Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Xavier de Maistre, la harpe réhabilitée

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Saanen. Eglise de Saanen. 5-III-2005. Ottorino Respighi (1879-1936) : Antiche Danze ed Arie, suite n° 3. Georg Frideric Haendel (1685-1759) : Concerto pour harpe et orchestre n° 1 en si majeur opus 4 n°6. François-Adrien Boieldieu (1775-1834) : Concerto pour harpe et orchestre en do majeur. Nikos Skalkottas (1904-1949) : Cinq danses grecques. Xavier de Maistre, harpe. Zürcher Kammerorchester.

Sommets Musicaux de Gstaad

Dans le cadre de son festival annuel, « Les Sommets Musicaux de Gstaad » offre de petits intermèdes musicaux « d’après-ski » dans une charmante chapelle au centre de la station. Les années passées, le chant, le piano, le violoncelle et le violon ont eu les faveurs de ces concerts. Pour cette édition, c’est la trop méconnue harpe qu’on a pu entendre. Parmi la petite dizaine de musiciens présents, le jeune hollandais d’ascendance indonésienne Anton Sie (22 ans) s’est fait remarquer dans un très beau concert.

Mais si l’impression laissée par le prometteur harpiste hollandais était très positive, le concert de démontre combien le chemin restant à parcourir est encore long. Dans l’Eglise de Saanen, un village à quelques kilomètres de la station bernoise, le harpiste français a offert des instants de grâce, élevant son instrument aux sommets de la musique lors d’un concert de grande facture en dépit de la rigidité parfois désolante de l’ensemble Zürcher Kammerorchester qui l’accompagnait. Dans la suite n°3 des Antiche Danze ed Arie d’ ouvrant le concert, cet orchestre de chambre qui joue sans chef montre une évidente carence de couleurs orchestrales qu’on tend d’abord à attribuer aux pages du compositeur italien mais qui bientôt se révèlent être du fait de l’ensemble zurichois. S’abandonnant à une exécution de la seule partition, prisonniers d’un sérieux musical sans fantaisie, on se prend à souhaiter qu’un véritable chef d’orchestre dirige ces musiciens qui semblent n’être là que pour meubler l’espace de leurs notes. Une sensation qui perdure tout au long de la soirée, comme si la musique était leur pensum. Fort heureusement, dans le Concerto pour harpe et orchestre n° 1 de Haendel, l’autorité de , son jeu et sa musicalité oblige ses accompagnateurs à plus de nuances. S’adaptant tant bien que mal à l’accompagnement d’un instrument insolite, le Zürcher Kammerorchester ne trouvera jamais le chemin de la souplesse qu’on attend d’un accompagnateur. Ne restait alors qu’à goûter le soliste. Avec , l’impeccable est au rendez-vous. Son impressionnante technique instrumentale projette son interprétation dans l’évidence. Pas un son qui ne soit ressenti, pas un trait qui ne soit rythmé, pas une phrase musicale qui ne soit « dite ». Sans rupture aucune, son jeu coule comme des perles sur du velours. Se balançant avec son instrument, il vit au rythme de sa musique, se laissant emporter aux harmonies de l’œuvre.

Dans leConcerto pour harpe et orchestre en do majeur de le miracle se poursuit avec la même constance. Un enchantement. Avec un toucher aussi soyeux, une présence musicale aussi dense, on touche au génie interprétatif. L’auditoire, à la fois subjugué par l’instrument et par l’interprète retient son souffle. On entend marcher les mouches. Quand les ultimes notes de cette très belle œuvre s’éteignent aux voûtes de l’église de Saanen, le silence continue la musique quelques instants avant que les premiers applaudissements couronnent le triomphe de Xavier de Maistre.

On en avait presque oublié le Zürcher Kammerorchester! Mais il devait conclure la soirée aveCinq danses grecques pour orchestre à cordes de Nikos Skalkottas. Un ajout un peu malheureux (mais il faut bien que la quantité soit là!), non pas que leur interprétation n’ait pas été très honnête, mais elle n’a rien ajouté à l’émotion laissée par le brillant harpiste français. Après sa prestation, et ses deux superbes bis, comme on aurait aimé rester à planer encore!

Crédit photographique : © Miguel Bueno

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Saanen. Eglise de Saanen. 5-III-2005. Ottorino Respighi (1879-1936) : Antiche Danze ed Arie, suite n° 3. Georg Frideric Haendel (1685-1759) : Concerto pour harpe et orchestre n° 1 en si majeur opus 4 n°6. François-Adrien Boieldieu (1775-1834) : Concerto pour harpe et orchestre en do majeur. Nikos Skalkottas (1904-1949) : Cinq danses grecques. Xavier de Maistre, harpe. Zürcher Kammerorchester.

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