L’esprit de Saint-Michel-de-Cuxa

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Prades. Festival Pablo Casals. Abbaye Saint-Michel-de-Cuxa. 26.VII.2003. Ludwig van Beethoven (1770-1827), Concerto pour violon et orchestre en ré majeur, Symphonie n° 1 ; Kazuko Narita (née en 1957), Aria pour clarinette et cordes. Olivier Charlier, violon, Michel Lethiec, clarinette. Orchestre de Chambre de Novossibirsk. Direction : Alexandr Polischuk.

olivier_charlierFestival Pablo Casals 2003

Epargnée par le mouvement des intermittents du spectacle, l’ouverture du Festival Pau Casals a bien eu lieu ce samedi 26 juillet dans le cadre habituel et prestigieux de l’abbaye de Saint-Michel-de-Cuxa. Cependant, l’Orchestre de Hong Kong prévu pour les deux premiers concerts n’était pas au rendez-vous, retenu, comme on le sait, par les risques de contagion dus à la pneumopathie atypique. On ne peut que regretter l’annulation d’un tel événement qui aurait consacré l’année de la Chine en terre catalane.

A l’affiche donc de cette soirée d’ouverture, l’Orchestre de Chambre de Novossibirsk conduit par son chef permanent qui, à l’âge de quarante-trois ans, multiplie les honneurs et les récompenses, en Russie comme à l’étranger. Le concert débutait sur le Concerto pour violon et orchestre en majeur de Beethoven avec, en soliste, le violoniste , professeur au CNSM de Paris et invité cet été à l’Académie internationale de Musique de Prades. Il abordait le premier mouvement avec maîtrise et rigueur, déployant une sonorité brillante, magnifiquement servie par l’acoustique idéale de l’abbaye. On n’a malheureusement pas senti ce même enthousiasme dans l’orchestre qui, face à l’élégance et la précision du jeu du soliste, et en dépit d’une direction investie, est paru terne et peu réceptif aux sollicitations du violon solo. Le deuxième mouvement pâtit de ce déséquilibre, privant la longue phrase chantée du violon du soutien chaleureux dont elle a besoin pour s’élever vers les cimes de l’expression beethovénienne. Ce n’est vraiment que dans le rondo final, mené avec élan et conviction par , que le dialogue s’établit sans que l’on puisse lire cependant sur les visages des musiciens de l’orchestre l’expression d’une véritable joie partagée…

La deuxième partie du concert s’ouvrait sur une création mondiale de la compositrice japonaise actuellement en résidence à Prades. Depuis plus de dix ans, le Festival Pau Casals, traditionnellement voué au répertoire de musique de chambre, inclut dans sa programmation des œuvres d’aujourd’hui ainsi que des créations, invitant des compositeurs (Krzystof Penderecki, Suzanne Giraud, cette année) à s’exprimer de vive voix et à faire connaître leurs œuvres à un public de plus en plus réceptif. Après des études très complètes au CNSM de Paris (prix d’écriture, d’orchestration, de composition instrumentale et électroacoustique) et de nombreuses récompenses dans les concours internationaux de composition, vit aujourd’hui au Japon où elle est professeur de composition à l’université Doshisha Women College.

Dans Aria pour clarinette et ensemble de cordes, Kazuto Narita confie au soliste une partie très exigeante et virtuose, toujours « en dehors », mais soutenue, « galvanisée » par l’omniprésence des cordes. Le deuxième mouvement resserre encore les liens rythmiques entre soliste et ensemble pour accuser cet aspect volontaire et très enlevé de l’écriture. Le début du troisième mouvement laisse la clarinette s’exprimer seule dans une longue cadence méditative avant que le violoncelle solo ne relance le tempo pour amorcer la toccata finale sollicitant l’énergie de chacun des partenaires qui maintiendront la tension rythmique sans faillir jusqu’à la rupture finale. Littéralement mis à l’épreuve, mène le discours avec beaucoup de fougue et de personnalité, même si, parfois, la clarinette perd de sa séduction sonore. Manifestement plus à l’aise et détendu qu’au début, l’Orchestre de Chambre de Novossibirsk terminait le concert par la première Symphonie de Beethoven, joyau du classicisme viennois dont il soigna tout particulièrement la finesse et l’articulation du discours. Très démonstratif, semble retrouver un contact plus familier avec son orchestre sans toutefois proposer une vision vraiment personnelle de l’œuvre. Mais est-ce encore possible ? La Rhapsodie hongroise de Brahms, qu’il proposait en bis, lui permettra de briller dans un répertoire qu’il semble affectionner par-dessus tout.

Crédit photographique : Jean-Michel Sabat

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