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Concours Long Thibaud, le public a-t-il raison?

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Paris. Théâtre du Châtelet. 06-XII-2004. Concert de gala du Concours Long-Thibaud. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Rondo Cappricioso. Olivier Messiaen (1908-1992) : Regard de l’Esprit de Joie. Claude Debussy (1862-1918) : Poissons d’or. Ferenc Liszt (1811-1886) : Mazeppa ; Tarentella ; Concerto n°1 pour piano et orchestre en mi bémol majeur. Richard Dubugnon (né en 1968) : Sonate phonomorphique opus 33. Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto n°1 pour piano et orchestre en ré bémol majeur opus 10. Avec : Véra Tsybakov, Pavel Dombrowsky, Mu-Ye Wu, Jean-Frédéric Neuburger, Alberto Nose, Sihen Song, piano. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Kirill Karabits.

Succès au rendez-vous, salle comble et public en effervescence pour cet évènement du monde musical. Le concert avait comme de coutume la particularité de présenter les candidats dans l’ordre inverse de leur classement en partant du VIe pour finir par le Premier Grand Prix, sachant que la durée et la difficulté des programmes allaient crescendo dans le but certainement de flatter les mieux récompensés et d’aller par ainsi dans le sens des décisions du jury. Spéculations mises à part, la soirée s’est ouverte par un long discours de remerciements, très long même, où sont applaudis les gens qui doivent l’être.

Ensuite commençait le vrai gala, avec en introduction Véra Tsybakov dans le Rondo Cappricioso de Mendhelsson avec une interprétation qui soulignait la grâce et la légèreté de l’œuvre. On peux déplorer la mièvrerie de l’ensemble, accentuée sans nul doute par le sourire superficiel et constant de la jeune pianiste. Le cinquième prix, Pavel Dombrovsky a a contrario fait corps avec son instrument, dans une œuvre qui le permettait plus il est vrai. Poignet infaillible, l’âme russe desservant l’euphorie requise pour transcender cette pièce de Messiaen. Une alchimie convaincante. Le quatrième prix, , élève de Jacques Rouvier au CNSM, est apparu plus crédible dans les Poissons d’or de Debussy, et ce grâce a une sonorité à la fois claire et impalpable que dans l’étude de Liszt, un peu trop assagie et retenue. Cette obsession du contrôle dans le jeu du pianiste a bridé le caractère de surpassement que l’on aurait aimé être ressenti.

Venait ensuite le très attendu , qui a fait parlé de lui lors de la présente édition du concours pour avoir provoqué la contestation du public lors de la remise des prix. Plus jeune pianiste à avoir enregistré les Etudes de Chopin (à l’âge de 16 ans), la présente prestation nous a rappelé qu’il méritait en effet le premier prix et ce loin devant les autres candidats. Faisant montre d’un jeu d’un naturel déconcertant, où cadre et liberté se mêlent et se servent, déployant sa technique époustouflante, a su atteindre ou tout du moins frôlé la perfection tout en restant humain et sincère. Une précocité qui n’obéït pas qu’à l’instinct, un artiste sur la voie de l’accomplissement, sans aucune contestation possible un des plus grands espoirs du piano francais.

La deuxième partie du concert permettait aux deux premiers lauréats de jouer en concerto et de faire par ainsi entendre par la même occasion l’orchestre réquisitionné pour le concours, en l’occurrence le philharmonique de Radio France cette année. Alberto Nose, déjà lauréat du concours Chopin en 2000, a livré un premier concerto de Liszt assez succinct, le maniérisme de son jeu altérant la vision d’ensemble de la pièce pour générer la sensation d’une succession d’épisodes dont il manque la jointure logique et naturelle de l’un à l’autre. Peut-être le soliste a-t-il été perturbé par un orchestre dont la sécheresse ne pouvait se justifier par une éventuelle acoustique défaillante. On peux noter des solos de clarinette tellement nasillards qu’ils faisaient concurrence aux hautbois, un violon solo peu inspiré et surtout un chef complètement désorienté (la coda finale a obligé Alberto Nose à freiner ses octaves)… Mention à part au triangle parfaitement en place dans le troisième mouvement du concerto. Prenait place ensuite le premier grand prix, , qui a la particularité d’avoir été formé au C. N. R de Paris et non au CNSM, sous la tutelle d’Olivier Gardon qui faisait partie du jury par la même occasion. Choix idéal que le premier concerto de Prokofiev en conclusion d’un gala qui se veux démonstratif ; bien desservie par le brio du pianiste, l’œuvre semble bénéficier d’un orchestre un peu plus éveillé… il était temps! Un premier prix mérité certes, mais qui n’a pas fait montre d’une supériorité évidente vis-à-vis des autres candidats.

Jean-Frédéric Neuburger, prix du public et de l’orchestre philharmonique de Radio-France, reste donc la véritable révélation de la présente édition du concours qui cette année se justifie en venant appuyer et lancer la carrière d’un grand talent.

Crédit photographique : © DR

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Paris. Théâtre du Châtelet. 06-XII-2004. Concert de gala du Concours Long-Thibaud. Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Rondo Cappricioso. Olivier Messiaen (1908-1992) : Regard de l’Esprit de Joie. Claude Debussy (1862-1918) : Poissons d’or. Ferenc Liszt (1811-1886) : Mazeppa ; Tarentella ; Concerto n°1 pour piano et orchestre en mi bémol majeur. Richard Dubugnon (né en 1968) : Sonate phonomorphique opus 33. Serge Prokofiev (1891-1953) : Concerto n°1 pour piano et orchestre en ré bémol majeur opus 10. Avec : Véra Tsybakov, Pavel Dombrowsky, Mu-Ye Wu, Jean-Frédéric Neuburger, Alberto Nose, Sihen Song, piano. Orchestre Philharmonique de Radio-France, direction : Kirill Karabits.

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