Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Récital Karita Mattila, un art fait d’évidence

Plus de détails

Toulouse. Halle aux Grains. 10-VI-2005. Giacomo Puccini (1858-1924) : E L’uccellino ; Terra e mare ; Sole e Amore ; Storiella d’amore ; Morire ? Toivo Kuula (1883-1918)  : Kesäyo Kirkkomaalla  ; Marjatan laulu ; Tuijotin tulehen Kauan ; Sinipiika ; Epilogi. Gustav Mahler (1860-1911) : Ablösung im Sommer ; Ich ging mit Lust durch einer grünen Wald ; Nicht Wiedersehen ! ; Scheiden und Meiden. Richard Strauss (1864-1949) : Zueignung ; Allerseelen ; Ständchen ; Schön sind, doch kalt die Himmelsterne ; Wie sollten wir geheim sie halten. Karita Mattila, soprano ; Malcolm Martineau, piano.

Bien sûr, un récital est toujours un événement : la célébrité de la dame, sa carrière scénique et discographique… mais on oublie parfois à quel point l’art de certains grand chanteurs peut s’imposer d’évidence. Et ce récital restera sans doute un grand moment pour le public toulousain, visiblement touché par la simplicité de la grande dame (et même sans talon, contrairement à ce que répondait avec une ironie très anglaise à qui une spectatrice qui déclarait : « C’est une grande chanteuse » – « Oui, mais elle a des talons! »), sa capacité de communion avec les auditeurs, l’impact physique -on pourrait même dire sensuel- d’un timbre dont le disque ne retransmet que partiellement la richesse. La voix, d’une rare puissance, reste toujours pleine et ronde, et le contrôle du souffle exemplaire, même si certains aigus ont cette couleur particulière, cette fixité qui semble propre aux chanteurs finlandais mais que l’on est plus habitué à entendre chez les hommes, comme Talvela ou Hynninen. Avec un matériau aussi glorieux, l’approche de ces mélodies est ouvertement expressive et chaleureuse, et l’on sent l’actrice consommée dans la façon de mettre en scène chaque pièce, surtout dans les œuvres de . Mais rien ici n’est artificiellement opératique ou extérieur, il s’agit avant tout d’une façon de faire vivre intensément aux spectateurs l’atmosphère de chaque pièce, et, par exemple dans les lieder de Richard Strauss, utilise son exceptionnelle longueur de souffle pour imposer des tempi plutôt lents, qui installent un climat d’une grande poésie.

Il faut associer à cette très grande réussite l’accompagnement particulièrement musical de , sa façon de se fondre dans la voix par un toucher d’une grande finesse, et cependant capable de hausser le ton au besoin. Les interludes pianistiques des Strauss donnent ainsi véritablement l’illusion de prolonger la voix par le timbre même. Du grand art d’accompagnateur, épicé d’une pointe d’humour toujours bien venue.

Ce concert a également permis de révéler les rares mélodies de , sur lequel on aurait aimé que le programme soit un peu plus précis. Né en Ostrobotnie en 1883, d’abord destiné par ses parents à la prêtrise, il manifeste un talent évident pour la musique, encouragé par sa rencontre avec Selim Palmgren. Kuula étudie alors avec Jean Sibelius à Helsinki puis se perfectionne lors de voyages à Bologne, Leipzig, Berlin et Paris où il est l’élève de Marcel Labey : la musique française – Debussy, Dukas ou Florent Schmitt – restera pour lui une source constante d’inspiration. À ce moment, il est déjà considéré comme l’un des plus éminents compositeurs finlandais, très remarqué par ses Légendes pour chœur et orchestre, son Stabat mater que d’aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre, ou ses mélodies écrites pour sa femme, la cantatrice Alma Silventoinen, mais aussi un chef d’orchestre réputé. Il meurt en 1918 dans des circonstances qui n’ont pas été entièrement élucidées, quelques jours après avoir reçu une balle en plein front d’un soldat ivre lors d’une altercation, le lendemain de la victoire de Vyborg qui consacrait l’indépendance de la Finlande sur la Russie. D’une écriture ouvertement romantique, sans doute moins innovante que celle d’un Sibelius, ses mélodies sont en tout cas très émouvantes, surtout défendues avec cette expressivité.

Plus de détails

Toulouse. Halle aux Grains. 10-VI-2005. Giacomo Puccini (1858-1924) : E L’uccellino ; Terra e mare ; Sole e Amore ; Storiella d’amore ; Morire ? Toivo Kuula (1883-1918)  : Kesäyo Kirkkomaalla  ; Marjatan laulu ; Tuijotin tulehen Kauan ; Sinipiika ; Epilogi. Gustav Mahler (1860-1911) : Ablösung im Sommer ; Ich ging mit Lust durch einer grünen Wald ; Nicht Wiedersehen ! ; Scheiden und Meiden. Richard Strauss (1864-1949) : Zueignung ; Allerseelen ; Ständchen ; Schön sind, doch kalt die Himmelsterne ; Wie sollten wir geheim sie halten. Karita Mattila, soprano ; Malcolm Martineau, piano.

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.