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Domaine Privé de Péter Eötvös : Et si Bartók avait raison ?

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Paris. Cité de la Musique : Salle des concerts. 18-V-2004. Péter Eötvös : zeroPoints, Jet Stream. Béla Bartók : Concerto pour orchestre. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction Péter Eötvös. Markus Stockhausen, trompette.

Du 18 au 28 mai 2004, la Cité de la Musique fête avec « Domaine Privé », un cycle de sept concerts qui sont autant d’occasions pour le chef d’orchestre et compositeur de rendre hommage à ses maîtres et amis. Pour le concert inaugural, Boulez, Stockhausen, Bartók nous étaient proposés, dans cet ordre — et peut-être pas par hasard.

À Boulez, Eötvös doit aussi bien la direction de l’Ensemble Intercontemporain durant les années 80 que la commande de zeroPoints, œuvre créée en février 2000 par Boulez lui-même et qui ouvre ce cycle de concerts. On retrouve dans cette pièce la clarté, la complexité et le caractère percussif de l’écriture du maître, particulièrement dans l’épisode initial, « bouillonnement de cordes et de percussions ». En dépit de la nature statique de la plupart des épisodes musicaux, l’œuvre est empreinte d’un certain optimisme, probablement en rapport avec l’euphorie symbolique du passage à l’an 2000.

Autre œuvre, autre hommage, Jet Stream, pour trompette solo et orchestre, créée en février 2003, fait référence à l’univers de Karlheinz Stockhausen dont Eötvös a été l’élève dans les années 60, et offre un écrin au trompettiste Markus Stockhausen, son fils. Les atmosphères évocatrices se font plus nombreuses et plus libres que dans zeroPoints, avec en particulier la longue première cadence qui est laissée à l’improvisation du soliste, et dont la complainte solitaire sur fond de cloches-plaques qui composent un sourd tapis sonore n’est pas sans rappeler… Miles Davis.

En concluant le concert par le Concerto pour Orchestre de , a démontré, outre ses affinités personnelles avec son grand compatriote hongrois, que la qualité d’une œuvre et son aura ne reposent pas nécessairement sur son intégrité dogmatique, mais qu’elle se nourrit fort bien d’influences hétéroclites, musique populaire, opérette, parodie et satires. Et le fait est que le Concerto, composé au crépuscule de la vie de Bartók, dans des conditions précaires, en exil, est une revigorante leçon de liberté. La musique avance, danse, se moque, prend ses sources où elle en a besoin sans souci des convenances. L’Orchestre Philharmonique de Radio-France sous l’impulsion idoine de son chef fut brillant, incisif, dansant, rythmique à souhait.

Être magnifiquement soi-même en se nourrissant, en se gorgeant de l’apport des autres, voilà sans doute la leçon du vieux Bartók, que Péter Eötvös nous a précieusement rappelé en mémoire en ouverture de son « Domaine Privé ».

Le concert, enregistré par France Musiques, partenaire de la Cité de la Musique, sera retransmis le samedi 29 mai à 23H.

Crédit photographique : (c) DR

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Paris. Cité de la Musique : Salle des concerts. 18-V-2004. Péter Eötvös : zeroPoints, Jet Stream. Béla Bartók : Concerto pour orchestre. Orchestre Philharmonique de Radio France, direction Péter Eötvös. Markus Stockhausen, trompette.

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