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Denain. Théâtre Municipal. 06-III-2005. Passions Baroques – Transcription de tragédies lyriques françaises pour effectif de chambre. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Atys sur un livret de Philippe Quinault. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Hippolyte et Aricie sur un livret de l’Abbé Simon-Joseph Pellegrin. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Médée sur un livret de Thomas Corneille. Mise en scène : Stuart Seide ; scénographie : Charles Marty ; costumes : Fabienne Varoutsikos ; lumières : Olivier Oudiou ; maquillages : Catherine Nicolas ; conception artistique : Emmanuelle Haïm, Françoise Masset et Stuart Seide. Avec Françoise Masset, soprano ; Daphné Touchais, soprano ; David Lefort, ténor. Le Concert d’Astrée (Stéphanie Paulet, violon ; Emmanuelle Guigues, viole de gambe ; Marc Wolff, théorbe ; François Lazarévic, flûte). Clavecin et direction musicale : Stéphane Fuget.

La Clef des Chants

Alors que sa magnifique production du Médecin malgré lui est encore en train de parcourir la France, la Clef des Chants propose un nouveau spectacle aux mélomanes nordistes avec ces Passions Baroques conçues par le trio Haïm, Masset, Seide. Ce spectacle étrange est constitué d’une suite d’extraits de trois tragédies lyriques, Atys, Hippolyte et Aricie, et Médée, chantés par un unique trio de chanteurs accompagnés de cinq instrumentistes.

La brochure précise que le but de Passions Baroques est de renouer avec la tradition qui avait cours sous l’Ancien Régime de présenter certaines scènes de tragédies lyriques en petit effectif dans les appartements royaux. Ce but n’est pas tout à fait atteint, car si la petitesse des effectifs est bien là, dans le pourtant peu vaste Théâtre Municipal de Denain, on ressent une terrible impression d’éloignement d’avec les musiciens. On est bien loin de l’esprit chambriste qui présidait à ces représentations « de poche » qui jouaient certainement de la proximité entre musiciens et auditeurs. Dans Passions Baroques, l’affadissement provoqué par la petitesse des moyens musicaux et par le fait qu’on entend des extraits et pas la tragédie au complet, n’est pas compensé par la plus-value qu’engendrerait une véritable production de chambre dans un endroit plus adéquat qu’un théâtre, et on semble bien loin de l’atmosphère qui devait régner dans les appartements de la Pompadour. Tout n’est cependant pas négatif, les extraits choisis se suivant harmonieusement, sans jamais donner l’impression d’un collage artificiel, et scéniquement, le spectacle est assez réussi. Le décor unique de Charles Marty, un peu froid, est beau, reposant à regarder, et très fonctionnel. Les déplacements, nombreux, sont bien réglés, et rendent le propos intelligible. Il est par contre dommage que la mise en scène ne tire pas plus profit de la présence sur la même scène des instrumentistes et des chanteurs. En une unique scène, l’air « Rossignols amoureux », la chanteuse et le duo violon flûte traversière, peuvent véritablement jouer de leur proximité physique pour former un tableau touchant et poétique.

Des trois chanteurs réunis par la distribution, seule la jeune , récent premier prix du Concours de Chant Baroque de Chimay, a véritablement les moyens de ce qu’elle chante. Timbre cristallin, vocalisation aisée, volume très appréciable, elle met de la couleur dans son chant et caractérise très bien ses personnages. Elle fait une bergère délicieuse dans « Rossignols amoureux » de Rameau, et sait émouvoir en Creuse agonisante dans Médée. On lui reprochera seulement une ligne de chant un peu anarchique par moment, « Temple sacré » d‘Hippolyte et Aricie assez heurté par exemple. semblait peu en forme, la voix dure, métallique, criant ses aigus, la chanteuse déçoit. Heureusement, la tragédienne fait forte impression, Phèdre, Médée, … les personnages de femmes ardentes et entières lui permettent de faire parler son tempérament incandescent.

Le beau timbre de ténor léger de , sa diction impeccable, son chant stylé, devraient nous donner une interprétation de premier plan, malheureusement, le chanteur est peu endurant, ses aigus sont serrés, il détimbre souvent et semble très vite noyé dans les difficultés de sa partie. Il a fort à faire c’est vrai, étant très souvent sur scène, et si son Atys fait encore illusion, il est un Jason et surtout un Hippolyte de petit format.

L’ensemble instrumental se départit rarement d’un ton un peu compassé et d’une sonorité assez étriquée, il aurait pourtant intérêt à se faire mieux entendre, placé si loin en fond de scène. Passions Baroques est donc un spectacle basé sur un concept intéressant, à la réalisation inégale, et qui gagnerait à être monté dans des lieux plus intimes qu’un théâtre.

A voir à l’Opéra de Lille les 31 mars et 01 avril, 20 heures.

 

Crédit photographique : © Frédéric Iovino

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Denain. Théâtre Municipal. 06-III-2005. Passions Baroques – Transcription de tragédies lyriques françaises pour effectif de chambre. Jean-Baptiste Lully (1632-1687) : Atys sur un livret de Philippe Quinault. Jean-Philippe Rameau (1683-1764) : Hippolyte et Aricie sur un livret de l’Abbé Simon-Joseph Pellegrin. Marc-Antoine Charpentier (1643-1704) : Médée sur un livret de Thomas Corneille. Mise en scène : Stuart Seide ; scénographie : Charles Marty ; costumes : Fabienne Varoutsikos ; lumières : Olivier Oudiou ; maquillages : Catherine Nicolas ; conception artistique : Emmanuelle Haïm, Françoise Masset et Stuart Seide. Avec Françoise Masset, soprano ; Daphné Touchais, soprano ; David Lefort, ténor. Le Concert d’Astrée (Stéphanie Paulet, violon ; Emmanuelle Guigues, viole de gambe ; Marc Wolff, théorbe ; François Lazarévic, flûte). Clavecin et direction musicale : Stéphane Fuget.

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