Plus de détails

Gabriel Fauré (1845-1924) : Quintette N°2 pour piano et cordes en ut m op.115 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quintette pour piano et cordes en sol m op.57 ; Thierry Escaich : Choral’s Dream pour orgue et piano. Au piano, successivement : Reto Reichenbach (Suisse) ; Francesco Schlimé (Luxembourg) ; Ya-Ou Xie (Chine). Quatuor Benaïm : Yaïr Benaïm, violon 1 ; Alexandra Greffin, violon 2 ; Cécile Brossard, alto ; Cédric Conchon, violoncelle. Orgue Aubertin de Saint-Marceau : Thierry Escaich.

piano_concours_orlean_2004-300x416Concours International de Piano XXe siècle 2004

Le Concours International de piano XXe siècle d’Orléans, à la formule originale, a été créé en 1994, à l’initiative de (voir l’entretien qui lui est consacré). Organisé tous les deux ans, c’est une biennale-événement pianistique dont le succès va, de session en session, régulièrement croissant. Cette sixième édition aura été marquée par un niveau de très haute tenue…Mais avant de rendre compte de cette belle finale, précisons les conditions de fonctionnement de ce concours et résumons-en brièvement le déroulement.

La quarantaine de candidats retenus pour concourir s’affrontent d’abord dans une première série d’épreuves éliminatoires, au cours desquelles ils ont à jouer (récital de 40 mn, environ) des pièces à choisir parmi trois listes de compositeurs aussi divers que (au hasard) : Debussy, Bartók, Webern, Ligeti, Barber, Jolivet, Dutilleux, Dusapin, etc. Ils ont même, ici, la ressource de faire entendre une pièce de leur propre composition ou d’interpréter une œuvre récente en première audition à Orléans. A l’issue de cette épreuve éliminatoire, douze candidats sont retenus pour la demi-finale : une épreuve (d’environ 30 mn, en récital) où seront jouées des œuvres à choisir dans trois autres listes de compositeurs. On y relève, entre autres, les noms de E. Carter, J. Cage, Dallapiccola, Stockhausen, Boulez, Crumb, Goubaïdoulina…Mais aussi : Busoni, Mompou, Roussel, Séverac, Ropartz, Poulenc, Kodaly, etc. Il s’agira aussi, dans cette épreuve d’exécuter un groupe de préludes de (à choisir parmi les vingt-quatre). Trois candidats sont alors retenus par le jury * pour la finale. Cette dernière épreuve présente ceci de particulier qu’elle place les candidats en situation de « partenaire », dans une formation de chambre, (cette année, quintette) et — c’est l’originalité de cette sixième édition — en duo…avec l’orgue. La pièce de , pour orgue et piano, étant imposée, les trois candidats ont le choix du quintette. Les deux garçons ont opté pour Chostakovitch, la jeune Chinoise a préféré Fauré…

C’est le candidat suisse que le sort a désigné pour ouvrir la compétition. De présentation impeccable, visage (apparemment) serein et souriant, il donne, avec — l’excellent — , une lecture du quintette de Chostakovitch très « équilibrée », où tout est parfaitement en place, privilégiant cependant les aspects poétiques de l’œuvre : phases méditatives des mouvements lents (magnifiques dialogues avec le premier violon ou l’alto !), sans pour autant que les interventions du clavier demandant plus d’énergie (Scherzo « dansant », aux accents populaires) accusent la moindre faiblesse.

