La musique de chambre française en majesté au Festival de l’Orangerie

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Sceaux, Orangerie. 27.VII.2003. César Franck (1822-1890), Quintette avec piano en fa mineur ; Ernest Chausson (1822-1890), Chanson perpétuelle op.37 ; Maurice Ravel (1875-1937), Quatuor à cordes en fa majeur ; Gabriel Fauré (1845-1924), La bonne chanson op.61. Christian Ivaldi (piano), Agnès Mellon (soprano), Quatuor Alcan (Stephan Arman,1er violon, Nathalie Camus, 2nd violon, Luc Beauchemin, alto, David Ellis, violoncelle).

mellon-ivaldi-250x139Festival de l’Orangerie

Pour ce troisième dimanche à l’Orangerie de Sceaux, Jacqueline Lœwenguth, directrice du festival, a concocté un passionnant programme de musique de chambre française avec des interprètes passionnés.

Tout d’abord , remarquable pianiste, par ailleurs l’un des musiciens les plus cultivés qui soient, qui a été l’un des très grands professeurs du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris. Pédagogue de talent, sa classe de musique de chambre a régulièrement produit des premiers et seconds prix de conservatoire ainsi que des lauréats dans les grands concours internationaux. Cinéphile averti, artiste passionné, doté d’une mémoire prodigieuse, il est capable de jouer tout le grand répertoire de musique de chambre au pied levé. Il anime par ailleurs la classe de musique de chambre de l’excellente Académie de musique française de Kyoto créée en 1989 par la violoniste Yuko Mori et à laquelle participe, également, la soprano pour la classe de chant. Cette dernière a successivement travaillé aux Arts Florissants de William Christie et à la Chapelle Royale de Philippe Herreweghe avec lequel elle a enregistré un inoubliable Requiem de Fauré. Elle a également chanté avec Gardiner, Malgoire, Koopman, Kuijken, Jacobs… et, forte de son expérience musicale, elle a fondé « Barcarolle », une formation qui interprète le répertoire de musique de chambre avec voix et instruments de l’époque baroque. Son collaborateur musical est l’excellent claveciniste . Parallèlement au répertoire baroque, se passionne pour le répertoire français et son travail vocal sur la musique française est d’une éblouissante finesse. Elle est en outre une remarquable pédagogue. Enfin, célébrant sa quatorzième saison, le Quatuor Alcan, l’une des plus dynamiques formations de musique de chambre du Canada, a su faire vibrer le public par la force et la profondeur de son travail musical. Tout au long de cette fin d’après-midi dominicale, il a su accompagner le chant avec beaucoup de subtilité et de maîtrise technique, aidé en cela par le jeu éblouissant de pureté, de profondeur et de virtuosité discrète de .

C’est en décembre 1898 qu’Ernest Chausson achève, sur un poème de Charles Cros, cette Chanson perpétuelle op.37 qui sera présentée dans sa version orchestrale en janvier 1899. Le Festival de l’Orangerie de Sceaux a choisi la version pour piano et quatuor à cordes. Agnès Mellon accompagnée par le piano raffiné et intense de Christian Ivaldi et la belle cohésion du Quatuor Alcan en donne une interprétation profonde, frémissante et particulièrement émouvante. Elle sait mettre en valeur un texte qui parle d’amour, de solitude, de bonheur passé, d’appel à la mort. Et l’osmose entre les musiciens est parfaite.

Le Quatuor Alcan a offert un Quatuor à cordes en fa majeur de Maurice Ravel de toute beauté. Initiée en 1902 en hommage à Gabriel Fauré, cette œuvre que Debussy apprécie particulièrement est créée le 5 mars 1904 à la Schola Cantorum. Visiblement, les quatre membres du Quatuor Alcan s’entendent à merveille. Douceur, élégance, chaleur pour un premier mouvement Allegro moderato construit en forme de sonate. Les pizzicati du deuxième mouvement, scherzo, Assez vif – très Rythmé, sont joués avec une belle maîtrise et beaucoup d’expression. Le troisième mouvement, Très lent, et le finale, Vif et agité, sont interprétés avec la méditation qui sied au Très lent et la brillance caractéristique qu’il faut au Finale.

Puis place est laissée au Quintette avec piano en fa mineur de César Franck. Dédié à Camille Saint-Saëns, il est achevé en 1879 et créé un an plus tard. Il fait l’admiration de Debussy qui voit en lui « le roi des quintettes ». Il est vrai que l’œuvre est d’une intensité et d’une puissance expressive fascinantes. Tragédie, douleur, lyrisme, fulgurance, méditation, rage, il faut une grande richesse de jeu aux interprètes pour cette œuvre passionnelle, voire charnelle. Le piano de Christian Ivaldi affirme la beauté de ses couleurs et sa sonorité sans jamais écraser les cordes du Quatuor Alcan, énergique et passionné.

La Bonne Chanson de Fauré clôt un programme intelligent et rare. C’est entre 1892 et 1894 que Fauré écrit ces neuf mélodies sur des poèmes de Verlaine. L’inspiratrice en est la chanteuse Emma Bardac. C’est la version pour quintette à cordes et piano créée à Londres en 1898 qui est présentée dans l’Orangerie de Sceaux. Avec une grande sensibilité, Agnès Mellon donne, à cette histoire d’amour de toute une vie, une émotion subtile, une volupté élégante, pleine de poésie et de beauté. Christian Ivaldi ne se contente pas d’accompagner. Son piano respire avec la voix de la chanteuse. Et le Quatuor Alcan sait trouver les accents verlainiens qu’il faut.

Crédit photographique : droits réservés

Banniere-ClefsResmu-ok

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.