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Duchâble comme « un frisson d’eau sur de la mousse…

La Scène, Spectacles divers

Bellerive, Genève. 13-VIII-2004. Concert poétique à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Georges Sand, avec des œuvres de Frédéric Chopin « Le Roman de Venise ». François-René Duchâble (piano), Alain Carré (comédien).

Duchâble comme « un frisson d’eau sur de la mousse…Festival de Bellerive

Comme « un frisson d’eau sur de la mousse », ces mots volés à Alfred de Musset illustrent le climat de la soirée de langage musical et littéraire imaginé par le pianiste et le comédien . Dans le cadre du Festival de Bellerive, ces deux artistes ont présenté un spectacle d’une rare beauté. On savait le pianiste fatigué des obligations de la « carrière » de concertiste. Voici deux ans, il avait donné un ultime concert dans un hameau provençal avant de brûler son frac en signe d’abandon. Les médias se sont alors abreuvés avec délices des déclarations tapageuses du pianiste, sans se donner la peine de s’arrêter sur la véritable démarche d’un artiste courageux et volontaire. Vulgarisant sa décision, son renoncement fut assimilé à un abandon de la musique. Mais en réalité, quittait la carrière et ses mondanités pour mieux retrouver son piano et la musique. Dans sa quête, il avait émis l’idée de « faire de la musique autrement ». C’est chose faite. Et avec brio !

Dans la Ferme de Saint-Maurice, sur un coteau dominant la rade de Genève, la centaine de places aménagées dans une dépendance attendait ce que certains appelaient déjà le « come-back » de . Bien sûr, il était au piano, mais… Un piano noir  comme un corbillard, en frac « comme un pingouin ». Tout ce qu’il déteste. Mais l’instrument, le costume ne sont ici que le décor vivant d’un spectacle. Tout comme la lumière intimiste d’un lampadaire placé à côté du piano remplaçant l’habituel écrasement lumineux des spots focalisant l’image du concertiste. Sur l’avant de la scène, une petite table surmontée un bougeoir cache un fauteuil.

Un spectacle ? Plutôt un climat qui, en quelques minutes, transporte l’auditeur dans l’univers feutré et brillant du XIXe siècle. Depuis le printemps de 1834, Georges Sand et Alfred de Musset vivent une passion amoureuse. lit quelques lettres des deux écrivains. Sa voix extraordinairement musicale colore les échanges épistolaires des deux amants. Un langage littéraire sans sophistication, une prose poétique sans emphase pour exprimer les choses les plus simples avec la constante recherche du beau, du bien dit d’une époque où le romantisme fait loi. L’étouffement de la chaleur caniculaire suggéré avec un « il fait trop chaud à Venise, et c’est un miracle que je n’y suis pas resté !  lancé par Musset, c’est bien la plus belle des langues française qui impose sa musique. Si la langue est admirable, la musique de Chopin sublime la passion houleuse qui anime Musset et de Georges Sand.

Comme dans un salon feutré où s’écoule le soir, la délicatesse du piano de François-René Duchâble fait merveille. Le pianiste heureux de respirer la liberté de sa musique semble n’avoir jamais aussi bien joué. Quand résonne le 2ème scherzo op. 31 ou le Nocturne op. 48 n° 1, le musicien laisse place à l’artiste inspiré. Sa musique fait partie du texte des lettres et les lettres sont baignées des ambiances musicales de Chopin, comme si le compositeur avait lui-même orchestré les mots que s’échangent les fougueux amants. Spectacle brillant, le musicien et l’acteur noyés dans une rare symbiose révèlent avec talent la grandeur d’une époque où toute la préoccupation de la société se projetait dans le beau.

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