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Deux « folles journées » dans un jardin anglais

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Glyndebourne Festival Opera.

25 VII.2003. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro. Christopher Maltman, Sarah Fox, Diana Montague, Linda Tuvas, Mariusz Kwiecien, Ruth Ziesak. London Philharmonic Orchestra. The Glyndebourne Chorus, direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Daniel Farncomb d’après Graham Vick. Décors et costumes : Richard Hudson.

27.VII.2003. Johann Strauss fils (1825-1899), Die Fledermaus. Pär Lindskog, Lyubov Petrova, Pamela Armstrong, Thomas Allen, Ragnar Ulfung, Hakan Hagegard, Artur Korn, Malena Ernman, Udo Samel. London Philharmonic Orchestra. The Glyndebourne Chorus. Direction : Vladimir Jurowski. Mise en scène : Stephen Lawless. Décors : Benoit Dugardyn. Costumes : Ingeborg Bernerth. Chorégraphie Nicola Bowie.

Festival de Glyndebourne 2003

Le Festival d’opéra de Glyndebourne vient de s’achever avec une excellente reprise de la production de l’édition 2000 des Noces de Figaro de Mozart et une nouvelle réalisation très brillante de La Chauve-Souris de Johann Strauss fils.

Photos (c) Droits réservés

Les Noces de Figaro sont une tradition, à Glyndebourne. C’est avec elles que l’institution a levé le rideau, il y aura l’an prochain soixante-dix ans, et, depuis, il ne se passe pas beaucoup de temps sans qu’elles ne soient à l’affiche. La première de cette reprise marquait la 455ème représentation de l’œuvre en ce lieu. Mise en scène en 2000 par au sein d’une trilogie des opéras de Mozart et da Ponte dont elle était la plus belle réussite, elle en est à sa seconde reprise et c’est désormais Daniel Farncombe qui en assure la régie. Même isolée de son contexte trilogique, cette production est toujours aussi claire dans sa direction d’acteurs. La «Folle Journée» se déroule dans un château aux murs de tulle transparents, ne laissant aucune possibilité de vie privée ni aux maîtres, ni aux valets. Ainsi, tous les jeux sont-ils permis, apartés, faux départs, arrivées surprises, tous les rouages de ce merveilleux bijou d’horlogerie sont à la fois visibles et cachés par ces tulles. Le quatrième acte est particulièrement clair car les personnages qui sont censés mener, de nuit, le terrible imbroglio du jardin sont éclairés à outrance mais jouent comme s’ils ne voyaient rien. Le public comprend alors le moindre détail de ce terrible dernier acte, rendu plus efficace théâtralement par les coupures d’usage des deux airs de Marcelline et Basilio.

Bien que très soignée comme toujours à Glyndebourne, la distribution comportait une erreur patente de casting avec le Chérubin de Linda Tuvas si peu conforme quant au type et à la couleur vocale du rôle et bien peu crédible scéniquement. Ruth Ziesak chante une Comtesse vocalement un peu atypique mais qui ne manque ni de charme ni d’expression. Mariusz Kwiecien a mûri sa conception du Comte depuis le festival 2000 et son approche vocale comme son jeu très direct en font un magnifique personnage. Il est à remarquer la présence d’un très bon couple Figaro Susanne avec et . Cependant pour tous, une petite réserve est à faire sur le style du recitative secco, pas toujours très respecté. Très bien distribués aussi, les seconds rôles étaient excellents, particulièrement la Marcelline de Diana Montagu et la Barbarine de Claire Ormshaw. Dirigé par avec beaucoup d’entrain, mais aussi une tendance à couvrir les chanteurs, le , orchestre résident à Glyndebourne, a donné de ces Noces une interprétation somptueuse tant dans les ensembles que dans les individualités.

