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L’enlèvement au Musée de cire

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’Enlèvement au sérail, Singspiel en deux actes. Mise en scène : Peter Wood ; décors : William Dudley. Lumières : Robert Bryan Avec : Ryland Davies, Belmonte ; Valerie Masterson, Constanze ; Lilian Watson, Blöndchen ; Willard White, Osmin ; James Hoback, Pedrillo ; Joachim Bissmeier, Selim. Glyndebourne Chorus. The London Philharmonic Orchestra, direction : Gustav Kuhn. Réalisation : Dave Heather. Enregistré au Festival d’Opéra de Glyndebourne en 1980. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol. 1 DVD Arthaus Musik 101091 zone 0, durée 140’.

 

L’enlèvement au Musée de cireAu travers de ce DVD, Glyndebourne étale une production de 1980 de L’enlèvement au sérail de Mozart qu’il eût été parfaitement possible d’ignorer. Le théâtre que restitue le support digital moderne relève d’une forme bourgeoise du culte des conventions de l’art lyrique que l’on croyait appartenir définitivement au temps jadis. Les gros plans sur les visages très maquillés des personnages rajoutent encore à cette impression que laisserait une production tout droit sortie du Musée Grévin. Les décors fastueux assortis de costumes à l’avenant drapent une mise en scène et une direction d’acteurs qui ne propose aucune lecture un tant soit peu intéressante de la turquerie de Mozart. Les personnages sont caricaturaux (surtout Osmin, l’éternel balourd, sorte de bouffon en turban) et semblent dirigés comme dans un mauvais vaudeville. Certains détails alimentent même un agacement croissant : pour en donner un exemple, l’entrée du sérail est défendue par un sbire au costume oriental qui défile à la manière des pittoresques gardes de Buckingham Palace. Quant au pacha Selim, celui-ci se voit gratifié de courbettes dignes des cours d’Europe du temps de Lully. Seules exceptions, les scènes entre Osmin et Pedrillo, ou Blöndchen, non dépourvues d’une fibre comique qui a, au demeurant, le mérite de souligner quelque peu la nature ambiguë des rapports entre les protagonistes.

La direction musicale de Gustav Kuhn fait miroir à cet engoncement scénique. Lourdement menée, la lecture du chef pâtit bien souvent de tempi incroyablement lents, notamment dans les airs les plus attendus du Singspiel. Difficile de croire à l’impétuosité de Belmonte lorsque celui-ci s’exclame oh, wie ängstlich, oh, wie feurig alors qu’il se fait littéralement essouffler par le directeur de la fosse s’appesantissant de plus belle. Là aussi, une absence de prise de risques empèse la musique de Mozart, si vive, si pertinente pourtant dans son propos théâtral. Cela est d’autant plus dommage que les voix sont pour la plupart d’une rare beauté. Belmonte est campé par dont le timbre et la portance n’est pas sans rappeler un Fritz Wunderlich ou un . Constanze, que chante Valerie Masterson qui a visité le rôle depuis les années soixante déjà, accuse quelques signes avant-coureurs de fatigue vocale. Quelques rétrécissements, quelques durcissements occasionnels canalisent la ligne de chant alors que le suraigu, vaillant, est obtenu au prix d’un changement très manifeste de la coloration. Blonde (Lilian Watson) plaît par sa fraîcheur de bon aloi et le cristallin de sa voix, qui agit dès lors comme le lustre de son esprit mêlé de candeur et de malice. Le rôle de Pedrillo est investi par James Hoback dont la prononciation allemande un peu hasardeuse est compensée par des qualités vocales indéniables. 1980 n’est peut-être pas encore l’époque où l’on croit –à tort! – qu’un rôle de ce type peut être confié à un ténor baroqueux un peu falot comme il en existe tant. Dominant la distribution malgré une certaine propension à des tics d’opéra bouffe, en Osmin se profile comme un chanteur de très haut vol. Il possède des graves abyssaux qu’il parvient à émettre sans jamais sacrifier le mœlleux du timbre. Il sait sinon se montrer fin baryton plus haut dans sa tessiture et restitue Mozart avec un liant des plus séduisants.

Si cette bonne distribution rehausse l’ensemble, elle ne parvient hélas pas à faire oublier une conception d’ensemble irrévocablement datée.

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Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : L’Enlèvement au sérail, Singspiel en deux actes. Mise en scène : Peter Wood ; décors : William Dudley. Lumières : Robert Bryan Avec : Ryland Davies, Belmonte ; Valerie Masterson, Constanze ; Lilian Watson, Blöndchen ; Willard White, Osmin ; James Hoback, Pedrillo ; Joachim Bissmeier, Selim. Glyndebourne Chorus. The London Philharmonic Orchestra, direction : Gustav Kuhn. Réalisation : Dave Heather. Enregistré au Festival d’Opéra de Glyndebourne en 1980. Sous-titrage en anglais, français, allemand, espagnol. 1 DVD Arthaus Musik 101091 zone 0, durée 140’.

 
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