Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Diana Axentii et Lionel Lhote en récital.

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Roisin, Eglise Saint Ghislain. 28-VIII-2005. Concert lyrique : mélodies et airs de Glière, Ibert, Prokofiev, Poulenc, Chostakovitch, Offenbach, Rimski-Korsakov, Leoncavallo, Glinka, Gounod, Verdi, Rossini et Bizet. Avec Diana Axentii : mezzo-soprano, Lionel Lhote : baryton, Xavier Rivera : piano.

Eté musical de Roisin (II)

Ce concert de clôture de l’Eté musical de Roisin a donné au public l’agréable sensation de rajeunir d’un an, en le replongeant en mai/juin 2004, époque à laquelle il découvrait sous les feux du Concours Reine Elisabeth de chant, deux artistes attachants et talentueux, qui avaient conquis le public lors des demi-finales et finales.

est une mezzo moldave qui après des études de violon et de chant à Chisinau, la capitale de son pays, a poursuivi sa formation en France, à l’Atelier Lyrique de l’Opéra de Lyon, puis à celui de l’Opéra National de Paris. Elle est lauréate de divers concours européens, dont le plus prestigieux est le Reine Elisabeth qu’elle a terminé en cinquième position. Elle avait fait forte impression durant les demi-finales, devenant pour beaucoup la favorite du concours, grâce à un programme de grande qualité dont « O don fatale » du Don Carlo de Verdi, « Smanie implacabile » de Cosi Fan Tutte, et un air de Rodion Chédrine sont restés dans les mémoires. N’arrivant pas à renouveler le miracle, sa prestation en finale n’avait pas été tout à fait à la hauteur des espérances, avec notamment une habanera de Carmen assez peu idiomatique, et elle termina le concours à une cinquième place qui ne reflétait pas tout son potentiel. La première partie de son programme est consacrée à des mélodies et airs en russe de Glière, Prokofiev, Chostakovitch et Glinka, et lui permet de mettre en valeur les qualités d’une voix souple et homogène, au timbre velouté et riche, et des talents d’interprète indéniables, chantant la mélancolie de ces pièces avec naturel et conviction. Sa musicalité est exemplaire, son intonation est très sûre, et son grave un peu déficient est largement compensé par des aigus très purs et brillants. Après la pause, elle revient avec un très bel air de Liubasha de La Fiancée du Tsar de Rimski-Korsakov, passionné et douloureux, puis enchaîne avec Rossini : d’abord la délicieuse petite scène La regata veneziana, puis le célèbre air de Rosina du Barbier. Dans ces airs virtuoses et en italien, on perçoit les limites actuelles de la chanteuse, qui ornemente avec subtilité, mais sans beaucoup de fantaisie et qui semble avoir des difficultés à s’extérioriser en dehors du répertoire russe. Son italien est perfectible, avec des consonnes molles et des voyelles manquant de clarté, et la ligne de chant est parfois bousculée.

Le baryton est quant à lui un enfant du pays, puisqu’il vient de Frameries, à quelques kilomètres de Roisin. Héritier d’une glorieuse tradition de chanteurs borains, dont le plus éminent représentant fut le ténor René Maison, il a appris le chant en famille : ses parents ayant été chanteurs et maintenant professeurs à l’Académie de La Bouverie, puis dans les classes de Marcel Vanaud et de Jacques Legrand. Il a obtenu la 6e place du Reine Elisabeth, en plus du Prix du public, ce qui a contribué à attirer l’attention du public belge sur un chanteur à la carrière bien engagée, qui avait déjà tenu plusieurs rôles à Giessen et Aix la Chapelle en Allemagne. Depuis le concours, ses apparitions en Belgique ont été nombreuses et remarquées : Starveling dans Le songe d’une nuit d’été à la Monnaie, Barbe Bleue dans Ariane et Barbe Bleue de Dukas, et Figaro du Barbier au Vlaamse Opera, Fra Melitone à l’Opéra de Wallonie, et il ne néglige pas pour autant son Hainaut natal, participant à un Barbier de Séville de Rossini monté par son père à Mons, et il sera bientôt Germont-père à Charleroi. Ses autres projets : Le Jongleur de Notre-Dame à Saint Etienne, Maria Stuarda en concert au Vlaamse Opera et Don Alfonso dans le Cosi Fan Tutte de l’ORW. Il débute par des mélodies françaisesqu’il avait déjà chantées au Reine Elisabeth : Les Chansons de Don Quichotte d’Ibert, poignantes et sincères, puis les Chansons Gaillardes de Poulenc, dans lesquelles il se montre truculent et gouailleur à souhait. On admire ensuite de très beaux phrasés dans l’air de Dapertutto des Contes d’Hoffmann, et la noblesse et l’autorité conquérante qu’il donne à son air de Valentin de Faust. Point commun à ce répertoire français, une très belle diction de chanteur « à l’ancienne », qui cherche l’intelligibilité avant l’effet vocal. Baryton au timbre onctueux et riche, à l’émission claire et aux phrasés mordants, il est aussi à son affaire en italien, dans un air de Tonio (Pagliacci) tout en douceur et en caresses, puis dans un air de Germont (Traviata), vocalement éclatant, mais plus joué que vécu, et qui révèle chez l’interprète un léger penchant pour l’histrionisme. Après un « Toréador » triomphant mais générique, le récital se termine en apothéose par un « largo al factotum » insolent de santé et de verve, cheval de bataille de notre baryton qui, à 29 ans, a déjà chanté ce rôle qui lui va comme un gant, à Giessen, Mons, Anvers, Gand, Massy, et la saison prochaine à Avignon.

En bis, enfin des duos! entre deux voix qui se marient bien, et deux chanteurs qui ont un talent commun pour créer une atmosphère et caractériser leurs personnages. Ces duos Zerlina-Don Giovanni, puis Rosina-Figaro, sont la cerise sur le magnifique gâteau d’un double récital généreux en durée, mais qui est passé à toute vitesse.

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Roisin, Eglise Saint Ghislain. 28-VIII-2005. Concert lyrique : mélodies et airs de Glière, Ibert, Prokofiev, Poulenc, Chostakovitch, Offenbach, Rimski-Korsakov, Leoncavallo, Glinka, Gounod, Verdi, Rossini et Bizet. Avec Diana Axentii : mezzo-soprano, Lionel Lhote : baryton, Xavier Rivera : piano.

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