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Matthias Goerne & Alfred Brendel enregistrent Beethoven et Schubert

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Londres. Wigmore Hall. 7.XI.02. Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; An die Ferne Geliebte. Franz Schubert (1797-1828) ; Schwanengesang. Matthias Goerne, baryton. Alfred Brendel, piano.

Matthias Goerne - Photo (c) DR
C’est pour le Wigmore Hall de Londres, écrin parfait pour la musique de chambre et le Liederabend, que et ont opté pour enregistrer en public deux œuvres majeurs du Lied allemand : Schwanengesang de Schubert et An die Ferne Geliebte de Beethoven.

On ne peut imaginer choix plus parfait pour un concert intime que le Wigmore Hall de Londres. Construit en 1901 par la firme de pianos allemande Bechstein, et attenant aux salles d’exposition des pianos, il fut inauguré par un concert du pianiste Ferruccio Busoni et du violoniste Eugène Isaÿe. Les proportions de cette salle de concert située au centre de la capitale britannique, son style «renaissance» victorien utilisant marbre et albâtre, son acoustique exceptionnelle et la convivialité de ses installations en font un lieu privilégié pour écouter musique de chambre, instruments solistes et récitals de chant. C’est le lieu favori du public londonien et on aimerait que la Salle Gaveau, qui pourrait en être l’équivalent parisien, ait une telle chaleur et une programmation aussi riche et soignée. Le nombre des interprètes légendaires s’y étant produits est impressionnant, comme l’attestent les jolies affichettes encadrées dans ses couloirs. Pour ne s’en tenir qu’à chanteurs et pianistes, on y relève les noms de Lotte Lehmann, Elena Gerhardt, Maggy Tate, Gérard Souzay, Salomon, Cortot, Schnabel, Samson François…. Ce soir là, le baryton allemand , élève de Dietrich Fischer-Dieskau et d’Elisabeth Schwarzkopf, et le pianiste vétéran autrichien qui réside à Londres, y étaient réunis pour enregistrer en public deux œuvres majeures du répertoire du Lied allemand : An die Ferne Geliebte de Beethoven et Schwanengesang de Schubert.

Matthias Goerne, s’est fait lors de dernières saisons une solide réputation dans les domaine du Lied et de l’oratorio et même à l’opéra, particulièrement dans le rôle de Wozzeck qu’il chante à Zurich. Il y a quelques années encore de silhouette massive mais athlétique, Goerne désormais trentenaire s’est considérablement arrondi et il entre sur scène dans un complet si serré qu’on craint de le voir éclater au premier forte. Si le complet résiste, c’est le col de chemise qui explose dès le premier Lied projetant le bouton sur les spectateurs ! Avec Brendel, plus acétique et nerveux que jamais à presque soixante-treize ans, ils forment un couple de musiciens insolite mais rodé. Ils ont donné ensemble Winterreise de Schubert notamment au Carnegie Hall de New York en 1999.

Mais le démarrage est dur. Les vignettes de Die Ferne Geliebte ne semblent ni inspirer les doigts de Brendel dont le jeu reste sec et percussif, ni donner de couleurs au baryton qui tente d’investir la musique par des mimiques et des gestes tout à fait inutiles et dont le timbre reste blanc. Il est vrai que l’illustration de ce cycle est difficile tant le propos poétique en est banal, commun presque, et la musique pas du grand Beethoven. Mais, sans jouer le jeu de cette simplicité, on n’arrive pas à donner à cette Bien aimée lointaine quelque continuité, à défaut d’unité.

Schwanengesang, le Chant du Cygne de Schubert, est un faux cycle, créé par un éditeur en mal de publications posthumes. Il comporte deux blocs de Lieder d’après Ludwig Relstab et Heinrich Heine auxquels s’ajoute artificiellement l’admirable Die Taubenpost (Le Pigeon voyageur) de Johann Gabriel Seidl. Certains chanteurs, comme Brigitte Fassbaender dans son enregistrement avec Aribert Reimann au piano, contournent la difficulté en commençant par lui, lui adjoignant éventuellement quelques autres Lieder d’après Seidl. Goerne et Brendel choisissent, décision respectable, de donner les deux blocs de Rellstab et Heine avec un entracte et de ne pas inscrire au programme Die Taubenpost.

Goerne aborde Schwanengesang avec un certain degré d’expressionnisme. Il y a du Wozzeck dans les Rellstab, notamment dans Kriegers Ahnung. Les qualités purement vocales sont excellentes, autant le legato, le contrôle du souffle que la mezza voce ; aigus et graves sont impressionnants, jamais détimbrés, seul le médium reste parfois un peu moins timbré que le reste de la voix. Tout en restant très «physique» dans son expression, il fait passer l’émotion par un chant plus sobre que les mimiques ne voudraient le laisser croire. La seconde partie du «cycle», avec ses poèmes de Heine d’une qualité poétique supérieure, est ce qu’il réussit le mieux. De l’insouciant Das Fischermädchen à l’halluciné Der Doppelgänger et à Der Atlas qui demandent un contrôle vocal impressionnant, Matthias Goerne affirme qu’il est un des meilleurs Liedersänger de sa génération. On pourra vérifier cela quand l’enregistrement de ces deux soirées au Wigmore Hall sera édité sur disque-compact. Alfred Brendel, enfin détendu dans cette œuvre dans laquelle il a servi les plus grands et où son accompagnement est incomparable, reste attentif à chaque nuance du baryton. Les deux reviennent saluer avec un air malicieux avant de donner, comme bis, le Taubenpost manquant, au romantisme léger et vraiment salutaire à la fin de cette œuvre d’une densité dramatique incomparable.

Wigmore Hall (00.44. 20.7935.2141).

36 Wigmore Street London W1U 2BP.

Site Internet : http://www.wigmore-hall.org.uk

Crédit photographique : (c) DR

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Londres. Wigmore Hall. 7.XI.02. Ludwig van Beethoven (1770-1827) ; An die Ferne Geliebte. Franz Schubert (1797-1828) ; Schwanengesang. Matthias Goerne, baryton. Alfred Brendel, piano.

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