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Die Zauberflöte par Stéphane Braunschweig

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Lyon. Opéra National. 15-X-2004. Wolfgang Amadeus Mozart : La Flûte Enchantée. Marcel Reijans (Tamino), Hélène Le Corre (Pamina), Markus Werba (Papageno), Christine Rigaud (Papagena), Ingrid Kaiserfeld (La Reine de la Nuit), Daniel Borowski (Sarastro), Kurt Gysen (L’Orateur/Premier Prêtre), Eberhard Francesco Lorenz (Monostatos), Camilla Johansen (Première Dame), Anne Lecoutour (Deuxième Dame), Elodie Méchain (Troisième Dame), Jean-Louis Meunier (Deuxième Prêtre), Jérôme Avenas (Premier homme armé), Shadi Torbey (Deuxième homme armé/Troisième Prêtre). Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon, David Stern (direction). Stéphane Braunschweig (mise en scène, conception images vidéo et scénographie), Georges Gagneré (réalisation de la mise en scène), Thibault Vancraenenbrœck (costume et conception images vidéo), Marion Hewlett (éclairages), Alan Woodbridge (Chef des Chœurs).

(c) Gérard Amsellem

Pour l’ouverture de la saison 2004/2005 de l’Opéra de Lyon, Serge Dorny nous propose une reprise de Die Zauberflöte dans la production de l’Académie Européenne de Musique d’Aix en Provence, créée en 1999 au théâtre du Grand St Jean d’après un « work-shop » de jeunes artistes lyriques en formation. Depuis 5 ans ce spectacle a fait le tour de l’Europe et certains des artistes engagés dans l’aventure ont commencé de belles carrières (, Stephane Degoud !). On peut dire, avec le recul, que ce travail a fait date dans l’histoire de la représentation du singspiel en France : après les « Flûtes » glaciales de Wilson (ONP), esthétisantes de Carsen (encore Aix) ou carrément « bande dessinée » d’Erlo (…une petite flûte enchantée à Lyon), le jeune metteur en scène se débarrasse de tout le fatras mythologico-maçonnico-égyptien pour revenir à la beauté du livret et de la musique, et à un vrai travail d’acteur. Un décor unique, des costumes sobres, des lumières simples et belles, deux « tampons » qui font apparaître et disparaître les personnages, un dispositif vidéo utilisé avec une grande intelligence et beaucoup de poésie ont permis de recentrer le discours sur ce qu’on a trop souvent oublié dans cette œuvre : les personnages ! Le parcours initiatique des deux couples (Tamino/Pamina, Papageno/Papagena) prend ici tout son sens. Le passage de l’enfance à l’âge adulte est palpable durant toute l’œuvre et la lutte entre le bien et le mal ne l’occulte pas dans l’histoire, elle le sert. Face à une telle réussite visuelle et théâtrale on ne peut que se réjouir et trépigner d’impatience en attendant le travail de Braunschweig sur un autre monument lyrique souvent surchargé, le Ring.

L’Opéra de Lyon à garder le projet d’origine de cette production pour construire sa distribution : de jeunes artistes, pas de stars et une moitié des chanteurs issus du « work-schop » initial. Cela donne un plateau assez homogène mais ne nous dispense pas de certains problèmes, en particulier pour les seconds et les troisièmes plans…

Voilà une bien pâle équipe d’hommes en arme et de prêtres ! Dommage car les deux duos sont de très belles pages de l’œuvre. Jean-Louis Meunier nous inflige un délabrement vocal inquiétant que l’on avait déjà constaté lors de la création de l’opéra de Didier Puntos « l’Enfant dans l’Ombre ». Son aisance scénique ne peut plus palier aux insuffisances techniques de l’artiste. avait incarné l’an dernier un Caron catastrophique, sur cette même scène, dans la pitoyable production de l’Orfeo de Monteverdi du Nouvel Opéra Studio. Sa deuxième place au prestigieux concours Reine Elisabeth de Bruxelles pouvait nous faire espérer un moment « d’égarement vocal » lors de cette production ou bien des progrès fulgurants… Mais malheureusement le timbre gris, la diction pâteuse et l’absence totale d’investissement scénique et musical que nous constatons ce soir nous ramènent vite à la réalité. Seul Jérôme Avenas, artiste des chœurs de l’Opéra de Lyon, qui remplace Jean-Louis Meunier en Premier homme en arme (un instant de lucidité dans la direction artistique ?) nous offre, grâce à un timbre franc et un beau legato, une très belle prestation.

