Balade au cœur de l’Allemagne romantique

La Scène, Opéra, Opéras

Dresden. Sächsische Staatsoper Dresden Semperoper. 23-VI-2004. Wolfgang Amadeus Mozart  : Don Giovanni. Bo Skovhus (Don Giovanni), Jacques-Greg Belobo (Commandeur), Tamar Iverí (Donna Anna), Sabine Brohm (Donna Elvira), Markus Marquardt (Leporello), André Eckert (Masetto), Christiane Hossfeld (Zerlina), Woo-Kyung Kim (Don Ottavio).Sächsische Staatskapelle Dresden, Louis Langrée (direction). Willy Decker (mise en scène). Wolfgang Gussmann (décors et costumes).

Don Giovanni

(c)Matthias Creutziger

Rien de tel qu’une balade en Saxe et en Thuringe, cœur de l’Allemagne romantique, pour aller sur les traces de tous les compositeurs, écrivains, poètes, qui ont marqué les siècles d’or de la culture germanique. Si Leipzig n’est pas la ville natale de J.S Bach, il y fut Cantor de 1723 à 1750 à la Thomas Kirche où sa tombe a été transportée en 1950, où un chœur d’enfants y célèbre sa mémoire chaque samedi et où un Musée conserve les archives du plus grand musicien Allemand. Mendelssohn, qui y est né en 1809, y a aussi son musée dans sa propre maison. Grâce à une activité traditionnelle de foires et de salons, Leipzig qui est actuellement un vaste chantier comme l’était Berlin il y a encore un an, a un dynamisme économique et une activité culturelle intense. Son orchestre, le Gewandhaus Orchester, aujourd’hui dirigé par Herbert Blomstedt, a aussi son temple que Mendelssohn, qui fut Kapelmeister de cet orchestre un des plus anciens d’Europe, n’a pas connu ; le bâtiment date de 1981 et fait face à l’Opéra, dont le patron est le Français Henri Meier, qui est mondialement célèbre par son Ballet dirigé par le chorégraphe Uwe Scholz. Son prochain Directeur musical sera l’Italien Riccardo Chailly qui vient de mettre fin à seize ans de direction de l’Orchestre Royal du Concertgebouw.

Weimar, au cœur du Land de Thuringe, parait dormir à coté de tant d’activité. C’est cependant une ville musée qui fut Capitale culturelle de l’Europe en 1999 et à ce titre bénéficia de la priorité de coûteuses restaurations qui suivirent la réunification des deux Allemagnes. La liste de ses enfants célèbres est longue et impressionnante. Lucas Cranach le vieux, J.S Bach, Goethe et Schiller qui y ont leurs maisons-musées réalisées avec un sérieux qui n’appartient qu’aux allemands, Liszt, qui y séjourna longtemps et habita la plus charmante des maisonnettes située dans le parc de Weimar, où défila tout ce contait d’important l’Europe culturelle du XIXe siècle et dont une des plus importants écoles de musique du pays porte le nom. Walter Gropius y créa la fameuse École d’architecture Bauhaus. Klee, Kandinsky et Nietzsche n’épuisent pas la liste ! Si l’Opéra de Weimar n’est plus aujourd’hui un des plus dynamiques d’Allemagne, il a le mérite d’exister.

Dresde, perle absolue avec son ensemble de monuments totalement bombardés en 1945 et aujourd’hui renaissant de ses cendres grâce à de colossales restaurations qui devraient être achevées en 2006 pour son huit centième anniversaire, sera probablement alors la prochaine grande destination touristico-culturelle de l’Europe. Son opéra construit par l’architecte Gottfried Semper en 1878 avait été somptueusement restauré après la guerre par la R.D.A et encore une fois modernisé lors de la réunification. Riche par son histoire, de nombreux opéras de qui y fut Kapelmeister,y furent créés, notamment Salomé, Le Chevalier à la Rose, Elektra, Arabella ainsi que Tannhäuser de Richard Wagner qui le précéda. On comprend beaucoup mieux la structure du Festspielhaus de Bayreuth après avoir fait le tour et visité l’intérieur de ce merveilleux bâtiment. Tout y est fait pour accueillir le spectateur dans un esprit de luxe et de fête mais, si on le compare à d’autres maisons de mêmes standards comme les opéras de Paris, Vienne ou Milan, aucune ne peut s’enorgueillir d’un aussi beau balcon ouvert sur l’Elbe et tous les autres monuments de la capitale saxonne, autrefois surnommée la Florence du nord. Ce n’est donc pas sans émotion que l’amateur d’opéra aborde ce temple de l’art.

(c)Matthias Creutziger

Au hasard de la programmation, c’est Don Giovanni que l’on a pu y voir, une production signée , metteur en scène allemand d’un modernisme de bon aloi, en tous cas pas un iconoclaste. Datant de 1993 et toujours très actuelle, ce qui est une vertu rare au théâtre lyrique aujourd’hui où les productions sont montées plus pour épater que pour durer, sa mise en scène à quelques excès de direction d’acteur près, fait la part belle aux personnages, négligeant l’anecdote au profit de l’action. Le décor de Wolfgang Gussmann est fait de structures découpées dans le Catalogue de Don Giovanni et les costumes, cosignés avec Frauke Schernau, sont absolument superbes et simplificateurs, noir pour Anna, rouge pour Elvire, blanc pour le héros et multicolores pour les paysans.

Belle distribution, même si l’on n’a pas été convaincu par le «Don» de , d’allure trop juvénile et de voix trop claire pour le rôle. En revanche le couple Anna-Ottavio interprété par Tamar Iverí et Woo-Kyung Kim était au niveau d’une distribution internationale et efface dans la mémoire le mauvais souvenir laissé par l’Elvira criarde et agitée de Sabine Eckert. Le Français , qui décidément fait une belle carrière hors de France, dirigeait avec beaucoup de conviction le Sächsische Staatskapelle Dresden. Un pèlerinage hautement recommandé dans une ville, qui si elle semble plus endormie économiquement que Leipzig, affiche un beau dynamisme culturel avec l’arrivée de personnalités comme le chef néerlandais Bernard Haitink et le chorégraphe américain William Forsythe.

Crédit photographique : (c)Matthias Creutziger

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