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Concert de guitare(s) pour les 5 ans de ResMusica

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Paris. Musicora, Salon de l’Europe. 07-V-2004. I] Giraud : Eclosion. Daphné Boudouris, guitare classique II] Domeniconi : Koyunbaba, suite op.19. Dizeo-Cabral (argt Dyens) : La foule. Christine Petit-D’Heilly, guitare classique III] Granados : Valses Poétiques. Lhoyer : Duo. Duo Spinosi, guitares classiques et romantiques IV] Koshkin : Usher Valse. Barrios : La Cathédrale. Dyens : Libra Sonatine, 3ème mouvement. Thanh Nguyen, guitare classique V] Marino : Cierres de oro (farruca), Azulejos (minera), Rota (alegrias), A mi vera (bulerias) Jean-Baptiste Marino, guitare flamenca.

c_petit_d_heilly_art-300x330Daphné Boudouris, , le Duo Spinosi, Thanh Nguyen,

Pour ces 5 ans ResMusica a tapé un grand coup. En association avec « Pincez-Moi », nous avons eu droit à un concert de 2 heures de guitare(s) d’un excellent niveau. Répertoire varié allant de Antoine de Loyer (1768-1852) à (1958-) avec une excursion dans la musique flamenca, le public nombreux (la salle était pleine) a pu découvrir ou redécouvrir la richesse de cet instrument trop peu représenté.

Daphné Boudouris a eu la difficile mission de débuter ce concert avec l’œuvre pour guitare seule de (en photo à gauche après la prestation de la guitariste), Eclosion. Cette pièce redoutable composée en 1999 fut créée par Vladimir Mikulka au Festival International de Fribourg en 2000. Nécessitant une scordatura, Eclosion demande une attention permanente du guitariste et fait appel à toutes ses ressources techniques pour en extraire la richesse. Malgré les difficultés d’interprétation et la pression que peut représenter la présence du compositeur dans l’auditoire, Daphné Boudouris s’en sort très honorablement et nous fait regretter, une fois de plus, l’absence d’enregistrement de cette pièce qui mérite pourtant de figurer au répertoire discographique de la musique du XXème pour guitare. Peut-être un prochain disque de Daphné Boudouris ou du maître Mikulka ? En attendant les amateurs pourront à nouveau écouter Eclosion entre les doigts de son créateur le 17 mai prochain au Centre Tchèque à Paris. Une pièce à écouter et à ré-écouter tant elle est riche de subtilité.

La talentueuse a pris la suite avec une œuvre de Carlo Domeniconi qui offrait une très bonne transition. Koyunbaba est une suite en 4 mouvements qui nécessite aussi une scordatura faisant ressortir un accord à vide d’une grande richesse harmonique (ré-la-ré-la-ré-fa) que Domeniconi utilise avec adresse. Koyunbaba est probablement la pièce la plus jouée du compositeur et se montre un très bon passeport pour découvrir l’étendu de son héritage musical. Faisant fi des courants, il nous fait entrer dans son monde de voyageur parcourant les traditions sans complexe démontrant ainsi que la musique n’a pas de frontières. L’excellente technique et la chaleur du jeu de Christine Petit D’Heilly nous ont envoûtés et ensorcelés. Le premier mouvement très doux et pénétrant ne nous laisse pas présager la tempête hypnotique du 2ème mouvement. Après la tempête, la sérénité et le repos des forces avant la déferlante d’une redoutable conclusion où bon nombre de guitaristes se sont « cassés les dents » sollicitant une coordination des 2 mains des plus difficiles. Mais notre charmante guitariste ne semble pas souffrir de ces difficultés et, malgré la tension évidente, s’est faite un bon messager de Domeniconi. Elle a d’ailleurs enregistré Koyunbaba sur un très beau disque nous offrant toute les palettes de son talent (cf. www.altais-music.com). Vint ensuite la transcription de de la chanson bien connue de Piaf, La Foule. Ecrite par Dizeo-Cabral, en a fait une transcription digne de ce nom. Comprenez par là que nous pourrions être convaincue désormais qu’elle fut écrite pour guitare. Le talent de Dyens a sévi ainsi sur bon nombre de chansons de notre patrimoine que nous pouvons entendre au travers d’un double album que le guitariste-compositeur a enregistré. Emporté par la foule mais aussi par Christine Petit-D’Heilly, nous avions envie de chanter à l’unisson avec sa guitare.

