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Premier concert de Natalie Dessay au Québec : tout simplement sublime

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Montréal, Place des Arts, Salle Wilfrid-Pelletier. 8-V-2005. Georges Bizet (1838-1875) Carmen : « Entractes » – Acte III-IV. François-Adrien Boieldieu (1775-1834) La Fête du village voisin : « Profitez de la vie ». Jules Massenet (1842-1912) Manon : « Je marche sur tous les chemins ». Ambroise Thomas (1811-1896) Hamlet : « À vos jeux mes amis ». Giuseppe Verdi (1813-1901) Nabucco, « Un Giorno di Regno » : Ouvertures. Gaetano Donizetti (1797-1848) Lucia di Lammermoor : « Regnava nel silenzio », « Il dolce suono mi colpi di sua voce » et « Spargi d’amaro pianto ». Natalie Dessay, soprano. Orchestre Métropolitain du Grand Montréal (OMGM) sous la direction de Emmanuel Villaume.

Concert-bénéfice de l’Opéra de Montréal

Le Mai montréalais s’annonce résolument vocal. Mais avant de se laisser emporter dans le tourbillon du Concours, les amoureux de la voix se sont donnés rendez-vous dimanche 8 mai, pour assister au premier concert de en terre québécoise. Ils étaient venus nombreux saluer la plus illustre des sopranos françaises. L’accueil fut plus que chaleureux, au diapason de la soprano et à l’aune du talent de la comédienne. On pourrait reprocher que ces concerts donnés en matinée nous paraissent toujours trop courts. Pourtant, est généreuse de son temps. Ce fut un grand moment lyrique comme on en connaît trop peu.

Toute vêtue de noir, s’avance, prend place au devant de la scène, complètement absorbée. Chanter ou ne plus chanter ? Être ou ne pas être ? Il est permis de poser ces questions lorsque l’on sait qu’elle sort d’une longue convalescence après une deuxième opération des cordes vocales qui aurait pu mettre fin à sa carrière. Le chant est un art fragile, dangereux, périlleux. Plus vrai encore pour la soprano qui revient après une deuxième descente en enfer. C’était son premier concert, son premier vrai contact avec le public. Pour un triomphe. On ne sait plus si l’on doit saluer la performance vocale ou l’engagement dramatique de l’artiste tant les deux composantes sont intimement liées. Toute la première partie était consacrée à l’opéra français. D’abord, un air charmant, «Profitez de la vie», qui pourrait apparaître comme un heureux présage, tiré de La fête du village voisin, opéra complètement oublié de . Retenons la Gavotte de Manon de , malheureusement entrecoupée par les applaudissements intempestifs de la salle. Malgré cela, sur scène, elle est Manon, physiquement, vocalement, scéniquement. Elle incarnera aussi en première partie, la Scène de la folie dans le rôle d’Ophélie d’Hamlet d’, plongeant sans garde-fou son héroïne dans cette autre descente en enfer. D’abord, prenons le temps de savourer le «Je marche sur tous les chemins». Par le geste et par la voix, par le raffinement donné au texte, par la diction parfaite, tout est rendu merveilleusement par l’artiste. Secouée par les rires si près des larmes, ballottée entre la gaieté et la tristesse, mais sans affèteries, passe ainsi Manon sur la scène du monde. Défi de l’héroïne qui parade devant les élégantes, remplie d’orgueil, de bonheur, mais le miroir lui renvoie son image, et sa propre fragilité la rejoint toute entière et la rend vulnérable. Plus qu’aucune autre, Natalie Dessay est consciente que le monde est Théâtre. Ses émotions s’épanouissent dans des couleurs qui n’appartiennent qu’à elle.

Dans la longue scène de la folie d’Ophélie, où se renverse le miroir qui mène l’héroïne à la mort, ce sont les mêmes lois implacables édictées par la cantatrice et celle-ci nous émeut. Natalie Dessay échappe aux classifications. Feu d’artifice par la tessiture, certes, mais il ne s’agit jamais chez elle de pure pyrotechnie. Nulle part, elle ne recherche la virtuosité un peu factice du faire-valoir. Le geste semble galber la silhouette du personnage, l’expression sonore en constitue l’émotion. La seconde partie, consacrée à Lucia di Lammermoor, nous la montre au faîte de sa maîtrise vocale. Pour tous ceux qui avaient encore des doutes sur l’état de santé de sa voix, la preuve en est donnée. Sa Lucie française captée dans les pires conditions est à oublier. Malgré cet autre air de la folie dans une Lucia di Lammermoor de , plus authentique par l’idiome et toujours de haute tenue, c’est pourtant dans le répertoire français qu’elle donne sa pleine mesure. En rappel, un «Quando m’en vo» de la gourmande Musetta, air tiré de La Bohème de . Mais plus substantiel, retenons le»Je veux vivre» de Roméo et Juliette de qui annonce comme une aurore, les nouvelles couleurs de la soprano. Elle terminera par un troisième rappel, avec un air de Lakmé.

, d’une main assurée, fait ressortir toutes les couleurs de la palette de l’ du Grand Montréal. Celui-ci donne sa pleine mesure dans les deux Entractes de Carmen et les Ouvertures de Nabucco et Un Giorno di Regno de . Le chef, toujours attentif à la chanteuse, la suit dans ses cadences, ou mieux, la devine dans son parcours.

Natalie Dessay, une diva ? Mieux, une artiste dans son corps et dans son âme. Une grande tragédienne.

Crédit photographique : © Yves Renaud

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Montréal, Place des Arts, Salle Wilfrid-Pelletier. 8-V-2005. Georges Bizet (1838-1875) Carmen : « Entractes » – Acte III-IV. François-Adrien Boieldieu (1775-1834) La Fête du village voisin : « Profitez de la vie ». Jules Massenet (1842-1912) Manon : « Je marche sur tous les chemins ». Ambroise Thomas (1811-1896) Hamlet : « À vos jeux mes amis ». Giuseppe Verdi (1813-1901) Nabucco, « Un Giorno di Regno » : Ouvertures. Gaetano Donizetti (1797-1848) Lucia di Lammermoor : « Regnava nel silenzio », « Il dolce suono mi colpi di sua voce » et « Spargi d’amaro pianto ». Natalie Dessay, soprano. Orchestre Métropolitain du Grand Montréal (OMGM) sous la direction de Emmanuel Villaume.

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