Chostakovitch !

Les Concerti retenus comportent les Grave et les Fuga que l’on retrouvera chez Bach, à côté d’Allegros, Adagios et d’un très étonnant Affetuoso conclusif (n° 1 en la majeur). La perfection de la structure, la rigueur de l’harmonie situent de fait Valentini sur les plates-bandes de Corelli. Mais ce dernier se trouve surpassé par l’invention proprement poétique du cadet. Les climats ici dépeints ne sont pas de leur siècle. Leur propension souvent délétère les place bien au-delà du Sturm und Drang à venir en Europe du Nord. C’est du Mozart, voire du Schubert avant la lettre ! Dès lors, la fonction pédagogique (si parfaite pourtant) des partitions paraît bien secondaire en regard d’une telle personnalité. L’, une formation suisse déjà fort remarquée sous le label Harmonia Mundi à la fin du siècle dernier (Corelli, Vivaldi, Tartini, de l’opéra aussi, le Flavio de Haendel…) apporte à Zig Zag Territoires un groupe déjà vétéran – mais encore juvénile -, absolument idéal pour cette école. Des phalanges purement italiennes officiant pour d’autres marques ont d’ailleurs beaucoup à apprendre d’eux, en matière de galbe et de couleur par exemple !

Sous l’autorité de , la scansion, en effet, n’est jamais rêche ou scolaire ; elle ne recherche que la liberté du discours si original de Valentini. Le ton est donné dès le premier mouvement de l’extraordinaire Concerto pour quatre violons qui ouvre le disque. Les timbres merveilleux produits par les quatre archets, charnus et anxieux à la fois, ont quelque chose d’ésotérique. Cela perdure au cours des six œuvres choisies par les Suisses. Avec un tel luxe de sonorités, ceux-ci pourraient se laisser porter par l’hédonisme. Il n’en est rien, et grâce en particulier à un rubato très prononcé, ils ne font jamais retomber le trouble si caractéristique de « l’Archange du Bizarre », ainsi qu’on a surnommé le compositeur. Le contrepoint, souvent hardi, est toujours placé au service de l’expression lyrique. On entend même, au détour d’un Concerto, comme une prémonition de la fugue qui accompagne la scène des deux hommes en arme dans la Flûte enchantée ! Bref : dans un répertoire aujourd’hui très fréquenté, Zig Zag Territoires offre au mélomane une totale nouveauté.

Aux qualités, déjà relevées, de Valentini et de ses interprètes s’ajoute une incontestable orfèvrerie quant à la prise de son. C’est l’une des marques de fabrique de Sylvie Brély et Frank Jaffrès ; dont les CD, comme ceux de Calliope, Ligia, Pierre Vérany (entre autres…) tutoient la perfection en matière de technique. Voilà, au sens le plus noble du terme, un véritable produit d’artisanat. Comme ces fruits aux sucs quasi-exotiques et goûteux, frais jusqu’au vertige, nous semblent plus enivrants que les cultures industrielles de fraises peu sauvages ! Au surplus, voilà un parfait antidote à toute défaite, institutionnelle et tapageuse, de la Musique.

www.zig-zag-territoires.com

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Giuseppe Valentini (1681-1753) Concerti grossi e a quattro violini, opus VII. Ensemble 415, Chiara Banchini (direction). 1 CD Zig Zag Territoires n° 3 760009 290228, 2002, 75’19 ; Distribution Harmonia Mundi Présentation raffinée (habituelle à la marque), notice complète, prise de son magnifique

 
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