Avec le Duo Spinosi, nous entrons dans un autre monde. Le duo de guitares est probablement, à notre avis, la forme la plus aboutie de l’instrument. On pense immédiatement à l’un des sommets de cette formation, le duo Presti-Lagoya, et les Spinosi ne sont pas en reste. A l’écoute, ils apparaissent rapidement comme la continuité naturelle de ces 2 Maîtres que nous ne pouvons oublier même si les formations Pomponio-Zarate ou plus récemment les frères Assad ont tout autant marqué les mémoires. Un début de programme avec les magnifiques Valses Poétiques de Granados nous fait découvrir le lyrisme et la complicité du couple. N’oublions pas que Granados était un pianiste virtuose et que transcrire pour guitare une œuvre pour piano est déjà périlleux en soit. Les Valses Poétiques bénéficient de nombreuses versions pour guitare seule mais c’est en duo que la richesse harmonique du compositeur ibérique est la plus présente. Les Spinosi se sortent très honorablement de cette gageure avant de poursuivre sur guitares romantiques avec un duo d’Antoine de Lhoyer (1768-1852).

Ce compositeur français totalement oublié refait parler de lui au travers d’un disque enregistré par les Spinosi avec non seulement 3 duos pour guitares mais aussi un concerto pour guitare et orchestre (CD Naive-Opus 111). Remercions le duo Spinosi de nous faire découvrir cette musique injustement écartée par le temps. Lhoyer n’a pourtant rien à envier à ses contemporains et méritent de figurer dans toutes les bonnes discothèques. Signalons la belle sonorité des instruments utilisés pourtant d’époque (une Coffe-Goguette de ~1830 et une Lacote de 1824) et l’on sait que, contrairement aux instruments à cordes frottés, les guitares supportent mal les ravages des années.

Le programme de guitare(s) « classique(s) » se concluait avec une très belle surprise. La découverte d’un jeune talent comme tout amateur aime en faire dans sa vie. Un 1er prix de la ville de Paris à seulement 13 ans et un parcours impressionnant au travers de concours nous laisse présager un bon moment. Et nous ne fûmes pas déçu. Dès les premières notes de l’Usher Valse de Koshkin, nous savions que Thanh Nguyen était promise à une belle carrière. l’Usher Valse fut écrite sur « le fantôme de la maison Usher » de E.A.Pœ et le fantôme était là. Les frissons et l’adrénaline nous ont envahie rapidement et la magie de Thanh Nguyen a fait le reste. Un jeu d’une grande netteté et d’une puissance admirable et maîtrisée, allant de la douceur et la clarté des harmoniques artificielles à la force des rasguados « classiques ». La Cathédrale du compositeur paraguayen Augustino Barrios- « Mangoré » nous a permis de nous remettre de nos émotions. Contrairement aux habitudes malheureuses des guitaristes, Thanh Nguyen nous a aussi joué le magnifique prélude qui ouvre cette pièce en trois mouvements désormais classique. Nous nous sentions rassasié mais le dessert fut des plus surprenant. La Libra Sonatine de Dyens est probablement une des plus belles œuvres pour guitare seul du XXème siècle et comme presque toutes les œuvres du compositeur, elle est d’une difficulté que seul les « grands » peuvent surmonter. C’est avec le redoutable 3ème mouvement que la jeune guitariste a décidé de conclure sa prestation et il fallait avoir du cran pour s’en sortir aussi admirablement dans les conditions difficiles d’un concert à Musicora. Comme tous, Thanh Nguyen subissait le bruit permanent du salon que l’isolement de la salle ne pouvait enrayer. Une très belle conclusion tant musicale que technique. Nous sommes impatients de découvrir le disque qui sera enregistré à la fin de l’année. Surveillez les bacs, vous ne serez pas déçus !

