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Honegger et Orff par Riccardo Muti

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 20-I-2005. Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonie n°2 pour cordes et trompette ad libitum H. 153 ; Carl Orff (1895-1982) Carmina Burana. Marc Bauer, trompette solo. Desirée Rancatore, soprano. Hans-Werner Bunz, ténor. Dietrich Henschel, baryton. Orchestre National de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France. Direction  : Riccardo Muti.

muti_paris-300x233L’ a offert, ce jeudi, un concert mémorable et magnifique. La Symphonie n°2 pour cordes et trompette ad libitum d’ fut composée de 1940 à 1941, après l’invasion allemande et créée le 23 janvier 1942 par le Collegium Musicum de Zurich sous la direction de Paul Sacher qui l’avait commandée à Honegger. Cette œuvre magistrale et impressionnante de tension est une merveille d’architecture musicale. C’est Charles Munch qui eut le privilège de la diriger pour la première fois à Paris le 25 juin 1942. Tragique, sombre et bouleversante, cette symphonie en trois mouvements, écrite pendant l’occupation allemande, exprime toute la souffrance de la condition humaine soumise au joug allemand jusqu’au choral du très bref troisième mouvement où dans le tumulte polyphonique des cordes, la trompette résonne comme une lumière d’espérance et de libération. L’œuvre, évidemment, exige beaucoup des archets de l’orchestre. Avec une direction magistrale, sans faille, claire, pure, poignante de profondeur et d’humanité, a su tirer le maximum des cordes dans une expressivité confondante de beauté et d’élégance faisant ressortir ce mélange de souffrance, d’angoisse et de lumière qui anime les trois mouvements. Il a su marier à la perfection le court choral de trompette avec la masse orchestrale houleuse, plongée dans un chaos que la lumière de la trompette ne parvient pas à maîtriser. Les cordes auront le dernier mot, mais l’espérance de la libération a éclairé le monde.

Place ensuite aux Carmina Burana (Chants de Beuren), chef-d’œuvre de , composé en 1936 et créé à l’Opéra de Francfort, le 8 juin 1937. Cette cantate scénique en vingt-cinq partie d’ostinatos barbares et triomphants n’a cessé depuis sa création d’inspirer metteurs en scène et cinéastes en particulier John Boorman qui s’est servi de leur gigantisme lancinant pour la bande son de son film « Excalibur ». On a tendance à ne retenir que les deux grandes invocations à Fortuna qui encadrent une cantate où s’expriment joie, gaieté, rêve, sentiment amoureux, nostalgie… En composant les Carmina Burana, le but de qui considère le rythme comme fondement de l’éducation musicale est d’aboutir à une rythmique primitive et obstinée, une harmonie rudimentaire, une ligne mélodique des plus simples de sorte que rien ne vienne troubler l’oreille de l’auditeur et que celui-ci entre progressivement dans un état quasi-hypnotique. Le dynamisme de cette œuvre séduisante, son extrême simplicité de structure, le caractère hiératique ou populaire des mélodies dégagent une impression profonde. C’est en 1935-1936, au moment où les soldats du IIIe Reich scandent des slogans nazis dans les rues de Munich que le compositeur écrit ce texte latin et allemand pour chœur et solistes, chœur d’enfants, orgue et percussion, inspiré de chansons à boire datant de 1280, de chants dédiés à l’amour et aux femmes, retrouvés dans un monastère en Bavière. Grâce au succès de cette œuvre qui va faire très vite le tour du monde, est reconnu – par une certaine Allemagne nazie – comme un compositeur majeur. Dans toutes les œuvres qui suivront, il ne cessera d’affirmer une personnalité et une originalité remarquables.

Sans jamais en rajouter mais en laissant place à la poésie, au rêve, à la gaieté, au sentiment amoureux, à l’espace et au temps exprimés tout au long de la cantate, qui a l’habitude de l’œuvre dirige avec majesté et une impressionnante clarté d’expression. L’orchestre est étincelant de couleurs. Le chœur et la sont magnifiques d’équilibre, de puissance et de souplesse vocales. La soprano enchante par le timbre velouté de sa voix lumineuse qui convient parfaitement à la IIIème partie de la cantate « Cour d’Amour ». Le baryton et le ténor Hans-Werner Bunz servent avec élégance et talent la poétique du compositeur.

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Paris. Théâtre des Champs Elysées. 20-I-2005. Arthur Honegger (1892-1955) : Symphonie n°2 pour cordes et trompette ad libitum H. 153 ; Carl Orff (1895-1982) Carmina Burana. Marc Bauer, trompette solo. Desirée Rancatore, soprano. Hans-Werner Bunz, ténor. Dietrich Henschel, baryton. Orchestre National de France, Chœur de Radio France, Maîtrise de Radio France. Direction  : Riccardo Muti.

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