Les seconds plans sont dominés par le très bel Orateur de Kurt Gysen. La voix est puissante et bien placée, la musicalité sans faille. Ce rôle, où l’on nous impose trop souvent de vieilles basses fatiguées, prend ici toute sa dimension. Le trio de Dames est dominé paradoxalement par la Deuxième Dame à la voix vibrante et chaude d’Anne Le Coutour. brûle les planches dans la Troisième Dame, la voix est belle, d’une émission un peu artificiellement creusée sur certaines phrases mais l’artiste souffre d’un manque de projection chronique. Par contre, la Première Dame de Camilla Johansen est trop souvent fâchée avec la justesse ! La voix se fixe dans la tierce aiguë, malheureusement très sollicitée dans ce rôle ; dommage, le trio aurait pu être de haute volée sans ce petit bémol. Le trio de garçons, tenu ici par de jeunes membres de la Maîtrise de l’Opéra, un peu timide scéniquement, souffre d’une première voix stridente. La Papagena piquante de Christine Rigaud (l’artiste est presque trop luxueuse pour le rôle) et le Bon Monostatos d’Eberhard Francesco Lorenz complètent avantageusement ce tableau.

Des cinq premiers rôles, on retiendra surtout le très beau Papageno de . Le défi était de taille, chacun garde en mémoire l’excellent Stéphane Degoud, artiste surdoué, qui avait triomphé dans ce même rôle. Moins sobre, plus « sale gosse bout en train », Werba impose une voix chaude et homogène, un physique avantageux et une aisance scénique confondante : une très belle composition. Le Sarastro de Daniel Borowki est plus problématique : la voix manque du grave nécessaire qu’exige le rôle et surtout l’instrument semble prématurément vieilli. De plus, l’artiste paraît quelque peu engoncé dans son personnage de vieux sage. nous offre un Tamino très en voix, d’une grande musicalité mais, lui aussi, un peu emprunté scéniquement. La Reine d’Ingrid Kaiserfeld est plus charnue qu’à l’accoutumé, et c’est appréciable… malheureusement cela entraîne quelques menus accidents dans l’extrême aigu ; mais l’incarnation est tout de même de très grande qualité. Reste enfin la Pamina d’. On pourrait attendre un timbre plus chaud, un haut medium moins métallique dans ce rôle ; mais si la séduction ne vient pas des valeurs intrinsèques de la voix, la sensibilité à la fois musicale et scénique de l’artiste donne au final une très belle composition de ce rôle difficile.

On sent dans la direction de son passé (et son présent !) de baroqueux : petit orchestre (seulement 45 instrumentistes), souci de l’articulation, vigilance permanente de l’équilibre fosse/plateau, rapidité des tempi sont ici le maître mot. C’est appréciable mais on aimerait une pâte orchestrale moins blanche, une plus grande homogénéité des cordes dans cette œuvre qui se tourne plus vers le XIXe que vers le XVIIIe. L’Orchestre de l’Opéra de Lyon répond au doigt et à l’œil aux exigences du jeune chef et si on peut faire la fine bouche sur la couleur des cordes, les bois et les cuivres sont toujours de très bonne tenue. On aimerait en dire autant du chœur de la maison… manque d’homogénéité, aucun engagement scénique, problèmes d’équilibre et même de justesse rendent méconnaissable cet ensemble pourtant en général de haut niveau. Le petit effectif inhabituel pourrait expliquer cette défaillance passagère mais un bon chœur devrait savoir chanter à 14 comme à 80… espérons que cette défaillance ne sera que passagère.

Dans l’ensemble une très bonne Flûte, sans stars mais avec un vrai travail d’équipe, qui marginalise un peu plus la production « chic et toc » de la Fura dels baus qui sera imposé au public parisien cette saison. Un beau début de saison en tout cas.

Crédit photographique : © Gérard Amsellem

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Lyon. Opéra National. 15-X-2004. Wolfgang Amadeus Mozart : La Flûte Enchantée. Marcel Reijans (Tamino), Hélène Le Corre (Pamina), Markus Werba (Papageno), Christine Rigaud (Papagena), Ingrid Kaiserfeld (La Reine de la Nuit), Daniel Borowski (Sarastro), Kurt Gysen (L’Orateur/Premier Prêtre), Eberhard Francesco Lorenz (Monostatos), Camilla Johansen (Première Dame), Anne Lecoutour (Deuxième Dame), Elodie Méchain (Troisième Dame), Jean-Louis Meunier (Deuxième Prêtre), Jérôme Avenas (Premier homme armé), Shadi Torbey (Deuxième homme armé/Troisième Prêtre). Orchestre et Chœurs de l’Opéra de Lyon, David Stern (direction). Stéphane Braunschweig (mise en scène, conception images vidéo et scénographie), Georges Gagneré (réalisation de la mise en scène), Thibault Vancraenenbrœck (costume et conception images vidéo), Marion Hewlett (éclairages), Alan Woodbridge (Chef des Chœurs).

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