Radical changement de climat — et de registres —, c’est le cas de le dire, avec la pièce pour orgue et piano de  : Choral’s Dream. Le compositeur, à l’orgue Aubertin flambant neuf (2001) de Saint-Marceau, définit son œuvre comme une sorte de petit poème symphonique en version de chambre « où l’on part du rêve pour s’acheminer vers des instants violents et dynamiques, voire dramatiques » avec un retour au rêve… La confrontation des timbres orgue/piano étonne d’abord, puis séduit. Et la grande variété des registres que requiert la partition (une auxiliaire se révélera particulièrement utile — et efficace ! — aux commandes), des pédales de graves aux jeux de flûtes en passant par de nombreuses combinaisons de jeux, fait du piano un instrument concertant ; lequel, sous les doigts très sûrs de Reichenbach, donne une bonne réplique à l’organiste. Le candidat suivant, Francesco Schlimé (Luxembourg), particulièrement remarqué lors des demi-finales, dans sa brillante interprétation de la sonate de Boulez (jouée par cœur !), joue le quintette de Chostakovitch, très concentré, mais peut-être un brin plus « extérieur » que son concurrent, moins chambriste. La connivence avec le quatuor — toujours parfait — semble moins évidente. En revanche, elle sera, cette connivence, éclatante avec Thierry Escaich dans le Choral’s Dream. Avec des attitudes et des mimiques de jazzman, Schlimé se rit de toutes les difficultés et, d’évidence, manifeste son plaisir à jouer cette œuvre ; ce dont le compositeur lui sait gré, appuyant salut et sourires satisfaits et reconnaissants après l’exécution de la pièce…

Devant tant de brio, on se dit que la tâche de la jeune Chinoise ne sera pas aisée. Et de fait… Son Fauré, bien que très « propre », manque quelque peu d’expressivité, et son jeu, trop en retrait, trop « humble », s’efface derrière celui, tendu, puissant et dense des Benaïm, d’une beauté de son remarquable. Ce quintette pour piano et cordes prend ainsi des allures de quatuor à cordes…et piano. Plus convaincante dans son dialogue avec Thierry Escaich (elle déploie, notamment, beaucoup de poésie dans les passages spécifiquement oniriques), Melle Xie n’atteint cependant pas le brio de Schlimé, ni l’autorité de Reichenbach.

A l’issue d’une bonne heure de délibérations (une douzaine de prix sont à décerner pour l’ensemble du concours) le jury va pouvoir se prononcer…

    Après les remerciements d’usage (Monsieur le maire, Madame Thinat, longuement ovationnée), le jury, donc, donne son verdict : **

Le grand prix « mention spéciale  », doté de 8000 Euros, est attribué à Francesco Schlimé (Luxembourg). Lui sont également décernés :

Le prix (2280 Euros) ainsi que les prix : Samson François (2800 Euros) et Ivan Spassov (1500 Euros).

Le second prix, « prix spécial pour un interprète » est décerné à (Suisse). A lui aussi revient le prix .

Enfin, s’adjuge le prix de la SACEM, le prix ainsi que le prix des étudiants de L’E.N.M. d’Orléans.

La cérémonie de remise des prix s’achève par les congratulations d’usage et les traditionnels bouquets… Le sourire des trois finalistes fait plaisir à voir, et si déception il y a (chez l’une ou chez l’autre), elle est, sportivement (et publiquement, du moins) bien cachée…

Composition du Jury 2004 : Ursula Oppens (Etats-Unis), pianiste ; Hakon Austbo (Norvège), pianiste ; Ronald Cavaye (G.B.), pianiste : Peter Cossé (Autriche), musicologue ; Michel Decoust (France), président du jury, compositeur ; Evgueni Moguilevsky (Russie), pianiste ; Ichiro Nodira (japon), pianiste.

** Pour le palmarès complet du concours et les dotations, on peut consulter le site : www.oci-piano.com

Lire l’entretien avec Françoise Thinat fondatrice et présidente du Concours International de Piano XXe siècle d’Orléans …

Plus de détails

Gabriel Fauré (1845-1924) : Quintette N°2 pour piano et cordes en ut m op.115 ; Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Quintette pour piano et cordes en sol m op.57 ; Thierry Escaich : Choral’s Dream pour orgue et piano. Au piano, successivement : Reto Reichenbach (Suisse) ; Francesco Schlimé (Luxembourg) ; Ya-Ou Xie (Chine). Quatuor Benaïm : Yaïr Benaïm, violon 1 ; Alexandra Greffin, violon 2 ; Cécile Brossard, alto ; Cédric Conchon, violoncelle. Orgue Aubertin de Saint-Marceau : Thierry Escaich.

Mots-clefs de cet article

Banniere-ClefsResmu-ok

Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.