Nora Gubisch au Théâtre Mogador

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris, Théâtre Mogador. 29-III-2005. Félix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Neue Liebe, op. 19 n°4, Herbstlied, op. 84 n°2, Andres Maienlied, op. 8 n°8 ; Robert Schumann (1810-1856) : Gedichte der Königin Maria Stuart, op. 135, Abschied von Frankreich, Nach der Geburt ihres Sohnes, An die Königin Elisabeth, Abschied von der Welt, Gebet ; Franz Liszt (1811-1886) Es muss ein Wunderbares sein, S 314, Freudvoll und Leidvoll, S 280/1, Die drei Zigeuner, S 320 ; Johannes Brahms (1833-1897) : Dein blaues Auge, op. 59 n°8, Liebestreu, op. 3 n°1, Nachtigall, op. 97 n°1, Nicht mehr zu dir zu gehen, op. 32 n°1, Die Mainacht, op. 43 n°2, Der Jäger, op. 95, Der Gang zum liebchen, op. 48 n°1, Immer leiser wird mein Schlummer, op. 105 n°2, Meine Liebe ist grün, op. 63 n°5. Nora Gubisch, mezzo-soprano ; Alain Altinoglu, piano.

Ce nouveau récital du mardi était un régal de musicalité, d’intelligence et de raffinement. Accompagnée par le piano subtil et émouvant de son complice et ami (excellent chef d’orchestre par ailleurs), de sa voix chaude et intense, profonde et troublante, Nora Gubish emporte le public dans un mouvement poétique de toute beauté qui commence par le Chant d’automne et Neue Liebe, premier lied de Mendelssohn sur un texte d’Heinrich Heine. Pour le Chant des sorcières, le rythme s’accélère. Nora Gubish se fait sorcière et envoûte la salle. enlève son piano dans la danse somptueuse avec toutes les sonorités et les couleurs appropriées.

L’émotion se fait plus intense avec les Gedichte der Königin Maria Stuart, op. 135. Cette œuvre écrite sur des textes de Marie Stuart par Robert Schumann en 1852, deux ans avant son internement en 1854, est sa dernière incursion dans le domaine du lied. Une incursion qui atteint au sublime et que transfigure avec grâce et émotion Nora Gubish. Les souvenirs lointains, la nostalgie, la résignation, la simplicité, la lettre à Elizabeth qui a ordonné sa mort sont empreintes d’une profondeur spirituelle et apaisante qui touche au cœur jusqu’à L’Adieu au monde qui s’achève dans un bouleversant pianissimo avant le déchirement douloureux de la Prière.

On sait que Liszt a composé environ quatre-vingts lieder qu’il n’a cessé de remanier tout au long de sa vie. C’était quelque part son jardin secret. Et pourtant, on est assez loin de la confidence. On y sent l’influence de Berlioz dans l’écriture mélodique. La musique semble d’ailleurs l’emporter sur le texte tant les effets dramatiques abondent. Alain Altinoglu fait chanter son piano avec une élégance et un lyrisme remarquables. Et, ces textes d’Oskar von Redwitz, de Gœthe et de Nikolaus Lenau conviennent parfaitement à la tessiture vocale de Nora Gubish qui les restitue avec une sensibilité intense.

Avec les lieder de Brahms s’affirme un très subtil dialogue chant-piano. Brahms a travaillé le lied pendant plus de quarante années et en a composé environ deux cents. Malgré l’influence de Schumann, son travail se rapproche davantage de Schubert et Mendelssohn. De nouveau, la musique semble l’emporter sur le texte. Tout inspire Brahms : la nature, l’esprit populaire, l’amour, la tristesse… La ligne vocale de Nora Gubish fait merveille et répond admirablement à la formidable exigence musicale du compositeur. Des pianissimi les plus doux aux aigus les plus délicats, avec une palette vocale d’une grande richesse et habitée intensément par les textes, elle sait trouver les accents dramatiques de l’émotion la plus authentique tant dans la joie que dans la peine ou la tristesse.

Cela fait plusieurs années qu’Alain Altinoglu accompagne Nora Gubish. Son attirance pour la mélodie et le lied n’a cessé de s’affirmer malgré ses nombreux engagements de chef lyrique (on se souvient, entre autres, de son excellente direction du Luthier de Venise au Châtelet). Son jeu solide, respectueux du texte et de la poésie, sachant toujours se mettre au service de la voix, est un bonheur d’équilibre.

Crédit photographique : © Philippe Grunchec

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