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Anna Netrebko, la plus belle Traviata !

À emporter, CD, Opéra

Giuseppe Verdi (1813-1901) : La Traviata, opéra en trois actes sur un livret Francesco Maria Piave. Avec : Anna Netrebko, Violetta Valery ; Rolando Villazón, Alfredo Germont ; Thomas Hampson, Giorgio Germont ; Helene Schneiderman, Flora Bervoix ; Diane Pilcher, Annina ; Salvatore Cordella, Gastone ; Paul Gay, Barone Douphol ; Hermann Wallén, Marchese d’Obigny ; Luigi Roni, Dottore Grenvil. Orchestre philharmonique de Vienne & Wiener Staatsopernchor, direction : Carlo Rizzi. Enregistrement réalisé live pendant le Festival de Salzbourg en août 2005. 2 CD Deutsche Grammophon 477-593-6. ©2005. CD’s 2h. 06’13. Notice : Français, allemand, anglais. Livret : Italien, français, allemand, anglais.

 

Indéniablement, est la plus belle Traviata qu’on puisse imaginer sur une scène. Jeune, sculpturale, fière, elle est d’une beauté exceptionnelle. En plus, elle chante! L’opéra d’aujourd’hui n’en demande pas plus. Et il a tort. Mais reprenons.

A peine avait-on annoncé La Traviata au programme que les caisses du Festival de Salzbourg 2005 faisaient face à des demandes de location cinq fois supérieures aux places disponibles. De plus avec une distribution comprenant les chanteurs actuellement les plus en vue, la ruée était inévitable. Mise en scène intéressante, chanteurs excellents, orchestre somptueux, standing ovations à chaque représentation (encore que cette manifestation ne soit plus l’étalon suprême de la satisfaction ou de la qualité!), la presse et ses critiques n’ont jamais démenti le succès populaire de cette production. Un succès sur lequel s’est précipité Deutsche Grammophon, le géant jaune du disque classique. Moins de six semaines après les dernières représentations salzbourgeoises, le coffret et le CD d’extraits sont dans les bacs des disquaires. Un record!

N’en déplaise aux spectateurs ravis, aux critiques emballés et aux téléspectateurs comblés, la découverte de cette Traviata au disque est néanmoins tout autre qu’enthousiasmante. Sans l’image et l’émotion du direct, il ne reste que le son, le phrasé et le chant. Et là, le disque est impitoyable. Doit-on pour autant rejeter complètement l’exaltation populaire et critique de ces représentations? Certainement pas. Disons d’emblée, comme on le répète à l’envie, que les Wiener Philharmoniker sont un enchantement. Quelle maîtrise du son, quelle ardeur, quel lyrisme dans ses cordes uniques, quelle sensibilité dans ses variations sonores, quel merveilleux instrument.

Au formidable orchestre, il faut opposer la terriblement décevante prestation de (Giorgio Germont). Usé, la voix totalement détimbrée, le baryton américain n’est que l’ombre de lui-même. Parlant plus que chantant, la voix cassée, il ne lui reste qu’une diction aussi intelligible qu’inutile. Il se débat avec son personnage pour l’affubler de ridicules accents véristes qui tranchent douloureusement avec les pages magnifiques écrites pour le rôle. De souvenir d’enregistrement, jamais un Giorgio Germont n’a été vocalement aussi piteux.

De son côté, le ténor mexicain  (Alfredo Germont) est un amoureux attachant. S’enflammant, il ne ménage pas son instrument vocal tout au long de l’opéra au point que son « Parigi, o cara, noi lasceremo » de la fin de l’opéra le retrouve bien fatigué. Pour le reste, il offre généreusement la jeunesse d’une voix dans un rôle qu’il a encore vert. A l’occasion, particulièrement dans les récitatifs, sa voix (pas très jolie) laisse émerger des accents qu’on croirait sorti directement de la gorge de Placido Domingo. Cette étrange imitation, ce mélange de couleurs vocales dérange. De petites tricheries qui privent l’auditeur d’un personnage qu’on attend plus personnel et vocalement plus uniforme.

Et Violetta? La santé vocale de la soprano russe est inouïe. D’un bout à l’autre de la lourde partition, (Violetta Valery) tient une forme époustouflante. En fait, elle meurt en pleine santé à entendre la puissance émise pour son ultime râle. Si sa voix est trop sombre pour être distribuée dans ce rôle, il faut lui reconnaître une ligne de chant exceptionnelle. Dans les romances, la soprano russe s’expose avec un lyrisme d’une rare qualité. Son « E strano! – Ah, fors’è lui » du premier acte est bouleversant. Tout comme son « Ah! Dite alla giovine » du second acte et son « Addio del passato » du troisième acte. Des moments de grâce montrant une chanteuse aux prises avec des sentiments qu’elle fait siens. Malheureusement, son agilité vocale encore défaillante laisse des zones d’ombre l’empêchant d’exprimer l’entier de son personnage (en admettant qu’elle en ait aussi la capacité intellectuelle!). Dès que le tempo s’accélère, Anna Netrebko perd pied. Ainsi, déjà dans le Brindisidu premier acte, l’excellent chef impose un rallentendo drastique à son orchestre pour se plier au phrasé laborieux de la soprano. C’est ainsi que les cabalette sont soit escamotées, soit sombrent dans l’à-peu-près vocal. La mode, le metteur en scène, voulait une Traviatajeune et belle. Elle était sur scène. Malheureusement ses qualités esthétiques n’en font pas pour autant une vraie Traviata. Avec plus d’authenticité, plus d’émotion, une meilleure compréhension du texte, la belle voix d’Anna Netrebko aurait marqué ce rôle d’une inoubliable pierre blanche.

Alors, extraits ou coffret? Les premiers pour les chanteurs. Le second pour le sublime orchestre en plus. Le mieux? Peut-être le DVD dont on annonce la prochaine sortie.

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