Le Rossignol par Natalie Dessay et Laurent Naouri

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Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Rossignol, opéra en 3 actes sur un livret du compositeur et de Stephan Mitusov d’après Hans Christian Andersen. Réalisation : Christian Chaudet. Avec : Natalie Dessay, le rossignol ; Hugo Simcic, l’enfant ; Marie McLaughlin, la cuisinière ; Violeta Urmana, la mort ; Vsevolod Grivnov, le pêcheur ; Albert Schagidullin, l’empereur ; Laurent Naouri, le chambellan ; Maxim Mikhailov, le bonze. Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : David Levi), direction : James Conlon. Son : Linear PCM Stereo – Dolby Digital 5. 1. 1 DVD Virgin Classics, réf. : 7243 5 44242 9 8. Durée : 50’. Bonus : making of (26’)

 

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En rappelant les propres mots du compositeur : « J’ai dit quelque part qu’il ne suffisait pas d’entendre la musique, mais qu’il fallait encore la voir… », le réalisateur Christian Chaudet a trouvé un prétexte idéal pour mettre en image la partition du Rossignol. Les qualités de cette adaptation numérique, généreuse par ses effets et sa créativité visuelle, ne manquent pas. A commencer par la bande musicale, paru chez EMI en 1999 avec dans le rôle titre sous la baguette de (en couplage avec « Renard »). Et c’est effectivement un réel bonheur que de retrouver notre « Natalie » nationale, incarnant la voix de l’oiseau : fragile, unique, magicienne.

Avec le Rossignol, en 1914, Stravinsky créait son premier opéra à l’opéra Garnier de Paris, après la déflagration du Sacre du Printemps (1913). Ici, la puissance de l’orchestre se fait velours, capable de climats murmurés grâce à une orchestration raffinée où le compositeur se joue des citations extrême-orientales.

Fidèle à Andersen dont le conte a donné l’argument de la partition, le scénario privilégie le regard de l’enfance, puisque la musique se déploie à mesure qu’un garçon découvre, tout comme le spectateur, le sujet de cette histoire, à partir d’un vase mobile, tournoyant sur lui-même, et délivrant les motifs de la musique. La première scène est visuellement la plus réussie : présence de la nuit, de l’interdit aussi, donc du mystère dévoilé (en pénétrant dans l’atelier du potier, le jeune garçon découvre un monde qui lui était étranger). Ce qui séduit l’œil, ce sont ces trouvailles qui permettent littéralement de « voir » la musique : « pour être fidèle à Stravinsky je me devais de traduire tout ce que j’entendais », précise le réalisateur dans le livret d’accompagnement. Ainsi cet air de la flûte, repris par la clarinette, qui apparaît brusquement, à flanc de vase, sous la forme d’une apparition, le temps d’inscrire dans l’air sa ligne fugitive… Tout ce qui suit est de la même inspiration onirique, laissant au final à la musique le pouvoir d’approfondir le chant mystérieux de l’oiseau.

Le summum est atteint quand le Rossignol chante devant la cour impériale : Christian Chauvet imagine une cité interdite, désincarnée, sorte de Las Vegas surmédiatisée, où la foule vite oublieuse du chant de l’oiseau lui préfère la parodie mécanique d’un automate japonais, dont les mimiques tiennent à la fois de Michael Jackson et de Berlusconi… Plus tard, on est saisi par la glaciale froideur de cette même cité spectrale qui a perdu toute âme…

En plus de la séduction des tableaux produit par l’infographie, le film, par son foisonnement d’images à l’infini, insiste davantage sur son propos central : aucune invention mécanique, — aucune imitation, aussi inventive soit-elle —, ne pourrait égaler la nature prodigieuse et l’art, incarnés par le chant unique du vivant. Le rossignol s’affirme comme la métaphore même du chant et de son unicité : inégalable, insurpassable. C’est à cet éloge du fragile que naît l’émotion. En cela, la réalisation suit parfaitement la partition. Un vrai régal.

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