Énergie jubilatoire pour Carmina Burana par Rattle

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Berlin. Philharmonie. 30-XII-2004. Ludwig von Beethoven (1770-1827) : Ouverture Leonore III opus 72a ; Carl Orff (1895-1982) : Carmina Burana, cantiones profanae. Sally Matthews, soprano. Lawrence Brownlee, tenor. Christian Gerhaher, baryton. Rundfunkchor Berlin (chef de chœur : Simon Halsey). Knaben des Staats- und Domschors Berlin chef de chœur : Kai-Uwe Jirka. Orchestre philharmonique de Berlin, direction : Simon Rattle.

dirige Carmina Burana de

© S.Fowler

Á Berlin on ne valse pas pour le concert de la Saint-Sylvestre. Question de style ! Mais le choix de et des Berliner Philharmoniker était cependant festif avec les très populaires Carmina Burana dont le moins que le peut dire est que ce n’est pas une musique fatigante intellectuellement. Leur compositeur, le bavarois (1895-1982), avait fait preuve d’une certaine originalité en intitulant en 1937 «Chants profanes pour solistes et chœurs avec accompagnement instrumental et scénique» et conçu comme un opéra cette composition basée sur des chants en latin médiéval issus d’un codex du XIIIe siècle découvert dans un monastère de Beuren en Haute-Bavière. De même, le retour à un certain «primitivisme» dans la composition et l’orchestration, à forte vocation didactique, allait lui assurer une place enviable dans la musique officielle pendant le Troisième Reich et un succès publique en continuant dans cette voie avec des œuvres comme Catuli Carmina et Trionfo di Afrodite.

Simon Rattle a fait les choses en grand pour ce concert donné trois fois à la fin de l’année et pour lequel les places étaient très convoitées. Ayant à sa disposition le meilleur orchestre d’Europe, une salle dont, même si l’on n’est pas obligé de s’extasier devant l’architecture du bâtiment de Hans Scharoun, ni devant le luxe cossu à l’allemande (version occidentale) des foyers, assez typique des années soixante, on ne peut qu’à chaque visite se pâmer devant l’acoustique proprement miraculeuse. Autrefois quasiment isolée dans un terrain qui jouxtait le Mur et faisait la nique à l’autre coté, capitale de la République Démocratique Allemande, la salle de la Herbert von Karajan Strasse et ses appendices plus récents que sont la Salle de Musique de Chambre (ou petite philharmonie) et le Musée des instruments de musique transporté là après la réunification, ont fière allure dans le vaste Kulturforum qui jouxte la Postdamer Platz, qu’est devenu cet espace autrefois déserté.

On ajoutera à cela le somptueux Rundfunkchor, le Chœur d’enfants de la Cathédrale de Berlin, d’une perfection et d’une infaillibilité exceptionnelles et trois solistes bons sans être inoubliables, pour planter le décor des ces soirées. Rattle dirige avec une précision d’horloger ses instrumentistes faisant rebondir avec sa souplesse légendaire toutes les facettes rythmiques de cette œuvre profondément originale. La soirée avait commencé avec l’Ouverture Leonore III de Beethoven, moment miraculeux tant cet orchestre possède les traditions et est capable de s’en jouer en fonction de la vision du chef qui le dirige. Après les vœux traditionnels et une brillante allocution en allemand au sujet de la catastrophe qui venait de se passer dans l’Océan Indien, le chef britannique s’est presque excusé de n’avoir, pour donner un bis, que la solution d’utiliser la totalité des forces vives présentes sur la scène. Il a choisi l’Alléluia du Messie de Haendel «le fameux compositeur anglais» qu’il a dirigé avec une énergie jubilatoire avant de partir pour Vienne où il allait faire ses débuts au Staatsoper avec Parsifal.

Grâce aux progrès dans les délais de fabrication, l’enregistrement public de Carmina Burana, qui avait été diffusé en direct sur la chaîne câblée Mezzo le 31 décembre, réalisé à partir de ces trois concerts vient de paraître chez EMI Classics qui ajoute à son catalogue cette sixième version de l’œuvre de Carl Orff après celles dirigées par Rafael Frübeck de Burgos, Riccardo Muti, Franz Welser-Möst et Michel Plasson.

Berliner Philharmoniker (00 49 30 254 88 999) et www. berliner-philharmoniker.de

Prochains concerts Ives/Chostakovitch dir. Sakari Oramo (20, 21, 22 jan. ), Tchaïkovski dir. Michael Tilson Thomas/Joshua Bell (28 et 29 jan. )

1 CD EMI. DDD. Enregistrement public 2004.

Crédit photographique : © S.Fowler

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