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Till Fellner, chants de tendresse de Beethoven

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Bruxelles. Conservatoire Royal de Musique. 22-IV-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 11, op. 22 ; Sonate pour piano n° 27, op. 90 ; Sonate pour piano n° 1, op. 2 ; Sonate pour piano n° 15, op. 28, Pastorale. Till Fellner : Piano.

Les sonates pour piano composées par Beethoven sont un des grands thèmes de la saison au Bozar. Nous avons déjà entendu en février Paul Lewis, Nikolai Lugansky et Freddy Kempf et ce soir c’est qui nous offre un choix de sonates, certes pas les plus connues ou les plus techniquement impressionnantes – mais pas pour autant les moins intéressantes. Le but de cette intégrale n’était pas de la confier à un seul et même interprète, mais bien, justement, de confronter différentes écoles et tendances en choisissant cinq pianistes de différentes nationalités.

Outre les symphonies qui sont ses œuvres les plus populaires, et grâce auxquelles le nom de Beethoven est connu du grand public, la musique pour piano et quatuor à cordes fait partie de ses chefs-d’œuvre. Très tôt reconnu comme un maître dans l’art de toucher le pianoforte, le compositeur, au cours de son existence, s’est intéressé de près à tous les développements techniques de l’instrument, et les a exploités au-delà de leurs possibilités dans ses compositions. Ses trente-deux sonates, composées sur une période d’une vingtaine d’années, témoignent du cheminement stylistique du compositeur : une forme classique dans les premiers opus, pour évoluer vers une liberté d’écriture et une plus grande complexité. D’autre part, il ne faut pas être étonné de voir une sonate composée de deux mouvements comme c’est le cas pour la Sonate n° 27 qui clôture la première partie du concert.

Pour commencer, nous propose la Sonate pour piano n° 11, op. 22 (1800), dernière de la période classique de Beethoven. Celle-ci insuffle à l’héritage laissé par Mozart les premières innovations que Beethoven n’a cessées de perfectionner tout au long de sa vie. Le dynamisme et l’optimisme du thème du premier mouvement sont très bien rendus par le musicien, qui ne manque pas de nous dévoiler le travail polyphonique de cette sonate avec rigueur. Le second mouvement s’ouvre sur un chant magnifique ; les lignes mélodiques nous laissent une impression paisible, tout en gardant un mystère intact et une interrogation angoissée. Nous retrouvons dans les deux derniers mouvements le classicisme dans sa plus noble forme, respectant les impératifs de la forme. La seconde sonate, composée de deux parties, comporte pour la première fois chez Beethoven un titre en allemand : « Kampf zwischen Kopf und Herz » (Combat entre la tête et le cœur), et « Conversation mit der Geliebten » (Conversation avec la bien-aimée), caractéristique développée durant le romantisme mais jamais rencontrée auparavant. Till Fellner arrive, tout en finesse, à enivrer et bercer le public, avec un des plus beaux chants de tendresse de la musique de Beethoven, le rondo final de l’œuvre.

Après l’entracte, nous entendons la toute première sonate de Beethoven, dédiée, ainsi que les deux suivantes, à Haydn. Malgré l’influence que ce dernier exerça sur Beethoven, on sent le dramatisme se dévoiler tout au long de la pièce. Le concert se termine avec la très célèbre sonate Pastorale qui est l’une des œuvres les plus paisibles de la période de Beethoven. Elle respire la nature, les jours d’été et le bonheur. Pendant tout le concert, Till Fellner nous propose un jeu rythmé qui met en avant la musique, sans lui ajouter de touches de romantisme inappropriées, ni de rubatos exagérés. Il s’agit d’une interprétation sobre, mais délicate et raffinée à la fois.

Crédit photographique : © Gabriela Brandenstein

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Bruxelles. Conservatoire Royal de Musique. 22-IV-2005. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Sonate pour piano n° 11, op. 22 ; Sonate pour piano n° 27, op. 90 ; Sonate pour piano n° 1, op. 2 ; Sonate pour piano n° 15, op. 28, Pastorale. Till Fellner : Piano.

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