Georges Prêtre : joyeux anniversaire, maestro !

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Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 27-XI-2004. Concert en l’honneur du 80ème anniversaire de Georges Prêtre. Johann Strauss fils (1825-1899) : la Chauve-Souris, ouverture ; Francis Poulenc (1899-1963) : Larghetto extrait du Concerto pour deux pianos et orchestre ; Georges Prêtre (né en 1924) : « Les pas de chance » – Hommage à Coluche, « Pour toi » extrait de Mon cœur s’est éveillé pour toi ; Georges Gershwin (1898-1937) : An American in Paris ; Richard Strauss (1864-1949) : Der Rosenkavalier, grande suite d’orchestre ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : « E strano » et « Parigi o cara » extrait de La Traviata ; Giacomo Puccini (1858-1924) : « Nessun dorma » extrait de Turandot ; Maurice Ravel (1875-1937) : Boléro. Avec : Patrizia Ciofi, soprano ; Roberto Alagna, ténor ; Roger Boutry et Gabriel Tacchino, pianos et la participation de Patrick Bruel. Chœur de Radio France (chef de chœur : Daniel Bargier), Orchestre National de France, direction : Georges Prêtre.

C’est la fête en ce samedi soir 27 novembre, l’ célèbre le 80ème anniversaire de . Bien sûr, ce n’est pas un grand show à l’américaine, une exhibition pour laquelle les stars d’hier et d’aujourd’hui se seraient déplacées, toutes les divas qui ont pu accompagner le maestro durant sa carrière, et en robes glamour, qui auraient débitées un petit discours enjoué et peut-être même chantées quelques mesures, avec leurs moyens d’aujourd’hui. Non, il s’agit d’une fête à la française, pour laquelle on a fait venir et , n’ayant que peu de rapport avec le maître, mais nettement plus efficaces pour le taux de remplissage de la salle! Qu’importe après tout, car le public est là, bon enfant, bien décidé à faire fête à l’un de ses plus célèbres chefs d’orchestre.

Le concert débute par l’ouverture de la Chauve-souris, qui confirme que l’ n’est pas en grande forme en ce moment, manquant de brillant et d’allant. Suit le Larghetto du Concerto pour deux pianos de Francis Poulenc, excellent, qui rappelle s’il en est besoin que fut l’ami et l’interprète privilégié du compositeur.

L’ambiance passe ensuite à la gaudriole bon enfant, avec un hommage à Coluche écrit par Georges Prêtre lui-même (les bénéfices de la soirée seront reversés aux Restos du cœur). Cela n’a aucun intérêt musical, ce n’est pas grave, c’est sympathique quand même, surtout quand arrivent sur scène flanqué de Patrick Bruel pour entonner les couplets. La casquette style « titi parisien » convient beaucoup mieux à ce dernier, le style de l’ouvrage aussi, d’autant plus qu’Alagna rate sa première entrée. Le Divo, se souvenant de son passé de chanteur de cabaret, tente de faire siffler la salle sur la même mélodie que le chœur – ça ne marche pas très bien – le public n’est pas encore chaud, mais fait quand même bisser le morceau. Le ténor reste sur scène pour interpréter un extrait d’une comédie musicale composée par Georges Prêtre, qui sonne très musical américain, merveilleusement servi par la voix d’or du chanteur, celui-ci en grande forme et visiblement ravi d’être là, tout comme Gérard Courchelle, présentateur de France Musiques, qui régale l’assemblée d’anecdotes sur le Maestro, on les connaît déjà, ce n’est pas grave, on rit quand même de bon cœur. Suit une petite chanson de circonstance écrite par les enfants du héros de la soirée, Isabelle et Jean-Reynald Prêtre, « huit fois dix ans », nous touchons le fond de l’inintérêt musical, mais après tout ce n’est pas la musique qu’on applaudit, c’est son sujet. La première partie du concert se termine par un extrait de An American in Paris, qui pourrait conforter les détracteurs de Georges Prêtre quant à l’anarchie de ses tempi, mais confirme sa fougue et son allant.

Après l’entracte, l’Orchestre National de France, vraiment pas dans une bonne période, sert la grande suite de Der Rosenkavalier, très approximative, surtout au plan de la justesse, puis attaque le E strano de la Traviata. Hélas la voix est fatiguée, les aigus sont trop bas, voilés et arrachés à grands coups de glotte. Roberto Alagna la rejoint pour le duo Parigi o caraextrait de la même œuvre, tout le monde s’amuse beaucoup, Patrick Bruel tente un couplet sous les applaudissement attendris du public, Alagna invite Ciofi pour quelques pas de valse, Bruel fait de même avec Gérard Courchelle, la salle croule de rire, l’ambiance est à la fête et à l’indulgence.

Une grande star du passé de Georges Prêtre est convoquée ensuite, la seule qu’on n’aurait pas imaginée, Maria Callas. Dans le noir complet, on entend s’élever o mio babbino caro extrait de Gianni Schicchi, il s’agit bien entendu d’un des enregistrements qui a réuni les deux artistes. Un grand moment d’émotion. Roberto Alagna se livre à quelques effets faciles dans le « Nessun dorma », notes tenues outrageusement, bras grands écartés, dans ce genre de soirée, c’est aussi pour ça qu’on l’aime!

Le concert se termine par le Boléro de Ravel, puis, en bis la barcarolle des Contes d’Hoffmann, un moment interloqués, les spectateurs se demandent si Alagna compte tenir la partie de mezzo, mais non, c’est une version pour orchestre et chœur, et le Galop Infernal d’Orphée aux enfers. Il n’est plus temps de raisonner, plus temps de faire la fine bouche, le public est conquis, debout, il se joint aux musiciens de la scène pour chanter un gigantesque Happy Birthday.

Joyeux anniversaire, Monsieur Prêtre!

Crédit photographique : © DR

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