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Le retour du poussin jaune

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Gand. Vlaamse Opera. 13-V-2005. Georg Friedrich Haendel : (1685-1759) Rinaldo, opera seria en 3 actes sur un livret de Giacomo Rossi. Mise en scène : Nigel Lowery, Amir Hosseinpour ; Chorégraphie : Amir Hosseinpour ; costumes et décors : Nigel Lowery ; lumières : Franz-Peter David ; reprise de la mise en scène : Mariame Clément, Norbert Mladek. Avec : Christine Rice, Rinaldo ; Philippe Jaroussky, Eustazio ; Olga Pasichnyk, Almirena ; Nicola Marchesini, Goffredo ; Inga Kalna, Armida ; Robert Gierlach, Argante ; Steve Dugardin, Mago Christiano/Araldo. Symfonisch Orkest van de Vlaamse Opera, direction : Andreas Spering.

Rinaldo

La production de Rinaldo proposée actuellement au public du Vlaamse Opera a déjà beaucoup voyagé : créée à Montpellier en 2002 (voir ici l’article de ResMusica), la mise en scène du duo Nigel Lowery/ avait provoqué les huées du public et un flot de critiques acerbes de la part de la presse française, avant de gagner le Festival d’Innsbruck puis le Staatsoper de Berlin où elle a fini par remporter le prix de « Production de l’année » du magazine Opernwelt, ce qui n’était pas sans susciter nos craintes, eu égard à ce qui est généralement proposé en Allemagne en matière de mise en scène lyrique. Pour l’occasion, nous serons d’accord avec nos confrères français : cette mise en scène est grotesque et en totale contradiction avec le merveilleux, la noblesse, la beauté de l’opera seria, genre qui n’a même pas eu le temps de renaître avant que des fossoyeurs de l’espèce Lowery/Hosseinpour s’appliquent à l’enterrer.

De ce duo de pitres, difficile de savoir qui est Benny et qui est Hill, mais une chose est sûre, les chorégraphies sont signées Hosseinpour. On sait donc à qui on doit ces danses ridicules, mélange entre l’esthétique des chorégraphies de Chantal Goya en sa glorieuse époque, et celle des clips de Britney Spears. Il faut quand même reconnaître une circonstance atténuante à nos duettistes : ils ont voulu faire rire, noble ambition, et ils y sont parvenus par endroits (enlèvement d’Almirena par un poussin géant, transformation d’Armida en poupée gonflable, … ) mais le prix du rire est lourd à payer car cette mise en scène, en plus de ridiculiser l’opéra est, c’est plus grave, totalement anti-musicale. L’attention de l’auditeur est presque constamment détournée de la musique, la plus belle qui soit pourtant, par des gesticulations, des gags, des pantomimes, … Le décor en lui-même, constitué de hauts panneaux recouverts d’un papier peint comme il devait y en avoir dans la salle à manger de votre vieille tante de la campagne, forme une caisse de résonance qui donne l’impression que le chanteur est dans une cathédrale à chaque fois qu’il quitte le proscénium. Heureusement, sur le plan musical, la soirée est d’un excellent niveau, grâce à qui incarne le rôle-titre avec beaucoup de générosité et de tendresse. Elle chante parfois un peu bas (« Cara sposa » et « Cor ingrato » surtout), mais son timbre de mezzo riche et corsé est séduisant, elle vocalise avec beaucoup de sûreté, et elle se montre très brillante dans les airs à panache comme « Venti, turbini, prestate ». Sa fiancée Almirena est interprétée avec classe par la magnifique Olga Pasychnik, dont le timbre brillant et la technique sans faille font merveille. Il est bien dommage que ses airs soient les plus parasités par le fatras visuel imposé par les scénographes, mais elle a quand même droit à l’un des rares moments de calme de la mise en scène dans le délicat « Augelletti che cantate », rendu avec humour mais beaucoup de poésie, qu’elle chante avec charme et simplicité.

Seul véritable point noir de la distribution : le Goffredo de . Le timbre est assez joli, très brillant, mais la voix est instable, les aigus sont difficiles et faux, et les cadences de ses airs sont très raides. Son frère Eustazio est chanté avec son brio habituel par . On pouvait nourrir quelques craintes pour le contre-ténor français, confronté à une tessiture assez basse pour lui, mais la voix s’est enrichie dans le grave, les aigus sont toujours aussi brillants, et l’art du chant encore une fois incomparable.

Du côté des « méchants », Robert Gierlach fait un Argante impressionnant, venant à bout sans trembler du crucifiant « Sibillar gli angui d’Aletto », et Inga Kalma est une Armida théâtralement irrésistible, elle a participé à la création de cette production à Montpellier et s’y montre très à son affaire. Vocalement la qualité de ses vocalises et les couleurs qu’elle donne à son chant compensent une voix un peu mince et quelques aigus serrés. Elle manque également un peu de projection au début, mais une fois la voix chauffée, elle devient bien plus convaincante. Encore un mot pour souligner la jolie prestation de Steve Dugardin qui fait un mage bien chantant et pas trop caricatural.

La réussite de cette soirée, c’est aussi celle du chef , à la direction souple et contrastée, très précise, mais aux tempi parfois alanguis dans les airs élégiaques. Il a su donner aux instrumentistes du Vlaamse Opera les éléments essentiels du style haendelien, ce qui permet à l’orchestre sur instrument « modernes » de se montrer efficace et convaincant, malgré des sonorités pas toujours idoines. Cette prestation de haute tenue est une belle preuve de la versatilité et de la souplesse constitutives des formations lyriques, à l’heure où l’orchestre du Vlaamse Opera est menacé par l’absurde projet de M. Bert Anciaux, ministre de la Communauté Flamande, qui a la culture dans ses attributions, et qui a eu l’idée de supprimer l’orchestre et le chœur de l’Opéra et d’en répartir les membres dans les deux dernières formations symphoniques permanentes de Flandre.

 

  • Rinaldo est à voir au Singel d’Anvers du 20 au 31 mai. Renseignements sur www.vlaamseopera.be

 

 

  • Retransmission d’une représentation le 18 juin à 19h sur la radio Klara, www.klara.be

 

 

 

Crédit photographique : © Annemie Augustijns

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Gand. Vlaamse Opera. 13-V-2005. Georg Friedrich Haendel : (1685-1759) Rinaldo, opera seria en 3 actes sur un livret de Giacomo Rossi. Mise en scène : Nigel Lowery, Amir Hosseinpour ; Chorégraphie : Amir Hosseinpour ; costumes et décors : Nigel Lowery ; lumières : Franz-Peter David ; reprise de la mise en scène : Mariame Clément, Norbert Mladek. Avec : Christine Rice, Rinaldo ; Philippe Jaroussky, Eustazio ; Olga Pasichnyk, Almirena ; Nicola Marchesini, Goffredo ; Inga Kalna, Armida ; Robert Gierlach, Argante ; Steve Dugardin, Mago Christiano/Araldo. Symfonisch Orkest van de Vlaamse Opera, direction : Andreas Spering.

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