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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 20-III-2005. Albert Roussel (1869-1937) : A Glorious Day opus 48. André Jolivet (1905-1974) : Défilé. Florent Schmitt (1870-1958) : Dionysiaques opus 62. Olivier Messiaen (1908-1992) : Et exspecto resurrectionem mortuorum. Orchestre du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, direction : Zsolt Nagy.

Orchestre du CNSM

Il est de bon ton de dénigrer les organisateurs et programmateurs de concerts et opéras quant il s’agit de se lamenter sur l’absence d’œuvres françaises au répertoire. Mais les premiers fautifs n’en seraient-ils pas les éditeurs? Un tract à l’entrée du concert annonçait l’annulation de Soir d’ en raison de l’état inutilisable du matériel d’orchestre. C’est hélas un exemple parmi tant d’autres… Le programme pour tout curieux était alléchant : une série de pages pour orchestre d’harmonie de grands compositeurs français du XXe siècle. Mais l’inspiration suscitée par cet instrumentarium n’était pas toujours constante.

A Glorious Day d’ peut retourner dans son oubli. Pièce inintéressante au langage convenu, vaste musique de cirque, et ce malgré l’excellence des élèves du Conservatoire de Paris. Le compositeur-officier de marine nous a habitué à mieux. Défilé de Jolivet déçoit aussi, bien que les courtes mélodies ressassées en boucle, créant cet effet d’incantation sonore soit la signature de ce créateur, on ne se trouve pas au même niveau d’inspiration que nombre de ses œuvres.

Dionysiaques en revanche mérite une oreille plus qu’attentive. se fait rare au concert, non en raison de son esthétique, sorte de compromis entre Ravel et Stravinsky, mais à cause de ses affinités vichystes durant le second conflit mondial – on peut noter le gâchis d’un tel talent à se fourvoyer dans de tels idéaux nauséabonds. Cette pièce fait appel à un vaste orchestre à vents, agrémenté d’une large section de percussions incluant deux claviers –un célesta et un glockenspiel, ainsi que toute une série de saxhorns, euphoniums et même un sarrussophone, éphémère famille instrumentale inventée en vue de remplacer le basson (Saint-Saëns dans Etienne Marcel, Massenet dans Esclarmonde et Stravinsky dans Requiem Canticles l’ont utilisé). L’œuvre de par son titre fait nettement référence à une bacchanale, par son introduction lascive, suivie d’une danse effrénée aux rythmes endiablés. Le tout est remarquablement orchestré, et on pourra simplement regretter une certaine rigidité dans l’interprétation qui prive l’auditeur de ce sentiment d’orgie sonore.

Et exspecto resurrectionem mortuorum venait clore avec maestria ce concert d’élèves plus que prometteurs – le Conservatoire de Paris, à sa création en 1795, ne formait que des instrumentistes à vents. L’orchestre d’harmonie était propre aux fêtes populaires de plein air, par oppositions aux « violons du Roy ». De ce parti pris pédagogique post-révolutionnaire est né une tradition d’excellence française dans l’enseignement et le jeu de ces instruments. Néanmoins conçoit son œuvre au titre latin interminable plus comme une extension d’un orchestre symphonique sans cordes mâtiné de sonorités de mixtures d’orgue. Rien ne rappelle la musique de plein air – il faut dire que ce compositeur exécrait le saxophone. Mais Et exspecto resurrectionem mortuorum est conçu pour de vastes espaces, c’est d’ailleurs une pièce de circonstances commandée par Malraux en 1965 pour fêter les 20 ans de l’Armistice de la Seconde Guerre Mondiale. Zsolt Nagy par sa battue rigoureuse s’y montre plus à l’aise que dans les pièces festives précédentes. Il sait aménager de vastes silences dans lesquels les résonances du pupitre de percussions se diluent sans pour autant que l’attention du public ne se relâche – fait exceptionnel, peut-être du au beau temps, mais aucun toussotement n’est venu perturber l’exécution de cette partition pourtant redoutable. L’orchestre du CNSM sonne d’une homogénéité exemplaire et fait preuve d’un enthousiasme que l’on aimerait plus fréquent dans des ensembles professionnels reconnus.

Credit photographique : © DR

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Paris. Maison de Radio-France, salle Olivier Messiaen. 20-III-2005. Albert Roussel (1869-1937) : A Glorious Day opus 48. André Jolivet (1905-1974) : Défilé. Florent Schmitt (1870-1958) : Dionysiaques opus 62. Olivier Messiaen (1908-1992) : Et exspecto resurrectionem mortuorum. Orchestre du Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, direction : Zsolt Nagy.

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