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Günter Wand : au service de Bruckner

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Günter Wand Edition Volume I : Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°5 en si bémol majeur  ; n°6 en la majeur  ; n°8 en ut mineur  ; n°9 en ré mineur ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°8 « Inachevée » en si mineur D 759 ; Josef Haydn (1732-1809) : Symphonie n°76 Hob. 1 : 76 en mi bémol majeur. NDR Sinfonieorchester, direction : Günter Wand. Coffret de 4 DVD TDK enregistrés à la Musik und Kongresshalle de Lübeck lors du Schleswig-Holstein Musik Festival. 7-VII-1996 (Haydn, Bruckner 6), 11-VII-1998 (Bruckner 5), 9-VII-2000 (Bruckner 8 ), 08-VII-2001 (Schubert, Bruckner 9). Durée : 5h58’

 

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Les symphonies d’ sont rares en DVD, à notre connaissance il n’y avait d’aisément disponible jusqu’à présent que la 9e dirigée à Stuttgart par le récemment disparu Carlo Maria Giulini. La parution de ce coffret de quatre DVD, regroupant les symphonies 5, 6, 8 et 9, est donc une aubaine, d’autant qu’ils montrent en action une autre légende de la direction d’orchestre : le grand . Coïncidence, ces deux chefs sont décédés pratiquement au même âge, mais l’allemand a dirigé presque jusqu’à son dernier souffle alors que l’italien avait quitté les estrades depuis plusieurs années.

La carrière de s’est essentiellement déroulée à Cologne, dont il fut le general Musikdirector de 1945 à 1974, puis à Hambourg, où il occupa le poste de directeur musical du NDR Sinfonieorchester de 1982 à 1991. Au disque, eut trois périodes distinctes. La première dans les années 1950-1960, où il enregistra pour la Guilde du disque avec son orchestre du Gurzenich de Cologne entre autres une quasi-intégrale Beethoven, et une vaste anthologie des symphonies de Mozart, Haydn et Schubert. Au tournant des années 1970-1980 on (re)découvrit Günter Wand grâce à deux intégrales de haute volée éditées par Deutsche Harmonia Mundi des symphonies de Schubert et Bruckner avec l’orchestre de la Radio de Cologne, suivies très vite des intégrales Brahms et Beethoven chez RCA avec l’orchestre de la NDR. Ces quatre coffrets enregistrés en studio, chaleureusement accueillis par la presse, marquèrent le début d’une gloire tardive pour Günter Wand. RCA commença alors, de façon assez compulsive, l’édition de prises de concert du vieux chef avec son orchestre de la NDR dans son répertoire de prédilection : essentiellement Bruckner, mais aussi Brahms, Schubert, Mozart et Beethoven. Également documentées par RCA, ses retrouvailles avec les Berliner Philharmoniker, il ne les dirigea jamais durant l’ère Karajan, ont tout de suite été des références de la discographie brucknérienne (symphonie 4, 5, 7, 8 et 9). Paradoxalement, Günter Wand rejoint Karajan, son exact opposé en terme de « gestion de carrière », dans le fait qu’on dispose pour tous les deux d’un très grand nombres de témoignages officiels de leurs prestations dans leur répertoire symphonique préféré, qui se recoupent partiellement d’ailleurs : Beethoven et Brahms pour Karajan, Bruckner et Brahms pour Wand.

Si on fait le total, on a donc déjà en disques officiels, 3 fois la 5e symphonie, 3 fois la 6e, 5 fois la 8e et 5 fois la 9e, ce qui fait de Günter Wand l’égal du seul Eugen Jochum en matière de discographie brucknérienne. On peut donc se demander quelle est l’utilité de publier une énième version de ces œuvres par le même chef, même en DVD. L’intérêt est double : d’abord visuel, ces captations permettent de constater que même dans son plus grand âge, il avait largement plus de quatre-vingt cinq ans, il dominait encore l’orchestre sans difficulté dans des partitions aussi complexes, et était encore en pleine possession de ses moyens, même si la fatigue est visible, surtout lors des deux derniers concerts. Il est également passionnant pour ceux qui n’ont pas eu la chance d’assister à ses concerts de voir sa gestuelle assez raide, très sobre, précise, sans effet, d’une concentration absolue.

