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Scarlatti en demi-teinte par Alain Planès

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Domenico Scarlatti. Essercizi K. 1 à 30. Alain Planès, pianoforte Schantz. Durée totale : 52’06 et 68’14. 2 CD Harmonia Mundi réf : HMC 901838. 39.

 

Après ses enregistrements Haydn, remonte le cours de l’histoire de la forme sonate et nous livre aujourd’hui sa version des 30 Essercizi de imprimés en 1738, seul recueil édité par le compositeur. Délaissant le piano moderne, il utilise ici un pianoforte Schantz datant des premières années du XIXe siècle et conservé à Milan. On aurait aimé que les textes — inexistant en français, sans la moindre information biographique ou musicale, plus abouti en anglais — nous en disent un peu plus sur les raisons de ce choix. En effet, même si l’on sait que la cour d’Espagne, où Domenico était professeur de la reine Maria-Barbara, possédait cinq pianofortes dont deux avaient été d’ailleurs transformés en clavecins, rien ne permet d’affirmer en fait qu’il ait composé pour cet instrument. Quelques enregistrements de sonates ont cependant été réalisés sur pianoforte, par Agnès Gillieron sur une copie d’Anton Walter de 1785 (1 cd Calliope) ou, plus vraisemblable historiquement mais introuvable en France, par Martin Souter sur un Cristofori de 1720 (1 cd Classical Communications). Il est vrai que la légèreté de touche du pianoforte convient sans doute mieux à la virtuosité de ces œuvres que la relative loudeur du piano moderne (mais ne boudons pas les réussites de Vladimir Horowitz ou Marcelle Meyer), tandis que la dynamique apportée par la percussion permet d’en varier les sonorités. Mais l’on peut tout de même douter que Scarlatti, qui a édité ces pièces sous le titre sans ambiguïté d’Essercizi per Gravicembalo, les ait jamais jouées sur pianoforte, surtout sur un instrument construit un bon demi-siècle après sa mort … Baste! même si le choix de ce Schantz ne semble obéir à aucune logique clairement musicologique, après tout, seul le résultat musical compte.

Et il faut bien dire que sa sonorité très grêle et courte — le son, du médium à l’aigu, ne dure que le temps de la percussion —, accentuée par une prise de son proche et sèche, n’est pas la plus agréable que l’on puisse imaginer ; quelques minutes sont même nécessaires pour s’y habituer. On ne retrouvera donc pas dans ces disques l’éclat et l’ampleur des clavecins ou la douceur cristalline des pianofortes habituellement enregistrés, certains risquent même d’achopper sur ces limitations. Pourtant, la cohérence de la démarche d’ s’impose au fil des écoutes. D’une musicalité très contrôlée, il caractérise avec une versatilité admirable l’expression de chaque pièce et utilise au mieux les ressources de son drôle d’instrument, jouant plus de ses sonorités fragiles que de possibilités dynamiques visiblement réduites. Si les tempos sont prestes quand il le faut et la dextérité bien présente dans les pièces les plus virtuoses, le pianiste offre un portrait du compositeur moins brillant que de coutume ; son Scarlatti est nerveux, ardent, plus que piquant ou spirituel. Accentuant les cassures du discours, les sautes d’humeur, Planès est volontiers dramatique, abrupt, pas du tout charmant ni extraverti. Malgré l’énergie et la vitalité déployées, une certaine gravité parcourt ce recueil, offrant une version inattendue de ces œuvres ailleurs virevoltantes.

Même si le choix de l’instrument est sans doute contestable — on aurait beaucoup aimé avoir l’opinion du musicien à ce sujet — Alain Planès offre une très intéressante version d’approfondissement de ces œuvres, complémentaire des habituelles références sur clavecin que l’on conseillera cependant plutôt pour une première approche. Un disque qui ne révèle que peu à peu ses beautés et dont les qualités font ardemment espérer un possible enregistrement de sonates de Carl Philip Emanuel Bach par le même interprète, pourquoi pas au clavicorde cette fois …

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Domenico Scarlatti. Essercizi K. 1 à 30. Alain Planès, pianoforte Schantz. Durée totale : 52’06 et 68’14. 2 CD Harmonia Mundi réf : HMC 901838. 39.

 
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