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Raphaël Chrétien, directeur des Musicales du Golfe : « Chaque musicien joue comme il est »

Le violoncelliste assure pour la première fois la direction artistique des « Musicales du Golfe », festival de l’Ouest Breton, dressant pavillon à partir du 1er Août prochain. ResMusica a rencontré le jeune responsable artistique du festival. Précisions sur les idées qui ont présidé à la programmation du festival, réflexions sur la musique, les interprètes et les compositeurs qui forment son univers musical.

« J’ai privilégié ce qui me tient à cœur : l’ouverture, la générosité, l’amitié. »

ResMusica : Pouvez-vous nous parler du Festival « les Musicales du Golfe » ?

 : Le festival existe depuis dix ans. J’ai répondu à l’invitation de son président qui l’an dernier, m’a demandé de réfléchir à une programmation. J’ai privilégié ce qui me tient à cœur : l’ouverture, la générosité, l’amitié. Le répertoire abordé est très large : de la Renaissance à la musique actuelle, avec une œuvre par exemple de Philippe Hersant. J’ai pris soin de varier les effectifs : orchestre de chambre, ensembles de musique contemporaine et de musique baroque, solos, quatuors, duos. Les musiciens qui paraîtront à Vannes sont pour la plupart des amis avec lesquels nous partageons un très grand plaisir dans la musique. J’ai souhaité renforcer le caractère convivial et la chaleur humaine. Ainsi, l’orchestre que j’ai créé pour le festival, la « Camerata des Musicales du Golfe » est emblématique de cette approche : réunir des musiciens sans chef, essentiellement motivés par ce bonheur de jouer ensemble. Il s’agit principalement de musiciens qui viennent de l’Orchestre de Paris… Je me suis souvenu de l’exemple qu’a donné Pablo Casals au festival de Prades en créant son propre orchestre et en donnant tout au long des éditions une identité spécifique à cette manifestation..

Je suis très sensible à l’atmosphère qui peut se dégager de notre festival : le public pourra rencontrer les interprètes après chaque concert. Je tiens absolument à cet échange et cette complicité entre public et artistes.

Les lieux de nos concerts se prêtent à la rencontre et la proximité entre chaque individu. A chaque concert, c’est un désir de musique qui rapproche les êtres. Cette idée est au cœur de mon projet.

RM : En tant que musicien, pouvez-vous évoquer votre itinéraire musical? Et comment définiriez-vous votre jeu, votre style ?

RC : J’ai suivi mes études au Conservatoire National Supérieur de Paris. Les rencontres là aussi ont été primordiales. J’ai eu la chance d’approcher des personnalités stimulantes : Tortelier, Rostropovitch et Philippe Muller avec lequel j’ai travaillé durant cinq années. Je joue depuis mes premiers prix toujours sur le même instrument : un Jean-Baptiste Vuillaume de 1866. J’y retrouve ce qui me plaît : un équilibre quasi parfait entre la richesse et la puissance de la sonorité. Je n’ai pas le sentiment d’appartenir spécifiquement à une « école » : la diversité des approches actuelles, représentées par la diversité et la qualité de nombreux jeunes musiciens montre aujourd’hui combien chacun individuellement a sa place dans le paysage musical. Pour ma part, je n’aime pas les définitions figées. Et je pense qu’avec le temps, en définitive, on élargit le champ de ses préoccupations.

RM : Quels ont été récemment les œuvres que vous avez abordées ?

RC : Je viens notamment de jouer plusieurs auteurs contemporains pour les 80 ans de Pierre Boulez en tournée en Allemagne, ainsi qu’une série de récital consacré aux suites de J. -S. Bach…

RM : Quels seraient vos compositeurs de prédilection ?

RC : Je n’ai pas de musiciens préférés. Au moment où je vous parle, cela pourrait aussi bien être « Beethoven, Schubert, Bach ou Boulez, précisément… ». Chacun a sa place particulière, sa propre vision. Ce qui me semble plus intéressant, c’est au cœur de leur démarche, toucher ce qu’il y a de plus profond. Prenez par exemple les Bach d’un artiste tel que Yehudi Menuhin : il ne manque rien, tout y est accompli et achevé. Lumineux. Au fond, chacun joue comme il est…

RM : Vous êtes professeur au conservatoire de Caen. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

RC : A la base de toute pédagogie, il y a la joie de transmettre dans un cadre qui vous laisse l’opportunité de permettre l’épanouissement. … ce que je trouve au CNR de Caen.
L’important pour moi, est de communiquer ce que je sais. En premier lieu, ce que j’ai reçu de Philippe Muller qui lui-même l’avait reçu de Navarra et d’autres « maîtres ». A défaut de réussir vraiment à transmettre, il importe surtout d’aider mes élèves à se connaître eux-mêmes. Comme je l’ai dit, on joue comme on est. Aucune évolution n’est possible si l’on ne prend pas en compte d’abord l’individu.

Crédits photographiques : © D.R.

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