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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen, 19.XII.2003. Benjamin Britten : Simple Symphony pour orchestre à cordes. Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et bason KV 297b. Anton Dvorak : Sérénade pour cordes op. 22. Solistes (Mozart) : Jean-Louis Capezzali (hautbois), Robert Fontaine (clarinette), Jean-Jacques Justafré (cor), Chantal Colas-Carry (basson). Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Armin Jordan.

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Loin des tapages médiatiques et de leurs gloires surfaites, deux très grands chefs de tradition germanique ont honoré les orchestres parisiens de leur présence en cette fin de décembre 2003 : le Munichois Wolfgang Sawallisch à la tête de l’Orchestre de Paris, et l’Helvète avec le Philarmonique.

Beaucoup de points communs entre les deux, malgré les neuf années qui les séparent : ils dirigent assis, les gestes sont sobres, la baguette dit tout avec une course réduite, la main gauche du coup n’a que le minimum à faire ; les indications rythmiques (accélérés et ralentis, changements de mesure) sont d’une autorité draconienne. Tout cela se rattache à une grande tradition, celle des Walter, des Knappertsbusch, des Ansermet, des Böhm, et qu’on peut faire remonter plus loin, à la génération des géants : Mahler, Strauss, Weingartner, Nikisch. Le résultat : un dosage des plans sonores qui fait vivre la polyphonie par la tension intérieure, une dignité du discours et surtout une tenue orchestrale à laquelle, il faut le dire, on n’est guère habitué en France ces derniers temps. Mais rectifions tout de suite la sévérité de ce propos, qui vaut surtout pour l’Orchestre de Paris : car, pour parler comme au pays d’Armin Jordan, on est toujours «  déçu en bien » lorsque cette phalange est dirigée par le maître bavarois.

Quant à l’Orchestre Philarmonique de Radio-France, on peut sérieusement se demander, pendant que ses confrères sont occupés à se bagarrer avec leur administration, leur chef, les media ou le gouvernement, s’il n’est pas devenu tout tranquillement au fil des années, le meilleur orchestre français. On a retrouvé sous la baguette de Jordan la sonorité pleine, chaleureuse, qu’il avait du temps de Marek Janowski, avec une qualité supplémentaire d’attaques et, plus généralement, de mise au point d’ensemble. Le Playful Pizzicato de la Simple Symphony sonnait aussi transparent et aussi net que s’il y avait seulement eu un quatuor.

Pourtant cette précision d’horloger (pardon ! on n’a pas résisté — mais, promis, on ne vous fera pas le coup du chocolat…) ne suffit pas à caractériser le charisme du chef suisse. N’incarna-t-il pas Amfortas dans le Parsifal de Syberberg ? Un voile de noble gravité vient toujours comme ombrager ses interprétations d’une indéfinissable mélancolie. Aussi, malgré le dynamisme des accents dans la Boisterous Bourrée et le Frolicsome Finale, c’est bien avec la Sentimental Sarabande que la magie vint habiter une Simple Symphony soudain haussée, quoique sans le moindre soupçon d’emphase, au niveau d’expressivité de ses grandes sœurs brucknériennes.

La Symphonie concertante de Mozart — écrite pour le public parisien — fut là-dessus dirigée très traditionnellement, dans le souci de laisser dialoguer l’orchestre avec le quatuor de solistes. On se réjouit que ceux-ci, impeccables, soient issus des rangs de l’orchestre. En dépit de quelques menus pouêts (qui nous confirment que les pistons ne simplifient pas forcément les choses au cor, dans cette musique), on préfèrera toujours des musiciens complices dans l’esprit de la musique de chambre, à des solistes brillants mais désinvestis. Une mention spéciale à la présence, discrète mais d’une remarquable musicalité, de Chantal Colin-Carry.

C’est dans la Sérénade de Dvorak qu’Armin Jordan a pu donner toute sa mesure. Venant de lui, on s’y attendait : aucun sacrifice à un folklore de carnaval ou à une viennoiserie de pacotille. Pourtant, les accents sont là, on ne déplorera aucune lourdeur, aucun statisme. Simplement, le Dvorak de Jordan n’est pas un romantique tchèque, c’est un Romantique tout court, et jusque dans une œuvre réputée seulement «  délicieuse ». On a déjà entendu la Valse (2e mouvement) avec plus de saveur, plus de glamour, mais on ne se rappelle pas lui avoir connu cette élégance désabusée, cette dignité dans l’abandon, et la pudeur émue des demi aveux. Du très grand art.

Merci, Monsieur Jordan, et revenez-nous vite !

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen, 19.XII.2003. Benjamin Britten : Simple Symphony pour orchestre à cordes. Wolfgang Amadeus Mozart : Symphonie concertante pour hautbois, clarinette, cor et bason KV 297b. Anton Dvorak : Sérénade pour cordes op. 22. Solistes (Mozart) : Jean-Louis Capezzali (hautbois), Robert Fontaine (clarinette), Jean-Jacques Justafré (cor), Chantal Colas-Carry (basson). Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Armin Jordan.

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