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Paris. Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois. 17-XI-2004. Claudin de Sermisy (1490-1562) : Passion selon saint Matthieu. Pierre Cléreau ( ?-1570) : Missa pro mortuis dite Requiem. Gerd Türk, Hervé Lamy, ténors. Ensemble Gilles Binchois, direction et ténor : Dominique Vellard.

Auditorium du Louvre

Tableau de Primatice (1504-1570) © Musée de L'Hermitage

Programmé dans le cadre des concerts de l’Auditorium du Louvre et en parallèle de l’exposition sur Primatice l’exécution de ces pièces magistrales de la Renaissance française était décentrée en l’église de Saint-Germain-l’Auxerrois, attenante au célèbre musée.

Le récit des derniers jours du Christ paraphrasé par Matthieu est réservé aux Dimanches des Rameaux. Alors que le domaine des Passions semble être la chasse gardée des compositeurs d’outre-Rhin, il existe à ce jour trois Passions hexagonales, dont celle de Claudin de Sermisy, conçue vers 1534. Point de Christ souffreteux ou de foule déchaînée, ici tout est dans l’intériorisation et la retenue. Seul deux personnages se détachent : Jésus et l’Evangéliste (appelé Chronista). Les autres protagonistes (Judas, Caïphe, Ponce Pilate) ainsi que les prêtres et le peuple sont représentés par le chœur, appelé Synagoga. Cette économie de moyens humains s’accompagne d’une économie de moyens dramaturgiques : tout est récité avec distanciation, sans affects, sans parti pris. Musicalement nous sommes dans l’ascèse la plus totale : l’Evangéliste et le Christ s’expriment par antiennes grégoriennes, le chœur est rarement à 4 voix – les symbolisations des personnages n’en nécessitant que 2 ou 3. Les quelques instants de polyphonies sont d’une sobriété digne de la Réforme : Point de développement, d’ornements, de chromatismes ni de dissonances. L’expression des souffrances du Christ par la foule est faite grâce à un étirement des syllabes lors des passages les plus chargés spirituellement et symboliquement. Une telle sobriété invite au recueillement et évite toute interprétation trop personnelle, et donc trop sentimentale et affective, de ces récits de la Passion. Mais une telle sévérité d’aspect ne peut qu’entraîner l’auditeur contemporain vers une certaine lassitude, et ce malgré l’excellence des chanteurs de , à commencer par les deux solistes (l’Evangéliste) et (le Christ) aux redoutables et longs récits psalmodiés, faisant état d’un timbre toujours égal – assez lisse pour l’Evangéliste, plus corsé pour le Christ – et d’une justesse quasi parfaite. L’ a réussi le tour de force d’homogénéiser cette longue partition, malgré le peu d’interventions en tutti.

Avec en revanche nous sommes de plein pied dans un monde polyphonique. Son Requiem utilise tour à tour le style homophonique ou imitatif, alliant différents types d’écriture : horizontale, verticale, syllabique et mélismatique. Chaque pièce est précédée d’un court incipit grégorien, repris en valeurs longues au cantus firmus, confié le plus souvent au supérius. Aux textes traditionnels de la messe des morts sont rajoutés un Graduel Si ambulem in medio umbrae mortis, une Préface Vere dignum et justum est et un Motet final Scio Domine porteur d’espoir. Là aussi l’homogénéité remarquable de l’ et sa justesse sans faille ont su, dans cette brillante pièce chorale, emporter l’adhésion d’un public frigorifié dans cette église non chauffée…

Crédit photographique : Tableau de Primatice (1504-1570) © Musée de L’Hermitage

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Paris. Eglise Saint-Germain-l’Auxerrois. 17-XI-2004. Claudin de Sermisy (1490-1562) : Passion selon saint Matthieu. Pierre Cléreau ( ?-1570) : Missa pro mortuis dite Requiem. Gerd Türk, Hervé Lamy, ténors. Ensemble Gilles Binchois, direction et ténor : Dominique Vellard.

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