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Rencontre avec Suzanne Giraud à l’occasion de la création des Duos pour Prades pour clarinette et violoncelle

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« Crier vers l’horizon », Duos pour Prades pour clarinette et violoncelle », « Envoûtements VI », « Le bel été ». ResMusica était au plus près de la compositrice Suzanne Giraud au moment de ces quatre créations. Pour accéder au dossier complet : Suzanne Giraud

 

Suzanne Giraud - Photo (c) Jean-Michel Sabat

Deux mois et demi après la création du cycle de mélodies Le bel été pour baryton et piano le 23 mai, et neuf semaines avant celle d’Envoûtements VI pour six percussionnistes le 8 octobre, propose le 5 août, dans le cadre du Festival de Prades, la première mondiale de ses Duos pour Prades pour clarinette et violoncelle.

Duos de couleurs veloutées

Cette deuxième œuvre nouvelle de l’année 2003 a été composée par à la demande de Michel Lethiec, clarinettiste et directeur artistique du Festival de Prades fondé en 1950 par le légendaire violoncelliste catalan , qui, depuis sa mort en 1973, reste un modèle inégalé d’humaniste musicien. Achevés le 30 mai 2002, les onze Duos pour Prades ont a été conçus entre Qu’as-tu vu dans le vaste monde ? pour trompette piccolo, baryton et ensemble, et Afin que sans cesse je songe pour flûte. Ses dédicataires, Michel Lethiec, actuel directeur de la manifestation catalane et commanditaire de l’œuvre, et le violoncelliste finlandais Arto Noras sont les interprètes de cette partition écrite « à la mémoire de  ». D’où l’idée fondatrice d’associer, dans ces Duos, le violoncelle, instrument dont Pau Casals demeure la figure emblématique, et la clarinette, dont Michel Lethiec est aujourd’hui l’un des grands virtuoses internationaux. Les deux instruments dont les timbres se fondent à merveille et les tessitures possèdent tant de points communs, constituent un assemblage de couleurs extraordinairement veloutées.

Album aux pages impaires

Les Duos pour Prades se présentent en un petit album de onze pièces d’une durée totale de seize minutes, alternance de morceaux d’une et de deux minutes, à l’exclusion des huitième et neuvième, qui rompent la symétrie. Si Suzanne Giraud a opté pour onze pièces, c’est pour répondre à l’injonction du poète « de la musique avant toute chose et en cela préfère l’impair ». « Onze est un chiffre particulièrement intéressant, concède Suzanne Giraud, parce qu’il est très ouvert, ne ressemble à rien de ce que l’on trouve dans la musique, pas davantage côté symboles. En effet, en musique les chiffres d’équilibre sont souvent proches de la symbolique biblique, entre autres, par exemple les chiffres douze, quarante, etc. Onze n’est pas non plus un chiffre rond, contrairement à dix, et ce n’est pas davantage le douze si présent en musique. Cette idée m’est venue spontanément, parce que j’avais aussi le dessein de créer un cahier de duos pour deux amis qui feuillettent ensemble une partition, cherchant de quoi s’amuser sur l’instant. Je me demande même si j’envisageais vraiment le concert. Je pensais davantage à quelque chose d’intime et de ludique. »

Jeux de répliques

Outre les durées et les micro-intervalles, la partition alterne les tempi vifs et lents, et réserve à chaque duo son mode de jeu spécifique propre aux deux instruments. Le violoncelle, dont la partie s’étend parfois sur deux portées, se voit confier le soin de réaliser plusieurs scordature (*), alors que le clarinettiste doit par deux fois prendre la petite clarinette en mi-bémol. « Bien que je préfère qu’ils soient joués dans leur continuité, les morceaux peuvent aussi l’être indépendamment les uns des autres, admet Suzanne Giraud. J’ai également pensé que ces pages pourraient être confiées à de grands élèves, différents pour chacune au sein d’une même exécution. J’imaginais une joyeuse bande d’élèves des classes de clarinette et de violoncelle se rencontrant dans une master class ou dans un conservatoire. Par ailleurs, j’avais en tête la perspective de disperser les musiciens en divers points d’une salle de concert et de les faire se déplacer à chaque nouveau morceau en un endroit révélé soudain au public par un coup de projecteur sec, au moment même où ils se mettent à jouer. » Dans ses Duos pour Prades, Suzanne Giraud travaille non pas sur le seul mode de jeu mais surtout sur la réplique entre les deux instruments, sur la façon dont l’un réagit par rapport à l’autre. Mais, ici, nul programme sous-jacent. Même s’il apparaît de fugitifs souvenirs qui se présentent sous forme de tournures, notamment à la clarinette la musique klezmer pour son tour à la fois festif et mélancolique, ainsi que le jazz « New Orleans », dans l’esprit de Sydney Bechet, « parce que j’aime cette façon de jouer opposée à celle qui est utilisée dans la musique contemporaine, où la clarinette est plus lisse ». Quant au violoncelle, archet vif et son rauque, afin d’assurer l’équilibre avec son partenaire, Suzanne Giraud ne l’utilise pas précisément pour son aptitude au lyrisme mais davantage pour ses qualités rythmiques, la partition recelant quantité de pizzicati en tout genre, du pizzicato classique au « pizz. Bartok » en passant par le « pizz. main gauche ». « L’âpreté des cordes graves à vide du violoncelle est irremplaçable, s’enthousiasme Suzanne Giraud. J’aime ce timbre si particulier, et j’utilise la scordatura pour qu’il soit encore plus caractérisé, plus étrange dans cette couleur. »

* Corde dont l’accord diffère de l’accord standard de l’instrument. Il est réalisé soit au début, soit en cours d’exécution de l’œuvre. Ce procédé, souvent exploité par les compositeurs Renaissance, a déjà été utilisé par Suzanne Giraud, notamment dans Envoûtements V  pour guitare et quatuor à cordes.

Crédits photographiques : © Jean-Michel Sabat

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