Après Wagner, plus tôt dans la saison, c’est l’opérette viennoise qui faisait ses débuts dans ce festival quasi septuagénaire avec une autre forme de «folle journée», celle de La Chauve-Souris de Johann Strauss fils. Le même soin a été apporté à l’entreprise que pour Tristan et quasi le même résultat a été obtenu : une soirée exceptionnellement réussie. Cette réussite tient principalement à la direction du chef russe , nouveau Directeur musical de Glyndebourne. Il a tenu les rênes d’une main ferme et inspirée, aussi bien pour faire aller valses et galops, équilibrer les ensembles que faire tourner les têtes. Depuis les prémices frissonnantes de l’Ouverture jusqu’à l’hypnotique Brüderlein und Schwesterlein prolongé par un Duidu enivrant, climax de la partition, le chef, à la tête du magnifique London Philharmonic, n’a pas fléchi une seconde, et si le troisième acte retombe un peu comme un soufflé raté, ce n’est que de la seule faute de la partition. Stephen Lawless a situé l’action quelque part entre Gustav Klimt et le Docteur Freud (dont Falke s’était fait le visage) plutôt que dans la Vienne de François-Joseph. Grâce au décor unique tournant, monumental et astucieux, clairement inspiré de Josef Hoffmann, de Benoit Dugardyn, on passe d’un lieu à l’autre sans coupure et la surface contenue par l’escalier monumental laisse un espace considérable, une véritable cage dorée en attendant la vraie prison, pour la salle du bal du Prince Orlofsky. Lawless a joué sur la longueur avec des dialogues complets, un peu adaptés pour donner au sur titrage anglais une connotation très sexuelle et ambiguë, et le ballet, très bien réglé par Nicola Bowie, contenant une inénarrable parodie cancan du numéro des quatre petits cygnes du Lac. Au long monologue de Frosch, le gardien ivrogne de la prison, on a substitué un hilarant topo sur les mérites respectifs de la Champagne et du Vin Gris déclamé à rideau fermé avec forces allusions au Festival par le comédien comique allemand Udo Samel. L’esprit «d’apocalypse joyeuse» qu’y voyait Hermann Broch et une analyse déjà freudienne (patente au troisième acte) de cette société dansant sur le volcan, étaient omniprésents dans cette superbe réalisation. Même si la distribution était un peu déséquilibrée au profit des hommes, on avait apporté à la composer le même soin que pour un opéra de Mozart et l’esprit d’équipe en était le mot d’ordre. Si le Prince, option mezzo-soprano, un peu trop barytonant de était plus bisexué qu’asexué, l’Adéle de Lyubov Petrova et la Rosalinde de Pamela Armstrong avaient belle allure. L’Eisenstein, option baryton, très autoritaire de et le Dr Falke cynique à souhait de Hakan Hagegard (autrefois le Papageno du film de Bergman) étaient très efficaces dramatiquement. Très bien accueillie par un public festivalier désormais assez international et aussi abreuvé de Champagne à l’entracte que les invités d’Orlofsky, cette Fledermaus effaçait pour un soir à Glyndebourne les limites entre parc, scène, fosse et salle : le théâtre entier était à la fête !

Glyndebourne Festival Opera (00.44.1273.813813) : Les Noces de Figaro de Mozart jusqu’au 24 août 2003 ; La Chauve-souris de , jusqu’au 30 août 2003 ; Theodora de Haendel jusqu’au 31 août 2003.

La prochaine saison 2003 proposera une nouvelle production de La Flûte enchantée de Mozart et un nouveau spectacle comportant Gianni Schicchi de Puccini et Le Chevalier avare de Rachmaninov. Quatre reprises seront à l’affiche : Jenufa de Janácek, Pelléas et Mélisande de Debussy, Rodelinda de Haendel et Carmen de Bizet. Site Internet : www.glyndebourne.com

Crédit photographique : droits réservés

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Glyndebourne Festival Opera.

25 VII.2003. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791), Le Nozze di Figaro. Christopher Maltman, Sarah Fox, Diana Montague, Linda Tuvas, Mariusz Kwiecien, Ruth Ziesak. London Philharmonic Orchestra. The Glyndebourne Chorus, direction : Mark Wigglesworth. Mise en scène : Daniel Farncomb d’après Graham Vick. Décors et costumes : Richard Hudson.

27.VII.2003. Johann Strauss fils (1825-1899), Die Fledermaus. Pär Lindskog, Lyubov Petrova, Pamela Armstrong, Thomas Allen, Ragnar Ulfung, Hakan Hagegard, Artur Korn, Malena Ernman, Udo Samel. London Philharmonic Orchestra. The Glyndebourne Chorus. Direction : Vladimir Jurowski. Mise en scène : Stephen Lawless. Décors : Benoit Dugardyn. Costumes : Ingeborg Bernerth. Chorégraphie Nicola Bowie.

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