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Pleins feux sur la création

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Paris. Conservatoire Georges Bizet du XXe arrondissement. 7 et 8 Décembre 2003. Œuvres de Diego Losa, Octavio Lopez, Isabelle Urrutia, Bernard Wystraëte, José-Luis Campana, Marc Tallet et Suzanne Giraud. Ensemble ARCEMA : Pierre Strauch, violoncelle ; Clara Novakova, flûte ; Bernard Wystraëte, flûte octobasse ; Bertrand Chavarria, guitare ; Jean Geoffry, percussions ; José-Luis Campana et Diego Losa, live électronique.

suzanne_giraud_direction-267x398L’ensemble ARCEMA au Conservatoire Georges Bizet du XXe arrondissement

Dirigé par qui mène de front ses activités pédagogiques et un métier très actif de composition (elle termine actuellement un opéra commandé par le festival Musica de Strasbourg), le conservatoire du XXe arrondissement recevait Lundi 7 et Mardi 8 Décembre l’ensemble Arcema que dirige José-Luis Campana pour des Master-class et un concert d’œuvres en avant première mêlant l’instrumental et le live électronique (technique de transformation des sons en temps réel). Heureuse initiative permettant aux élèves de se familiariser avec la musique d’aujourd’hui dans la situation optimale du concert. Il faut préciser que le conservatoire Georges Bizet est le seul dans Paris à posséder un studio électroacoustique et une classe de composition assistée par l’ordinateur dont est le professeur.

Le concert débutait d’ailleurs par une œuvre pour flûte octobasse et live électronique de Diego Losa, compositeur argentin né en 1962 et membre du Groupe de Recherche Musicale à la radio. La stratégie du vent est une pièce interactive où les sons de la flûte octobasse (dont il n’existe que quelques spécimens en France) sont enregistrés et passent par les réseaux informatiques de l’ordinateur GRM tools pour être transformés et spatialisés. Tirant de son instrument des sonorités inouïes, improvise à partir d’un thème donné pour faire une sorte de « bœuf électroacoustique » avec la machine.

L’excellent guitariste interprétait ensuite, en soliste, le premier mouvement de Zamba, pièce instrumentale très prometteuse d’ dont il projette d’agrandir les dimensions. Basée sur des motifs rythmiques des chants et danses de l’Argentine, pays d’origine du compositeur, l’écriture est concentrée sur les modes d’attaque et de résonance de la guitare rejoignant parfois les timbres de la percussion.

Pour terminer la première partie de ce concert, on retrouvait la flûte octobasse jouant en trio avec le violoncelle et le vibraphone dans Har-Eman, œuvre donnée en avant première d’Isabelle Urrutia, compositrice espagnole née à Algorta en 1967. Puisant elle aussi aux sources populaires de son pays — le folklore basque en l’occurrence —, Isabelle Urrutia recherche de fins alliages entre les trois instruments pour déployer dans l’espace des « formes sonores »qui subiront des modifications de timbre, de hauteur et d’intensité, invitant l’auditoire à une écoute très attentive pour apprécier les finesses de son parcours musical.

La deuxième partie du concert débutait par une composition de pour flûte octobasse / flûte basse et violoncelle, Double fond, sous-titrée élégie ligurienne. Sous des allures de rituel mystérieux, la flûte octobasse (relayée par la flûte basse) et le violoncelle très solidaires font sourdre des profondeurs « des sons noirs et diffus » dont la lente émergence s’accomplit en un jaillissement double, « à la manière des chants guerriers qu’entonnaient les divinités fluviales dans leurs luttes antiques ».

Nalu de , écrit pour multipercussions, est une œuvre d’une fulgurance et d’un éclat étonnant où la percussion semble retrouver son rôle originel de communication entre les êtres. Saluons la prestation étonnante du soliste , à ce point investi dans son rôle de médiateur entre l’idée et le son qu’il décide de jouer la pièce par cœur ! Confrontant des percussions conventionnelles comme les bongos, wood block ou la cuica brésilienne à des corps sonores plus triviaux (série de casseroles en alu, pots de terre) et des instruments très sophistiqués tel que le carillon intratonal en seizième de ton, Campana veut créer un »  instrument multiforme », de sonorité archaïque et primitive dont la richesse des timbres doit être à la mesure des émotions fortes à exprimer.

Draft 3 (triophonie) de (né en 1951) réunissait à nouveau la flûte octobasse, le violoncelle et le vibraphone. Jouée elle aussi en avant première, l’œuvre débute par un court solo de flûte octobasse, sorte « d’introduction lente » à un mouvement scherzando, plein de verve et d’humour sollicitant l’interaction des trois partenaires qui, périodiquement, se retrouvent à l’unisson pour ponctuer le discours avec malice sur une courte phrase refrain.

Le concert se terminait par l’œuvre pour flûte seule de , Afin que sans cesse je songe (2002), véritable défi lancé à l’interprète qui, dans un espace de vingt deux minutes, nous fait apprécier les potentialités sonores de son instrument à travers les techniques de jeu les plus variées de la flûte contemporaine. La pièce prend appui sur le texte d’une chanson polyphonique de Clément Janequin, maître de la Renaissance, dont la mélodie du dernier vers est le point de départ des variations qui vont se succéder dans un registre toujours aussi virtuose : tessiture extrême aiguë, sons éoliens, double sons, slaps… Au terme de cette épopée fascinante, les mots du titre, mimés par l’interprète, viennent s’inscrire « en creux » sur les dernières résonances du discours musical.

Crédit photographique : (c)

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Paris. Conservatoire Georges Bizet du XXe arrondissement. 7 et 8 Décembre 2003. Œuvres de Diego Losa, Octavio Lopez, Isabelle Urrutia, Bernard Wystraëte, José-Luis Campana, Marc Tallet et Suzanne Giraud. Ensemble ARCEMA : Pierre Strauch, violoncelle ; Clara Novakova, flûte ; Bernard Wystraëte, flûte octobasse ; Bertrand Chavarria, guitare ; Jean Geoffry, percussions ; José-Luis Campana et Diego Losa, live électronique.

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