On sait ce que le répertoire de la guitare dite classique doit à l’Espagne, on croit aussi connaître le flamenco au travers d’une certaine mode pourtant peu en rapport avec la tradition. Mais l’on sait moins que ce style traditionnel andalou est extrêmement varié et répond à des critères tant harmoniques que rythmiques (les compas) particulièrement exigeants que peu de guitaristes maîtrisent. Ce n’est pas la première fois que nous avions la chance d’entendre et le qualificatif de « monstre » du flamenco que nous entendons souvent lui va comme un gant. Une telle maîtrise est impressionnante. Le respect des compas et de la tradition « flamenquiste », la technique si particulière, l’imagination des compositions sont peu courantes dans ce milieu où la rumba flamenca est trop souvent présente. Et pourtant n’a pas le parcours typique de ce milieu. D’origine sicilienne, il est titulaire d’un DEUG de musicologie et a suivi des études de guitare classique au CNR de Saint Maur. Mais son attirance pour le flamenco l’a vite envoyé en Andalousie où il acquit les bases de son savoir. Le travail, le talent et l’imagination ont fait le reste. Débutant son programme avec une très belle farruca, il marquait de son empreinte ce compas que nous avons peu l’occasion d’entendre. La courte et lyrique minera qui suivait était une très belle introduction à l’alegrias enjouée qu’elle précédait. Pour finir un bulerias comme nous aimons en entendre. Rappelons que ce compas extrêmement difficile est considéré comme une carte de visite par les afficionados tant il fait appel à toutes les ressources techniques de l’interprète : un rythme à 12 temps difficile à maintenir tant il doit rester vif, des rasguados flamenco « simple » et en aller-retour, des alzapuas impressionnants (technique de jeu de retour du pouce de la main droite que seuls les flamenquistes savent maîtriser), bref toutes techniques dont Jean-Baptiste se joue avec un brio déconcertant. On en redemande ! Nous ne pouvons que vous conseiller son prochain disque « A mi vera » qui sortira en juin. Vous ferez ainsi connaissance avec un grand Maître.

Sans hésitations, nous pouvons dire que nous avons passé un très bon moment. La gentillesse de tous ces artistes, venus boire le verre de l’amitié sur le stand de ResMusica après le concert, nous ont conforté dans l’opinion que l’on peut être simple et brillant à la fois. Des artistes à suivre si l’on aime la guitare ou tout simplement la musique.

Christine Petit D’Heilly : un disque « solo » et une nouveauté du quatuor Barrios-Mangoré (bientôt sur ResMusica)

Duo Spinosi : Antoine de Lhoyer chez Naive-Opus 111

Thanh Nguyen : un disque pour la fin de l’année

Jean-Baptiste Marino : son disque « A mi Vera » prévu pour juin 2004

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Paris. Musicora, Salon de l’Europe. 07-V-2004. I] Giraud : Eclosion. Daphné Boudouris, guitare classique II] Domeniconi : Koyunbaba, suite op.19. Dizeo-Cabral (argt Dyens) : La foule. Christine Petit-D’Heilly, guitare classique III] Granados : Valses Poétiques. Lhoyer : Duo. Duo Spinosi, guitares classiques et romantiques IV] Koshkin : Usher Valse. Barrios : La Cathédrale. Dyens : Libra Sonatine, 3ème mouvement. Thanh Nguyen, guitare classique V] Marino : Cierres de oro (farruca), Azulejos (minera), Rota (alegrias), A mi vera (bulerias) Jean-Baptiste Marino, guitare flamenca.

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