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Le Schumann révélé de Philippe Cassard

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Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke opus 12, Kinderszenen (Scènes d’enfants) opus 15 et Grande Humoresque opus 20. Philippe Cassard, piano. Enregistré au Studio Tibor Varga (Sion) en juin 2004. Durée : 73’. 1 CD Ambroisie. Réf. : AMB 9961.

 

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On appréciait jusque là au cœur des massifs Schumaniens, Radu Lupu, Clara Haskill et Claudio Arrau, Horowitz (Humoresque et Fantasiestücke) et Arguerich (Scènes d’enfants). Ce qui suscite immédiatement l’admiration de l’auditeur, c’est l’acuité analytique du jeu pianistique, apte à capter chacune de milles nuances et « humeurs » contenues dans la partition Schumanienne. Et pourtant, outre les vertus expressives d’une sensibilité hypertrophiée, il faut aussi produire une sonorité cohérente, l’indice d’une unité poétique capable d’éviter la fragmentation. Autant de qualités dont témoigne un , poète, retenu, secret, énigmatique, qui sait autant être franc, direct voire exclamatif. Ce superbe recueil contient les éléments forts de l’âme de Schumann dont les élans lyriques et les délires d’une raison inquiète, n’échappe jamais à la tentation de l’anéantissement.

Pour preuve, grâce au jeu liquide et lumineux de Cassard, on retiendra dans ce parcours émotif, une pièce emblématique de son approche si jubilatoire : in der nacht (Fantasiestücke). L’agilité digitale évoque la crête des vagues et la houle océane indomptable que chaque nuit l’amant doit affronter pour rejoindre sa promise. A peine la cantilène passée, Cassard nous plonge à nouveau dans la fureur des eaux contraires qui au terme d’une nuit de promesses, emporte finalement le corps du pauvre nageur. La voici condensée, la richesse évocatoire du pianiste visiblement très en phase avec l’agitation des courants Schumaniens. Il cisèle toute la palette des sentiments et des espoirs brossés mais incise les traits du sort, provoquant tout au long du recueil, cette impression indicible d’une mélancolie ivre et fatale. Parfois, de l’abîme sombre et sans issue, surgissent les moments d’un enchantement retrouvé (Des Abend ou Traümeriei). L’enfance et le rêve, comme seuls échappatoires à une réalité trop insupportable. Nul doute qu’en , Schumann trouve ici, un ambassadeur fervent : le témoin de son insondable inquiétude.

Outre la valeur du disque, on relira avec intérêt les textes du livret, composés de fragments du livre que Rémy Striker a écrit sur le compositeur.

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Robert Schumann (1810-1856) : Fantasiestücke opus 12, Kinderszenen (Scènes d’enfants) opus 15 et Grande Humoresque opus 20. Philippe Cassard, piano. Enregistré au Studio Tibor Varga (Sion) en juin 2004. Durée : 73’. 1 CD Ambroisie. Réf. : AMB 9961.

 
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