Gœrne/Brendel : Et au bout du chemin, le voyage d’hiver

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Franz Schubert (1797-1828) : Winterreise, D 911. Matthias Goerne, baryton. Alfred Brendel, piano. Durée : 75’32’’. 1CD Decca : 467 092-2. Notice en anglais et en allemand.

 

Brendel Goerne

Après une prestation remarquable dans le cycle de la Belle Meunière, Die Schöne Müllerin, on attendait avec impatience les futurs enregistrements des autres cycles de par le baryton . C’est chose faite avec la parution de cette captation en concert du Voyage d’Hiver (Winterreise) chez Decca. Enregistré en octobre 2003 au Wigmore Hall de Londres, Matthias Gœrne retrouve pour l’occasion un de ses partenaires préférés, le pianiste . De cette rencontre va naître une version du Voyage d’Hiver d’une grande beauté mais où tout espoir nous est interdit.

Composé entre les mois de février et octobre 1827 sur des poèmes de Wilhelm Müller, le Winterreise inaugure la dernière période créatrice du compositeur autrichien. Cette série de Lieder est une marche continuelle vers un univers où le désespoir et la solitude sont absolus. Des raisons qui ont poussé notre wanderer sur des routes si sombres, nous n’en savons encore rien aujourd’hui. Seule une brève allusion à la fin du second Lied (Die Wetterfahne) nous apprend son histoire car l’amoureux – éconduit – nous entraîne dans une errance en des terres de plus en plus désolées où même la mort qu’il désire de toutes ses forces lui est refusée (Das Wirtshaus). Il arrive que le monde extérieur se rappelle à lui, prenant la forme de chiens, d’une corneille ou d’un joueur de vielle mais le monde n’est désormais plus que solitude et désespoir. Jamais la musique de Schubert n’a autant été en adéquation avec le texte et l’atmosphère qui s’en dégage comme une évocation des tableaux les plus noirs de Caspar David Friedrich.

La fusion entre mélodie et accompagnement est ici pleinement réalisée. Matthias Gœrne et nous font ressentir toute la douleur contenue dans la poésie de Müller et la musique de Schubert. Par son interprétation d’une grande profondeur, le chanteur nous montre qu’il a parfaitement compris le texte. Chaque modulation de tempi, chaque respiration, chaque nuance ne sont là que pour mettre en avant la beauté tragique des mots. Face à ces angoisses, ces questions posées par le poète, répond le piano sombre et douloureux d’. Il y a assurément chez les deux artistes une même intelligence du texte littéraire et du texte musical.

Vous l’aurez sans doute compris, l’entente est totale entre le chanteur et le pianiste car chaque mot trouve son double dans la partition. Désormais, à côté des versions mythiques d’Hans Hotter et de Dietrich Fischer-Diskau, il vous faudra rajouter celle-çi !

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