Les images proposées sont issues de retransmissions télévisées des concerts d’ouverture du Festival du Schleswig-Holstein de Lubeck, filmés d’une manière qu’on pourrait qualifier de typiquement allemande : sobre, efficace et de bon goût. Quelques travellings, des gros plans sur les différents pupitres, beaucoup de vues d’ensemble et de cadrages sur le chef, rien de révolutionnaire ni d’esthétisant donc, mais du travail bien fait, sans concession à la mode, une réalisation à l’image de la vie et du travail de Günter Wand en somme.

Avant d’être visuel, l’intérêt de ces DVD est néanmoins musical, car ce sont là quatre grandes versions de symphonies de Bruckner, avec au sommet une 8e d’anthologie, puissante et héroïque, à l’architecture grandiose, dont l’adagio semble littéralement hors du temps, et dont le mouvement final est d’une hauteur de vue magistrale. Personnellement, nous placerons cette nouvelle 8e devant sa version de Berlin, aux sonorités remarquables, mais globalement assez statique.

Grande réussite également, une 6e au style ardent et abrupt, mais d’une grande simplicité, très fluide, avec un scherzo à l’atmosphère ambiguë et un équilibre entre les pupitres absolument parfait.

Relative déception par contre pour la 5e : manquant de tension et au final assez lourd, qui n’égale pas sa prodigieuse version de Berlin, altière et combative, ni son enregistrement avec le même orchestre de la NDR en 1989, au discours nettement plus animé et au contrepoint plus lisible.

La 9e symphonie présentée dans ce coffret est le dernier témoignage de Günter Wand dans une œuvre qu’il a toujours servie d’une façon magistrale, réussissant à chaque fois à approfondir sa vision. Cette ultime version est prise dans des tempi très larges, qui laissent respirer l’ultime adagio avec un naturel, un lyrisme, un climat à la fois consolateur et apaisé qui en font une expérience musicale bouleversante.

Il y a deux compléments : une inattendue et rare symphonie n°76 de Haydn, dirigée de façon très classique mais un peu corsetée, et une symphonie « inachevée » de Schubert qui, par sa sobriété et l’expressivité de son chant, rejoint la réussite de la 9e de Bruckner donnée durant le même concert.

Ces quatre DVD sont aussi un très bel hommage à un NDR Sinfonieorchester admirable de discipline et de beauté collective, qui formait avec son chef honoraire à vie, après tant de concerts communs, un couple qui se connaissait par cœur. A distinguer : le pupitre des cors, emmené par la remarquable Claudia Strenkert se couvre de gloire, sauf pour un ou deux « pains » dans la 8e, ce qui, en six heures de sollicitations quasiment constante, est presque un miracle.

Ce magnifique coffret aura une suite : un second coffret de cette Günter Wand Edition est prévu pour l’automne, il comprendra les 4e et 7e symphonies de Bruckner, ainsi que des œuvres de Schubert et Brahms.

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Günter Wand Edition Volume I : Anton Bruckner (1824-1896) : Symphonies n°5 en si bémol majeur  ; n°6 en la majeur  ; n°8 en ut mineur  ; n°9 en ré mineur ; Franz Schubert (1797-1828) : Symphonie n°8 « Inachevée » en si mineur D 759 ; Josef Haydn (1732-1809) : Symphonie n°76 Hob. 1 : 76 en mi bémol majeur. NDR Sinfonieorchester, direction : Günter Wand. Coffret de 4 DVD TDK enregistrés à la Musik und Kongresshalle de Lübeck lors du Schleswig-Holstein Musik Festival. 7-VII-1996 (Haydn, Bruckner 6), 11-VII-1998 (Bruckner 5), 9-VII-2000 (Bruckner 8 ), 08-VII-2001 (Schubert, Bruckner 9). Durée : 5h58’

 
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