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Profane ou Sacré?

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Benjamin Britten (1913-1976) : Canticles I à V ; The Heart of the Matter. Philip Langridge, tenor. Jean Rigby, contralto. Gerald Finley, baryton. Derek Lee Ragin, contre-ténor. Dame Judi Dench, récitante. Steuart Bedford, piano. Frank Lloyd, cor. Ossian Ellis, harpe. 1 CD Naxos (distribué par Integral Classics) 8. 557202. Reprise d’un enregistrement fait en 1996 par la firme Collin Classics. Livret en anglais (dont il manque curieusement les textes des deux derniers Canticles). Durée totale : 66’47.

 

Par Canticle (cantique) le commun des mortels entend hymne liturgique basée sur des textes para religieux. Britten ne déroge pas à cette règle, en conférant par sa nomenclature instrumentale et son écriture un coté éminemment lyrique et dramatique à ses cinq Canticles, leur donnant ainsi une image de cantate en miniature. Le premier d’entre eux, Canticle I opus 40 My Belove is Mine, prend son texte chez le poète du XVIIe siècle Francis Quarles. Il s’agit d’une paraphrase du cantique anglican le Chant de Salomon. Britten l’a écrit pour Peter Pears, d’où sa formation pour ténor et piano, à l’occasion des dix ans de la mort de l’homme politique britannique Dick Sheppard, fondateur de la Peace Pledge Union. Un accompagnement ternaire de barcarolle alterne avec des procédés d’écriture plus scholastique (canon), faisant ainsi naviguer l’œuvre entre profane et sacré. L’harmonie riche et l’écriture vocale très lyrique font penser au monologue de Peter Grimes, dans l’opéra homonyme (acte III scène 2).

Dédié à Peter Pears et Kathleen Ferrier, le Canticle II opus 51 Abraham et Isaac est créé à Nottingham en 1952 par ces deux interprètes et le compositeur au piano. Extrait du Miracle de Chester – dont Britten s’inspira pour son opéra Noye’s Fludde– le dialogue entre le père () et le fils () favorise une lecture lyrique du texte. Véritable opéra en miniature, Britten confie la Voix de Dieu aux deux chanteurs à l’unisson, qui ouvre et ferme ce Canticle, hors scène. La partie d’accompagnement est bien plus riche en couleurs que dans le Canticle précédent. Le compositeur réutilisa le matériau musical de cette œuvre dans son War Requiem.

La genèse du Canticle III opus 55 Still falls the Rain sur un poème d’Edith Sitwell (1187-1964, qui est aussi à l’origine du texte de Facade de William Walton) est plus chaotique. Créée en 1955 pour une formation ténor, cor et piano (toujours Pears et Britten, en collaboration avec Dennis Brain) en hommage au pianiste australien Nœl Mewton-Wood, cette œuvre est faite de chromatismes tourmentés que l’on retrouve dans the Turn of the Screw et qui témoignent de l’influence encore prégnante d’Alban Berg. Ravie par cette mise en musique, Edith Sitwell proposa en 1956 d’autres poèmes au compositeur, qui repris son Canticle III en l’entourant de trois songs pour la même formation, et en alternant avec des passages récités, entrecoupés d’appels de cor. Après la création de cette cantate composite the Heart of the Matter la même année (avec la poétesse en récitante) l’œuvre fut oubliée, puis exhumée en 1983 par Peter Pears, qui en profita pour réviser la partition selon les indications de Britten.

Les Canticles IV opus 96 Journey of the Magi et V opus 89 the Death of Saint Narcissus sont des œuvres tardives, toutes deux sur des poèmes de T. S. Eliot. Le Canticle IV nécessite, en plus du ténor habituel, un baryton et un contre-ténor. Le texte mystique favorise une mise en musique diaphane et éthérée mais toujours lyrique, faite de superpositions des trois voix masculines chantant chacune dans sa propre pulsation, pendant le piano entonne une paraphrase de plain-chant

L’ultime Canticle délaisse le piano pour la harpe à l’instar du song the Birthday Hansel. Britten, malade, avait du cesser toute activité d’interprète. L’œuvre est faite avec une rare économie de moyens, la voix se faisant moins lyrique, plus proche d’une déclamation monotone, avec un accompagnement très figuratif de la harpe, alternant sons naturels et harmoniques.

On manque de superlatifs pour qualifier l’ensemble des interprètes de ce CD. Langridge, Reagby, Ellis et surtout Bedford sont tous familiers de la musique de , quand ce ne fut pas de l’homme lui-même ou de son compagnon de toujours, Peter Pears. et Derek Lee Ragin, moins connus dans ce répertoire, ne déméritent pas. L’éditeur Naxos ressort comme à son habitude à prix réduit ce fantastique enregistrement issu de l’intégrale de l’œuvre de Britten entreprise il y a une dizaine d’année par Collins Classics, aujourd’hui introuvable. Une alternative aux autres excellents enregistrements tous sans the Heart of the Matter, par et Julius Drake (1 CD Virgin « à prix fort » avec les Folksongs), Anthony Rolfe-Johnson et (1 CD Hyperion avec les Divines Hymns de Purcell) sans parler de la version des créateurs Britten/Pears (1 CD Decca London, avec les Divines Hymns de Purcell).

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