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Cologne, Philharmonie. 18-VI-2005. Josef Suk (1874-1935) : La légende des vainqueurs morts opus 35b ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Concerto pour violon en la mineur opus 53, Symphonie n°5 en fa majeur opus 76. Arabella Steinbacher, violon. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Walter Weller.

Orchestre de Cologne

La Philharmonie de Cologne est un bâtiment qui extérieurement ne paie pas de mine, gros cube de béton installé entre la cathédrale et les rives du Rhin. L’intérieur en revanche est magnifique, les accès à la salle sont aisés, les foyers nombreux et aérés, et la salle, avec sa disposition spectaculaire en gradins, est un plaisir pour les yeux, en plus d’être très confortable. Quant à l’acoustique, fine claire et précise, c’est une pure merveille. L’excellent orchestre de la WDR accueillait pour ce concert la violoniste , étoile montante du violon allemand, et l’expérimenté , qui après avoir occupé de nombreux postes dans différents orchestre britanniques, poursuit maintenant une carrière de chef invité aux quatre coins du monde. ( lire sa biographie sur ResMusica).

Le programme proposé est 100 % tchèque, et composé d’œuvres assez rares au concert. La pièce d’ouverture est la Légende des vainqueurs morts de , composée au début des années 1920 afin de célébrer la fin de la Première Guerre Mondiale qui eut pour conséquence l’avènement de la première République de Tchécoslovaquie, issue des ruines de l’Empire Austro-Hongrois. Cette œuvre solennelle et sombre, un rien pompière, est un mémorial aux soldats tchèques tombés dans les deux camps au cours de ce conflit. Depuis sa création à Prague en 1883, le concerto pour violon de Dvorak peine à s’imposer face à la concurrence des grands concertos romantiques de Mendelssohn, Bruch ou Tchaïkovski, sans doute en raison du traitement très symphonique que Dvorak réserva à cette œuvre, et du très relatif manque de virtuosité de la partie de violon soliste. Dans l’allegro introductif, la sonorité brillante et lumineuse de la soliste met magnifiquement en valeur sa technique très propre et la plénitude élégante de ses phrasés, tandis que l’orchestre, mené d’une main souple par Weller est tendre, protecteur et fusionnel. Dans le tendre et méditatif adagio ma non troppo, la concentration de la violoniste est captivante, elle fait chanter son violon avec une douceur et une émotion très prenantes, avant un Finale dans lequel se montre mutine et espiègle face à un orchestre dansant avec bonhomie. L’épisode central, passionnel, est énergique et bien marqué rythmiquement, prélude à une coda enlevée avec un brio confondant. Le public réagit avec enthousiasme et est récompensé d’un très beau bis : Recitativo et Scherzo de Fritz Kreisler. Grave dans le récitatif, la violoniste munichoise est ébouriffante de virtuosité et de panache dans le scherzo, ce qui clôt en beauté une prestation de grande classe. La symphonie n°5 de Dvorak n’occupe pas la place qu’elle mérite, pâtissant de la gloire accordée au trio des dernières symphonies.

C’est pourtant une œuvre de toute beauté, au climat pastoral et champêtre, et aux mélodies attachantes. Le premier mouvement, Allegro ma non troppo, est gorgé de vie et de soleil par un orchestre de la WDR aux cordes puissantes, précises et élégantes, et aux vents glorieux, particulièrement le premier hautbois Maarten Dekkers, qui a joué avec une grâce infinie la symphonie, mais aussi le concerto qui précédait. Le deuxième mouvement est un andante pensif et lyrique, dont la concentration est malheureusement troublée par une grand-mère qui tenait absolument à prendre une photo du concert avec son GSM ! Acte vraiment inattendu, car le public allemand est à part cet incident d’une correction et d’une discrétion exemplaires. L’irrésistible scherzo vient à point pour remettre les esprits dans le concert, et ses musiciens baguenaudant d’un pas léger sur les chemins de Bohème, le trio étant une occasion de plus pour les vents de faire admirer leur maîtrise et la beauté de leurs timbres. Dans l’éruptif dernier mouvement, tendu et âpre, ce sont les cordes, puissantes et très homogènes, et les cuivres, ronds et pleins qui ont la part belle. Cet Allegro molto est dirigé avec beaucoup de vigueur et de maîtrise par le chef autrichien, qui réussit une transition parfaite avant une coda éclatante et glorieuse.

Un grand concert, justement salué, pour lequel on aura un petit reproche à faire aux musiciens : ne pas avoir tout à fait le sens de la liberté rythmique, ce déhanchement un peu particulier qui n’appartient qu’aux musiciens d’Europe centrale, mais le Rhin avait quand même ce soir-là à Cologne un petit air de Moldau.

Crédit photographique : © www.Arabella Steinbacher

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Cologne, Philharmonie. 18-VI-2005. Josef Suk (1874-1935) : La légende des vainqueurs morts opus 35b ; Antonin Dvorak (1841-1904) : Concerto pour violon en la mineur opus 53, Symphonie n°5 en fa majeur opus 76. Arabella Steinbacher, violon. Orchestre symphonique de la WDR de Cologne, direction : Walter Weller.

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