Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Vanessa Wagner & Frank Braley, double piano

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Dijon. Auditorium. Le 04-IV-2004. Johannes Brahms (1833-1897) :Variations sur un thème de Haydn op. 56 (version pour deux pianos) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Suite N° 2 op. 17 ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour deux pianos ; Maurice Ravel (1875-1937) : la Valse (version pour deux pianos). Vanessa Wagner, Frank Braley, piano.

Franck Braley, qui en est à sa quatrième prestation à Dijon, en trois ans, a déjà su gagner les faveurs du public de l’auditorium. On apprécie grandement, ici, ce pianiste attachant, bourré de talent et au contact sympathique. C’est donc avec une certaine curiosité que ce même public accueille, avec lui, , étoile montante au firmament des stars du clavier. Mais avant même de l’entendre jouer, il aura noté, au passage, qu’Hélène Grimaud ne détient pas, parmi les pianistes féminins, le monopole du charme… Depuis sa Victoire de la Musique, acquise en février 1999 dans la catégorie « nouveaux talents », et pour les habitués de la Roque d’Anthéron, par exemple, n’est certes plus une inconnue. Quant à , depuis son premier Grand Prix « Reine Elisabeth de Belgique » remporté à 22 ans en 1991, c’est déjà un « vieux » routier des tournées de concerts ! Des quatre œuvres programmées à ce récital, deux sont davantage jouées — et donc connues — dans leur version orchestrale : les Variations sur un thème (prétendument) de Haydn, qui ouvrent le programme, et la Valse, de Maurice Ravel, qui l’achève.

La version pour deux pianos des célébrissimes Variations, dès l’énoncé du fameux motif choral de Saint-Antoine, met en évidence l’architecture de la composition. Les deux pianistes s’emploient à faire apparaître chaque structure avec la plus grande transparence : chacune des variations, et davantage encore que dans la version pour orchestre, témoignant ainsi d’un Brahms admirateur de Bach et de Beethoven. La grande variété de nuances et de toucher de leur interprétation, palliant l’absence des timbres orchestraux, apporte aussi la preuve d’un souci « coloristique » et d’expressivité constant. Tout cela allié à une maîtrise technique superlative, fait qu’on écoute, conquis et subjugué, le jeu souverain des jeunes interprètes. Et ce qui ajoute encore au plaisir de l’écoute, c’est de constater la satisfaction évidente qu’ils éprouvent à jouer ensemble : à l’instar d’un couple de danse sur glace, leur entente, leur complicité semble totale. A peine pourra-t-on leur reprocher cet infime décalage dans les premiers accords plaqués ouvrant la deuxième Suite de Rachmaninov, par ailleurs remarquablement parcourue jusqu’à une étourdissante Tarentelle, enlevée avec un rare panache.

Mais l’image du couple de danse trouve sa pleine justification avec la Valse de Maurice Ravel. Là encore, si le timbre envoûtant des cordes graves, au début de l’œuvre, fait défaut, cette valse-là n’aura pas mis le temps…pour nous happer dans son fascinant, son hallucinant tourbillon. Et si, dans cette pièce, « des nuages tournoyants se déchirent parfois et laissent apercevoir des couples qui valsent » (M. Ravel), un seul s’impose à nos yeux : celui formé par les deux interprètes, au cœur de l’hypothétique chorégraphie ; des interprètes hautement inspirés qui donnent, à ces bribes de motifs de valses, l’élan, le vigoureux relief nécessaires pour les fondre en une unité parfaite qui s’enfle et culmine en un formidable crescendo magistralement dominé : du grand art !

Avant cela, nous aurons entendu le Poulenc de la Sonate pour deux pianos (1953), pièce aux quatre mouvements contrastés, dans le rythme, les tempi, le caractère. Un Poulenc ( dixit) « mi sérieux, mi charmeur », dont les deux pianistes vont souligner toute la poésie, et tout particulièrement celle de l’Andante lirico central. Et c’est à Poulenc qu’ils reviendront, en fin de concert, pour un bis plus « léger », imprégné de cet humour dont est coutumier le compositeur : un Capriccio sur un thème d’Un Bal Masqué, dans l’interprétation duquel nos deux pianistes, fidèles et sensibles à l’esprit de cette musique apportent un soin particulier : légèreté, élégance et fantaisie sont au rendez-vous…

Le plaisir du public aussi, qui ne cache pas sa satisfaction, saluant l’ensemble de la double prestation par de longs applaudissements traversés d’ovations… Juste hommage rendu à ce piano « princier » en la cité des Ducs.

Crédit photographique : (c) DR

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Dijon. Auditorium. Le 04-IV-2004. Johannes Brahms (1833-1897) :Variations sur un thème de Haydn op. 56 (version pour deux pianos) ; Serge Rachmaninov (1873-1943) : Suite N° 2 op. 17 ; Francis Poulenc (1899-1963) : Sonate pour deux pianos ; Maurice Ravel (1875-1937) : la Valse (version pour deux pianos). Vanessa Wagner, Frank Braley, piano.

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