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La seconde école de Vienne par le Quatuor Manfred

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Anton Webern (1883-1945) : Quatuor (1905). Arnold Schoenberg (1874-1951) : Quatuor n°2 opus 10. Alban Berg (1885-1935) : Quatuor opus 3. Quatuor Manfred (Marie Béreau, 1er violon ; Luigi Vecchioni, 2nd violon ; Vinciane Beranger, alto ; Christian Wolf, violoncelle) ; Marieke Koster, soprano. 1 CD Zig Zag Territoire ZZT 04 1201 (Harmonia mundi distribution). Enregistré à l’église de Bon Secours Paris XI° du 14 au18 juin 2004 ; notice trilingue français, anglais, allemand. Durée 64’41’’.

 

Fondé en 1986, le , empruntant son nom au personnage mythique d’un poème de Lord Byron, revendique dès lors ses affinités avec le romantisme dont il va largement sonder le répertoire. La découverte et l’enregistrement du Quatuor n°1 de Schœnberg en 1991 l’incitent à poursuivre plus avant son investigation dans le XXème siècle avec le maître de l’école de Vienne et ses deux disciples, et . Si le Quatuor (1905) de Webern – âgé de 21ans – s’inscrit encore dans l’esthétique postromantique de La Nuit transfigurée, l’opus 3 de Berg (1909-1910) procède, selon les termes d’Adorno, « d’un geste souverain d’affirmation de soi », alors que le Quatuor n°2 d’ (1907-1908) marque une première étape décisive en direction de la suspension des lois tonales. Ils figurent dans cet album selon l’ordre chronologique de leur composition.

Redécouvert en 1961, le Quatuor (1905) de Webern est conçu en un seul mouvement sous-tendu par une sorte de « programme caché » : un triptyque inachevé du peintre Giovanni Segantini auquel répond la structure de l’œuvre en trois sections enchaînées. Soucieux de la direction à donner au discours pour le conduire jusqu’à un sommet d’intensité, le ménage une admirable progression vers la plénitude sonore avec une tension intérieure toujours présente et une fluidité de la texture contrapuntique nourrie d’élans lyriques et passionnés. C’est dans l’épilogue en demi-teinte, exploitant au contraire la transparence aérienne des timbres, qu’il nous porte au faîte de l’émotion.

Le Quatuor n°2 opus 10 de Schœnberg est traversé par le même souffle de lyrisme et d’expressivité exacerbée – il correspond chez Schœnberg à une époque d’extrême tension créatrice. Cherchant une structure pour son langage privé des repères de la tonalité et sans doute frappé par la beauté des poèmes de Stefan George, Schœnberg introduisit la voix comme cinquième partie dans les troisième et quatrième mouvements du quatuor. « Je sens l’air d’autres planètes » chante la soprano dans Litanie avec un lyrisme contenu et une gravité de ton donnant à ces paroles leur poids de sens pour l’avenir.

C’est avec une certaine âpreté de jeu et une énergie de tous les instants que le Quatuor Manfred aborde l’écriture en continuelle métamorphose d’ dont il détaille les moindres sinuosités du discours. Aucune sécheresse, cependant, la sonorité reste flamboyante et le geste fermement affirmé pour conduire un mouvement qui trouve une logique au-delà des ruptures de ton du quatuor. Le travail sur le timbre est minutieusement rendu par les interprètes qui affinent et diversifient les sonorités selon le principe de variation continue s’exerçant tout au long du quatuor.

Saluons pour terminer les qualités de la prise de son qui définit un espace de résonance idéal pour les quatre interprètes donnant ici une version de référence touchant un répertoire encore peu sollicité.

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Anton Webern (1883-1945) : Quatuor (1905). Arnold Schoenberg (1874-1951) : Quatuor n°2 opus 10. Alban Berg (1885-1935) : Quatuor opus 3. Quatuor Manfred (Marie Béreau, 1er violon ; Luigi Vecchioni, 2nd violon ; Vinciane Beranger, alto ; Christian Wolf, violoncelle) ; Marieke Koster, soprano. 1 CD Zig Zag Territoire ZZT 04 1201 (Harmonia mundi distribution). Enregistré à l’église de Bon Secours Paris XI° du 14 au18 juin 2004 ; notice trilingue français, anglais, allemand. Durée 64’41’’.

 
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